‹ Charles le téméraire (volume 2)Chapitre 22 sur 34 · LA VICTIME EXPIATOIRE · texte numérisé non relu

LA VICTIME EXPIATOIRE

Pendant que le duc ordonnait, donnait contreordre, hésitait, une scène d'un autre genre se passait sous les voûtes sombres du château où était enfermé Louis XI.

Louis XI était fort superstitieux, croyait à l'astrologie judiciaire, à la conjonction des astres, à l'influence des planètes; il avait, comme nous l'avons dit, près de lui son astrologue Galeotti.

Cet astrologue était, sinon un très-savant homme, du moins un homme très-habile, qui avait longtemps habité la cour du roi de Hongrie, Mathias Corvin. Consulté par Louis XI sur son dessein de se rendre auprès du duc, Galeotti l'avait approuvé.

Était-ce de bonne foi? était-il gagné par les en-

nemis du roi pour lui donner ce conseil ? On ne peut le dire, mais le fait est qu'il le lui avait donné.

Le roi, qui avait cru faire, en venant à Péronnc, la chose la plus habile du monde, et qui, par la tournure que prenaient les événements, s'apercevait qu'il avait fait une folie, le roi n'était point fâché de faire retomber sa colère sur quelqu'un et de mettre son imprévoyance sur le compte de son astrologue.

Nous avons dit qu'il avait emmené avec lui sa maison intime, et que cette maison se composait de Tristan, son ^Tand prévôt, d'Olivier Le Dain, son barbier, et de Galeotli, son astrolo^'ue.

Il voulut, tout prisonnier qu'il était, s'assurer qu'il n'avait pas cessé d'être roi en se donnant la >atisfa('lion de faire pendre (ialeotti; il appela Tris tan et lui demanda s'il était disposé à lui obéir quand même. Tristan lui répondit que le lieu et la situation n'y faisaient rien; (jue le roi de France, prisonmer ou non, était toujours le roi do France, et cpic.

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tant qu'il lui resterait à lui, Tristan, un souffle de vie, il obéirait au roi, en prison comme ailleurs.

C'était tout ce que voulait Louis XI.

Tl dit donc à Tristan de quoi il était question.

Tristan avait pour l'astrologue cette haine naturelle, cette répulsion instinctive qu'a la force matérielle pour l'intelligence, la brutalité pour l'esprit; il était toujours enchanté d'avoir à pendre quelqu'un, mais il fut plus particulièrement enchanté que ce quelqu'un se trouvât être Galeotti.

Il offrit donc au roi de se mettre à l'instant même à la besogiic ; mais Louis XI, tout décidé qu'il était à se venger de l'astrologue, voulut corroborer sa résolution par un dernier entretien avec lui.

Seulement, il fut entendu que, si, au moment où sortirait l'astrologue, le roi lui criait : « Allez! il y a un Dieu au-dessus de nous ! » cela voudrait dire: « Ami Tristan, voilà un homme qui t'appartient et dont tu peux faire ce que tu voudras. >»

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Kt si, au contraire, — ce qui était possible, — l'astrolo^'uc parvenait à se justifier, ol que le roi prit congé de lui par ces paroles : « Allez en jiaix, mon père! » Tristan ne devait pas toucher un cheveu de sa tète.

Mais ce dernier cas était peu probable; si peu probable, que, pour ne pas perdre de temps, le grand prévôt appela ses deux acolytes, J\Mil-An(lré cl Trois-Kclielles, leur lit enfoncer un pilon dans une solive, et, à ce piton, attacher une corde.

Les deux, hommes étaient occupés à celte opéra- I ion, lorsque (jalcotti passa pour se rendre chez le roi.

l/astrologuc ni^ jeta qu'un coup d'oeil sur eux et sur leur chef, qui les regardait faire avec une attention témoignant du pn»fond intérêt qu'il j)rcnait à la chose ; mais ce coup d'ivil sullil pour le convaincre qu'une exécution se préparait, et, comme il n'avait probablement pas la conscience bien nette à propos du voyage de Pcronne. il sentit quelque chose

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comme un frisson qui lui courait dans les veines.

La vue du roi ne fut point propre à le rassurer.

En eiïeU le roi éclata en reproches, et, sans doute, Galeotti ne trouva point d'excuse sufïisante à lui donner; car Tristan, qui se tenait l'oreille collée à la porte, entendit le roi qui criait d'une voix fort courroucée :

— Sortez, monsieur le sorcier! monsieur le magicien! monsieur le charlatan! et souvenez-vous qu'il y a un Dieu au-dessus de nous!

Tristan fit un signe à ses hommes : l'astrologue leur appartenait.

Mais le roi se ravisa et, gouailleur de sa nature, ne voulut point laisser aller ainsi son astrologue à la corde sans une dernière raillerie.

Il le rappela donc.

— Un instant, lui dit-il; une dernière question.

— Faites, sire, dit Galeotti en s'inclinant.

— Seulement, réfléchis bien avant de répondre;

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car celle question est peut-cire plus importante au fond qu'elle n'en a l'air en apparence.

— J'attends, sire.

— Peux-tu, à l'aide de la prétendue science, prédire l'heure de ta mort?

I/astrologue n'eut pas besoin de réiléchir beaucoup pour comprendre. y

— Sire, répondit-il, je ne le puis qu'en la mettant en rapport avec la dernière lieurc d'une mitre personne.

— Explique-toi mieux, dit le roi.

— Kh bien, sire, reprit (iiileotli, voici tout ce que j(! puis dire avec certitude de mon trépas : c'est qu'il précédera de vinj^'t-qualre heures celui de Votre Majesté.

Le roi regarda l'astrologue d'un aii elTaré; mais celui-ci resta impassible, et, quehjue chose que lui (lil le roi, ne sortit point de son rôle, qui le char- L'.Mitd'.ninoDcerauciclouà r< i.:. il arrivée de l'âme

de Louis XI, en retard de vingt-quatre heures seulement sur la sienne.

Il en résulta que Tristan vit s'ouvrir la porte de la chambre du roi, mais que le roi, au lieu de renvoyer l'astrologue avec colère , lui tenait amicalement le bras, et le conduisit jusqu'au bout du corridor, ne cessant de lui répéter :

— Allez en paix, mon père ! allez en paix !

Tristan en fut pour son piton et pour sa corde.

Comme l'astrologue sortait de la chambre du roi, le duc passait le pont-levis du château. Il en avait pris son parti : il ne fallait pas tuer le roi, il ne fallait pas le garder prisonnier ; outre que c'était manquer à la parole donnée, faire tache à la Toison d'Or, c'était d'une mauvaise politique. Mieux valait le diminuer et l'amoindrir.

Quand Louis XI vit le duc, sa confiance en luimême lui revint; il connaissait tout l'avantage qu'a sur l'homme emporté l'homme qui sait se contenir;

et, aux premiers mots de Charles, il le sentit tout ému.

La voix du duc, en elTet, tremblait de colère.

« Il faisoit dit Comines, humble contenance de corps ; mais son geste et sa parole éloient après. »

— Mon frère, dit doucement le roi, ne suis-je pas en sûreté dans votre maison et votre pays ?

— Si fait, monsieur, répondit le duc ; et tellem- iit en sûreté, que, si je voyais un trait d'arbalète venir sur vous, je me mettrais devant pour vous garantir. Seulement, il s'agit de signer le traité que mon conseil vous proposera.

— J'espère qu'il me sera ])ermis de le discuter, dit le roi.

— Eh ! continua le duc, saosconlirmer ni détruire respérance du roi relativement à la liberté de discussion , ne voulez-vous point venir avec moi à Liège pour m 'aider à punir la trahison que m'(»n( faite ces Liégeois?

— si iVi.ni.'s-niou ! répllcjua le roi; mais com-

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mcnçons par discuter et jurer le traité ; puis je vous accompagnerai à Liège avec autant ou si peu de i^ens que vous voudrez.

Le duc se retira et fit place à ses conseillers.

Mais les conseillers avaient le mot d'ordre. Louis XI discutait, on le laissait faire ; seulement, quand il avait bien discuté, les commissaires bourguignons répondaient imperturbablement :

— Il le faut... Monseigneur le veut ainsi.

Que ceux qui voudront savoir ce qui fut arraché, lambeau par lambeau, au roi de France , le 14 octobre 1468, lisent la suite d'ordonnances datées de ce jour, et qui remplissent trente-sept pages in-folio. Les curieux trouveront ce document à la Bibliothè- (]uc nationale. (Ordonnances xvii, 126—161.)

Le roi signait l'abandon de tout ce que l'on avait j!isquc-]à disputé aux ducs de Bourgogne.

Il donnait à son frère, non plus la Normandie, — que, sans doute, Charles réservait à son beau-

frc*re Edouard, — mais la Brie, qui mettait la Bourgogne à dix lieues de Paris.

La paix fut jurée sur un morceau de la vraie croix, (jue l'on tira des colïVes du roi ; il avait jadis ap[)arlenu à Charlemagne et était conservé dans l'église Saint-l.aud, à Angers. C'était la relique que le roi tenait pour la plus sainte de toutes les reliques, et il était convaincu, il le disait du moins, que l'on ne pouvait manquer au serment fait sur ce fragment sacré, sans mourir dans l'année môme où l'on avait manqué à son serment.

Deux lettres avaient été écrites par Louis Xï à Dammartin, et, par ces deux lettres, on peut suj)- |)lcer aux détails d'oppression qui nous manquent.

Nous avons dit qu'une des choses qui inquiétaient leduc de Bourgogne, ou plutôt la seule chose f|iii riiKiuiélâl, c'était Dammarliii c[ son armée.

La première lellre porte la date du "•> nctohrf. jour (l<^ l'arrivée du roi à FVronne; seulement, deux

choses sont rapportées dans celte lettre qui prouvent qu'elle fut écrite, non pas le 9, mais le 14 au soir ou le 15 au matin. En effet, Louis XI y donne l'ordre à Dammartin de licencier son armée, puis il ajoute que les Liégeois ont pris leur évêque à Tongres cl que le traité de paix est signé.

Or, c'est le 9, en même temps que le roi est censé écrire de Péronne, que les Liégeois prennent leur évêque à Tongres; et, le télégraphe électrique n'étant pas inventé , le roi ne pouvait savoir, le 9, à Péronne, ce qui se passait le môme jour à Tongres.

Louis XI ne pouvait non plus annoncer, le 9, à Dammartin que le traité était signé, puisque le traité ne fut signé que le 14.

Cette lettre dictée, selon toute probabilité, au roi, dut donc être écrite, comme nous le disions, le 14 au soir ou le 15 au matin *.

* C'est 11 notre grand historien Michelct que Ton doit ccite judicieuse observation.

La seconde est dans le môme j^oût, et commande seulement d'envoyer l'armée aux Pyrénées.

Mais, par malheur, un homme d'armes du duc de Bourgogne gardail à vue le messager du roi; de sorte que Dammarlin, vieux renard, ne fut point dupe de celte comédie, et répondit simplement au duc de Bourgogne :

" Si vous ne renvoyez pas le roi, tout le royaume ira le chercher! »

Ce fut une grande satisfaction dans Paris lorsqu'on sut que tout était terminé. Si peu qu'on aimât T.ouis NI, on l'aimait encore mieux vivant que mort, lihre que prisonnier; surtout prisonnier ou mort de cette façon- là.

T)»''S If lendemain, les deux princes partireat pour Liégc. Louis \! avail avec lui ses Écossais et trois cents hommes que lui avait envoyés Dammarlin.

(Juand (ui dit aux Liégeois (jue le n»i de France marchail contre eux, ils n'y voulurent poiiil croire :

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Le roi de France, leur ami ! bien plus, leur complice !

Liège, on le sait, n'avait plus de murailles, plus de portes, plus de fossés ; mais, à force de sacrifices, en vendant jusqu'aux ornements des églises, les Liégeois avaient rebâti une espèce d'enceinte.

Dévoués à la mort comme des républicains antiques, ils sortirent quatre mille contre quarante mille. Soit par un dernier espoir, soit pour faire honte à celui qui les trahissait, ils attaquèrent aux cris de « Vive le roi ! »

Le roi sortit des rangs et cria :

— Vive Bourgogne !

Non-seulement il reniait les Liégeois, mais encore il reniait la France. Au besoin, il eiit renié Dieu.

Ce n'était point lui que l'on devait craindre de voir se perdre par trop d'orgueil et de fierté; aussi avait-il coutume de dire familièrement :

— Quand orgueil chevauche devant, honte et dommage ne sont pas loin derrière.

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On dédai^'na de comballrc en règle ecs quelques hommes : chacun chargea à sa fantaisie, sans suivre sa bannière; on avait hàle d'entrer dans la ville pour piller. Autant valait déterrer un cadavre, dans l'espoir qu'on avait enterré ses bijoux avec lui !

Les Liégeois, voyant ce désordre, sortirent par les brèches de leurs murailles, tombèrent sur les Bourguignons et en lircnt un grand carnage.

Hn comprit alors qu'il fallait compter avec ces désespérés.

Le sire d'Humbercourt avait été blessé, le sire de Sargines tué. Toute l'armée du duc s'avanya coFilre Liège et se logea dans un faubourg. Le roi et les Français prirent leurs quartiers dans une grande métairie à (juelque distance de la \illc.

(Ml n'iut jxtiiil l'idée (If crairidre une sortie, ('omment ces morilxmds oseraient-ils faire une pareille lenlalive?

Vers minuit, alerte ! le eam[) était attaqué.

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Par qui? par ceux de la ville? la chose n'était pas croyable! Non : par six cents hommes de Franchimont, bûcherons, charbonniers, comme ils le sont tous. Ils s'étaient rués sur le camp, et, à six cents, d'autres disent trois cents, ils étaient venus attaquer quarante mille hommes commandés par un roi et un duc !

Si, au lieu de les attaquer avec un grand hji ! comme dfsent les chroniqueurs, ils les avaient attaqués sans bruit, que serait-il arrivé?

^ Le duc fut le premier qui s'éveilla, sauta du lit et s'arma. Il descendit, trouva les uns criant : « Vive Bourgogne ! » les autres : « Vive le roi ! » Il était au milieu de l'ennemi.

Le maître de la maison oii était logé le duc et celui de la métairie où s'était arrêté le roi servaient de guides à ces charbonniers, qui, sans savoir ce que c'était que Léonitlas et ses trois cents Spartiates, se jetaient dans le camp bourguignon comme les

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Spartiates s'étaient jetés dans le camp des Perses.

Le logis du roi était attaqué en même temps que celui du duc ; mais on faisait meilleure garde autour du premier qu'autour du second. Les archers écossais s'amassèrent devant la porte de la nn'iairie et tirèrent également sur les Franchimontois qui venaient attaquer le roi et sur les Bourguignons qui le venaient défendre.

Les Franchimontois repoussés, il ne resta plus aucun espoir à la ville; ceux qui voulurent mettre leur vie en sûreté furent avertis qu'ils pouvaient partir pendant la nuit. Kien n'était plus laeile : la nouvelle enceinte, encore inachevée, était ouverte de. toutes parts.

Il était temps : 1<^ duc avait résolu l'assaut poulie lendemain.

Lorscjue le roi connut cette résolution, il lit ce (juil put pour remi»«V'her. Il ne fallait j)a.'^> disait-il, jouer avec l'a^uonie d'un peu|ile(|ui venait, parcelle

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attaque de nuit, de prouver ce dont il était capable. Dans deux jours, il se rendrait de lui-même et à merci.

— Bon ! si le roi a peur, dit le duc, qu'il se sauve à Namur.

Le roi resta.

Les gens de Liège ne se figuraient point qu'on les attaquât ce jour-là : c'était un dimanche. Us veillaient depuis huit jours et étaient morts de fatigue.

A l'heure convenue, l'armée bourguignonne marcha contre les retranchements ; elle était divisée en deux colonnes et attaqua la ville par ses deux extrémités.

Mais, au grand étonnement des chefs et des soldats, on ne trouva personne pour défendre les approches : c'était l'heure de repas et chacun était allé dîner,

« Dans chaque maison, nous trouvâmes la nappe mise, » dit Comines.

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Vers midi, la ville clailcn plein pillaf^e.

Le roi dinail, à son tour, pendant ce tenips-lâ.

Le duc vint le trouver.

— (Jue lerons-nous de Lié^'e, sire' lui demandat-il.

Nous ne voulons point faire de comparaison à propos du roi Louis, et encore moins à propos du peu|>le liégeois; mais c'était exactement comme sironcût demandé à Macaire : « nu'allons-nous faire de Bertrand ? »

La réponse fut diijne de Louis \f. Ki'oulez-la et pesez-la :

— Mon père, dil-il, a\ait, près de son holt'l, un ^rand arbre où les corbeaux taisaient leurs nids; ces corl)pau\ l'ennuyant, il fil rnlever les nids une fois, deux fois. Au bout de l'an, les corbeaux recommenranl toujours, mon père fil déraciner l'arbre, cl, depuis, les corbeaux ne rempécliérent plus de dormir.

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Les corbeaux, c'étaient les Liégeois; Liège, c'était l'arbre.

Liège fut déracinée.

Cependant, le premier jour, on ne tua guère que deux cents personnes ; mais, trois jours après, on tuait et noyait encore.

Un écrivain, Monslerus, dit que l'on tua quarante mille hommes et que l'on noya douze mille femmes et filles. Réduisons de moitié, c'est-à-dire à vingtsix mille : treize mille sur la conscience du roi et treize mille sur la conscience du duc.

Le 2 novembre, c'est-à-dire le surlendemain de la prise de Liège, le roi partit enfin pour la France.

Il venait de passer trois rudes semaines ; si rudes, qu'en arrivant à Paris, il allait en faire une maladie.

Le duc le conduisit jusqu'à une demi-lieue de Liège. Les sires d'Esquerdes et d'Emmerich l'accompagnèrent par delà Notre-Dame de Liesse en Picardie.

Huit jours après, le duc à son tour quitta Liège ; il laissait, en partant, l'ordre qu'elle fut brûlée el démolie comme Dinant.

En se retournant, à une lieue de la ville, il put voir la flamme et la fumée: son ordre s'accomplissait.

LE HO.N TUAlïE gl A LE DlC O E hOl H<;OGNE

IVndant ce temps-là, Louis XI s'en revenait tristement.

Lui, l'homme habile, lui, le roi modèle, lui, le Tibère moderne, qui faisait de si belles théories sur le pouv(»ir, il s'était laissé prendre comme un enfant ! il lui semblait que tout le monde se moquaù de lui, jeunes et vieux.

Il en tomba malade de raj^e, nous l'avons dit.

(Cependant, il n^ v >iil;ul p;is en mourir; il avair

une revanche à prendre. Il la prit d'abord sur les pies, geais et chouettes.

C'est assez incompréhensible. Attendez.

Un matin de convalescence, il sortit, selon son habitude, couvant sa honte et allant à pied par les rues de Paris.

Il passa devant une maison ; à cette maison était pendue une cage; dans cette cage sautillait une pie.

— Perrette ! cria l'oiseau.

Le roi se retourna.

— Perrette! Perrette! répéta la pie.

C'était le nom de la maîtresse du roi ; c'était aussi le diminutif de Péronne.

Le roi rentra furieux.

« Le même jour, dit JeandeTroyes, furent appréhendées toutes les pies, geais et chouettes, pour les porter devers le roi, et étoitécritle lieu oùavoient été pris lesdits oiseaux et ce qu'ils savoient dire. »

Le roi, comme on le voit, s'en prenait à tout.

C'est (ju'cii viW'A, ainsi que le dit Châtelain, célait le roi le plus humilié qu'il y eut eu depuis mille ans.

Le duc de Bourgogne, après l'odieux rôle joué par Louis \I à Liège, le croyait perdu, ruiné pour tonjours. Le roi le croyait aussi. Tous deux se trompaient.

« Les princes ignoraient eux-mêmes comhien |)eu, dès cette épocjue, on leur demandait de foi et d'honneur'. »

Kn somme, Louis XI avait gagné une grande chose dans ce voyage : il s'était mis en communication avec les conseillers du duc, et avait prouvé, par la facilité avec laquelle il avnit lâché ses quinze mille écus d'ur, (ju'il avait la main large et ne lésinait point dans l'occasion.

Le due, au contraire, était avare, donnait peu, et,

« .Miclu'let.

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