UN SERVITEUR DIG.NE DU MMIUK
Comment, après tant de bruit, après tant de menaces, et après de si minces résultats, Charles le Téméraire signait-il une trêve nouvelle avec son ennemi éternel et acharné le roi de France?
C'est que le duc de Bourgogne nourrissait depuis longtemps une idée qu'il voulait mettre à exocu-
tion : il voulait rétablir l'ancien royaume de Bourgogne, et, naturellement, s'en faire nommer roi.
Le grand malheur du duc de Bourgogne dans un tel projet, c'est que, commandant à des Bourguignons, à des Flamands, à des Wallons et à des Allemands, il n'était, en réalité, ni Allemand, ni Wallon, ni Flamand, ni Bourguigon.
Qu'était-il donc?
Il le dit lui-même, dans une effroyable boutade contre ces têtes dures de Flamands, boutade enregistrée par le scribe de la ville d'Ypres.
— Grosses et dures têtes flamandes, croyez-vous donc qu'il n'y ait personne de sage que vous? Prenez garde ! j'ai moitié de France et moitié' de Portugal.
Ce qui voulait dire : « Prenez garde ! je suis étranger. »
Il n'était plus même Français à deux ou trois ans de là; car, dans une audience solennelle où les am-
CHAHLKS LE TKMKRAIUE. 407
bassadeurs de France venaient lui ollrir réparation pour CCS fameux vaisseaux pris par Warwick et vendus à Houen, il's'écria :
— Nous autres Portugais^ nous avons coutume, (juand nos amis se font amis de nos ennemis, de les envoyer aux cinq cent mille diables d'enfer.
Mais, pour que son duché de Bourgogne devint royaume, il lui fallait bien des choses : il lui fallait la (lueldre, la haute Alsace, Cologne, une partie de la Suisse et la Lorraine.
Il commenta par la fjueidre.
La (jueldre appartenait au vieux duc Arnould; le vieux duc Arnould avait un (ils (|ui, poussé par sa mère, emprisonna son père et se proclama duc à sa place.
Chiirles parut prendre en jiitir le vieillard : il se lit charger par \r pape cl par l'empereur de prononcer entre le père et le fils.
Ur, le pape cl l'empcriMir f.iisaiiMit tout ce que
voulait le duc : le pape dans son éternel désir d'une croisade contre le Turc ; l'empereur dans l'espérance que son fils Max épouserait Marie de Bourgogne.
Charles jugea en faveur du vieux duc ; c'était tout simple. Celui-ci était mourant; il n'avait guère que le temps de tester : il testa en faveurdu duc de Bourgogne.
Quant au fils, il était à son touremprisonné comme parricide.
Seulement, on oubliait un pauvre enfant de dix ans, à qui l'on ne pouvait reprocher d'autre crime que le péché originel, et qu'on dépouillait de son héritage.
Nimègue, qui ne voulaitpas qu'on le vendît comme une bête au marché, comprit si bien cela, qu'il adopta l'enfant et le proclama duc.
Mais Nimègue succomba après un long siège, el l'enfant de dix ans devint prisonnier comme l'était son père, comme l'avait été son grand-père. Nirnè-
gue pris, le duc tourna les yeux vers la haute Alsace; la basse était à lui, et il y avait un gouverneur, Hagenbach.
Charles arrivait avec cinq mille lances, toute uniarmée.
Colmar ferma ses portes; Mulhouse dit dans ses rues les prières des agonisants; Hàle, de peur de surprise, éclaira chaque nuit le pont du Hhin.
Les Suisses étaient bons amis des Alsaciens; ils avaient donné à Mulhouse droit decombourgeoisie : ils prièrent pour Mulhouse.
Hagenbach répondit en plantant la bannière ducale sur une terre appartenant à Berne.
Celle fois, les Bernois portèrent plainte au dur luimême, lui disant qu'ils avaient à se plaindre de son waivcrneur, (jui faisait touto chose pour les blesser.
— (^ue m'importe que mon gouverneur soit ou non
agréable à mes voisins! répondit le duc. La seule
chose qui importe, c'eslqu'il mcsoilagréable, à moi. II. 1
A parlir de ce moment, les Suisses renoncèrent à l'alliance bourguignonne et firent un traité avec Louis XI.
Cela entrait à merveille dans les combinaisons de Charles, d'avoir les Suisses pour ennemis : il voulait reprendre à la Suisse les cantons qui autrefois avaient fait partie du royaume de Bourgogne, et on lui fournissait un prétexte.
En attendant, il étendit la main, et la haute Alsace fut à lui.
Puis, afin de poursuivre son projet, il se fit nommer, par l'électeur de Cologne, avoué et défenseur de rélectorat.
Sur ces entrefaites, le duc de Lorraine mourut.
De môme que Charles s'était emparé du petit duc de Gueldre, il s'empara du jeune René de Yaudemont ; mais il n'avait que l'héritier, pas l'héritage.
Les grands seigneurs du pays se révoltèrent. Il
leur rendit leur duc et, en échange, se fit donner quatre places.
Il avait donc la Gucldre ; (lologne. ou à peu près ; une partie de l'Alsace et quatre .places en Lorraine,
Il pensa qu'il en avait assez pour se faire nommer roi; une fois roi, il arrondirait son royaume.
La nomination à la royauté dépendait de l'empejcur.
Bas, misérable et pauvre comme il l'était, celui-ci ferait, sans doute, en vue du mariage de son fils avec Mario do Bourgogne, tuul ce que désirerait le duc.
Une entrevue fut décidée; Metz était la ville choisie. Le roi d'Angleterre et le roi de France furent invités à envoyer des représentants pour être témoins de ce qui se passerait.
Mais, au moment de l'entrevue, il surgit une difficulté : le duc voulait occuper une porte de la ville ; ' 'tte porte occupée, il eût fait entrer dans Metz autant de gens qu'il eût voulu : la ville, qui se défiait
112 CHARLES LE TÉMKRAIRE.
du duc de Bourgogne, répondit qu'il n'y avait place que pour six cents hommes et que ces places étaient prises par les gens de l'empereur.
Trêves fut choisi à la place de Metz. Mais, loin d'arranger les affaires, l'entrevue brouilla les deux princes. Charles se présenta avec un faste à écraser un empereur bien autrement riche que ne l'était Frédéric.
— Sire, dit le duc de Bourgogne en s'inclinant, je vous remercie d'avoir entrepris un si long voyage pour me faire honneur.
— Monsieur, répondit Frédéric, les empereurs sont comme le soleil : ils éclairent de leur majesté les princes les plus éloignés, et, par là, ils leur rappellent leur devoir d'obéissance.
Le duc de Bourgogne était descendu de cheval pour recevoir ce compliment; l'empereur lui fit signe d'y remonter.
Tous deux traversèrent la ville de Trêves, chevau-
CHAULES LE TKMKHAIUE. 113
chant l'un près de l'autre et montrant à la multitude toutes les a])parences d'une amicale familiarité.
L'empereur logea à rarehevèclié, le duc au couvent de Saint-Maximin.
Huit jours se passèrent en négociations, en fêtes et en tournois.
Voici ce que demandait le duc : le titre de roi avec rollice de vicaire j;énéral de l'empire, et les quatre évéchés de Liège, d'L'lreclil, de Tournai et de Cambrai.
Il eût aussi demandé la Lorraine, si une circonstance particulière ne leùl retenu : lorsqu'il s'était emparé de Mené de Vaudemont, comme nous l'avons dit, le roi Louis a\ait mis inimédiatenient la main sur un neveu de l'empereur qui étudiait au\ écoles de Paris.
Il u\) avait donc plus a songer à la Lorraine, pour le moment du moins.
\\i CHAULES LE TKMÉUAIRE.
De son colc, l'empereur voulait le mariage de son fils Max avecrhcrilièrc de Bourgogne.
Max avait dix-huit ans, Marie en avait quinze ; rien de mieux assorticomme âge que les deux époux.
Pourquoi donc le duc retardait-il toujours?
II est vrai que le fils de l'enipereur avait obtenu la permission d'écrire à sa fiancée ; mais cela n'engageait le duc à rien : Marie avait été fiancée déjà trois ou quatre fois, et chacun de ses fiancés avait obtenu la même permission.
Le i novembre 1 175, on crut enfin toutes choses terminées. Le duc reçut de l'empereur l'investiture du duché de Gueldre, et lui fit hommage de toutes les seigneuries relevant de l'empire.
La cérémonie de l'investiture royale devait avoir lieu le lendemain.
L'église Saint Maximin était tendue des plus riches tapisseries du duc; les autels étaient couverts de vases d'or, de vermeil et d'argent, les chasses
CHAULES LK TKMÉllAIIlK. M'.)
enrichies de diamants et de pierres précieuses. Le trône du duc était dressé un peu au-dessous de celui de l'empereur; le sceptre, le manteau, la couronne et la bannière rovale étaient exposés aux regards des curieux. Georges de Bade, évoque de M< Iz, devait sacrer le nouveau roi. Tout était prêt pour la cérémonie, lorsque, vers deux heures du matin, le duc fut prévenu que l'empereur s'était, la veille au soir, mis sur une barque et laissé aHer au cr urs de la Moselle.
Force fut donc au duc de rester duc.
En même temps, il apprit une autre nouvelle (jui le jeta dans une colère presque aussi grande que Pavait fait la première : c'était l'exécution de son gouverneur Hagenbach.
Nous avons dit deux mots de ce Hagenbach; rcvenons à lui.
C'était le même (jui, lorsque le due Philippe le lion avait fait une maladie où ses cheveux étaient
lombes, s'était établi à la porte du palais avec une |iaire de ciseaux, et avait coupé les cheveux de tous ceux qui entraient, à la longueur des cheveux du duc.
Charles n'avait pas oublié l'anecdote; il aimait les hommes dans le genre de celui-là, qui, sans s'inquiéter de l'ordre reçu, exécutaient ponctuellement les ordres. Aussi a-t-on vu que, lorsque les Suisses s'étaient plaints de Ilagenbach, le duc avait répondu, ou à peu près : « Peu m'importe que mon gouverneur ne plaise pas à mes voisins, pourvu qu'il me plaise, à moi. »
Malheureusement pour Charles, cet homme qui lui plaisait, à lui, ne savait plaire à personne; il s'était brouillé à la fois avec les petits et avec les grands : avec les petits, en frappant les blés, le vin et la viande d'une taxe que l'on appella le mauvais denier; avec les grands, en leur disputant leur droit de chasse.
Il y avait eu quelques troubles dans la ville de
CHARLES LE téméraike. 417
Thann, à propos de celle taxe du mauvais denier; le conseil avait, à celle occasion, envoyé quatre d<''pulés àllagenbach.
— Ali ! dit celui-ci, voire ville no veut pas payer «Ml argent: elle payera en nature.
Kl il (il couper la lèlc aux qualre drpulés.
D'autres fois, il n'allait même pas chercher le bourreau, et, à la suite d'une discussion, ou même sans discussion, il frappait de sa propre main, avec la première arme (|ui se trouvait à sa portée.
Tout élail insolent en lui, jusqu'à sa livrée, jus- (ju'à ses armes. Sa livrée élail blanc et gris, et, sur sa poitrine, elle portail, au niilicu d'un écusson de gueules, Iroisdés au naturel, avec ces deux mots : Je fiasse.
Kl, en oITet, l'ierrede llagenbach passait toujours «•( partout.
Il avait l'habitude dédire:
— Je sais bien que je serai damné; mais, vivant,
<18 CHARLES LE T KM K IlAIRE.
je forai à mon plaisir. Moi mort, que le diable prenne mon corps et mon âme, je n'en aurai plus que faire et ne les réclamerai pas.
C'étaient surtout ses débauches sans vergogne et sans frein qui le faisaient détester. Comme il poursuivait une jeune nonne que ses parents avaient enlevée de son couvent et fait cacher, il fit crier dans les rues, à son de trompe et par le crieur public, que ceux qui avaientcaché la religieuse eussent à la lui ramener sous peine de mort.
Un jour, il était à l'église, courtisant une femme, — aucun lieu ne lui était sacré — l'autel était tout paré pour la messe, et lui causait avec cette femme, le coude appuyé sur l'autel.
Le prctre vint pour commencer l'oflice; mais Pierre de Hagenbach, le menaçant :
— Eh 1 sire prêtre, dit-il, ne vois-tu pas que j'officie à ton autel? Cherches-en un autre.
Et le prêtre, en effet, fut obligé d'aller officier à
CHAULES LE TÉMÉRAIRE. 119
un aulre autel, et l'on remarqua qu'au moment où il consacrait l' hostie, Pierre de Ilagenboch embrassait sa maîtresse.
Enfin, s'il faut en croire monsieur de Baranle, Pierre de llagenbach aurait fait pis encore. — Nous disons s'il faut en croire, parce que monsieur dcBarante néglige d'indiquer la source où il a pris l'anecdote que nous allons raconter, et que notre consciencieux et savant Micliolet avoue n'avoir pu retrouver cette source.
Citons :
Il arriva un jour à llagenbach de donner une l'ète, et, tout à coup, tiprès avoir renvoyé les maris, il lii mettre les femmes toute:! nues, leur couvrant seulement la tête; puis il fitnnlrerles maris et leur donna nnlir Je nconiiaîîre leurs femmes, ("eux qui m- im i)iciKiient élaïuin ^lécipilcs du haut de lescalier en bas ; ceux qui ne se trompaient point étaient, comme pour recevoir les fcli-
ritalions du gouverneur, contraints de boire une Iclle quantité de vin, qu'ils en devenaient malades à mourir.
Mais ce qui faisait le plus grand tort au duc , c'étaient les insultes de cet homme aux villes libres et aux Suisses.
Ainsi, en parlant de Strasbourg :
— Il ne faut plus souffrir, disait-il, des privilèges qui mettent le pouvoir aux mains des gens de basse condition; ce sont les princes qui doivent gouverner, et non les tailleurs et les cordonniers.
11 disait de Baie ;
— Que j'en obtienne la permission du duc, et je lui aurai Bàle en trois jours.
Enfin, raillant l'ours de Berne, il disait :
— Voilà r4iiverqui vient : nous prendrons sa peau pour faire une fourrure.
Sur ces entrefaites, le bruit se répandit que, grâce au roi Louis XI, une alliance venait d'être
en A FIL KS LE TKMKRAIRF. 121
signée entre la confédéralion helvétique et le duc Sif^isinond, ce vieil ennemi des Suisses.
Criait vrai.
lUen plus, le duc de Bourgogne tenait l'Alsace, une partie du moins, à titre de gage non racheté : Louis XI fait la moitié des londs; les villes en se t'otisant, font le reste, et l'Autrichien Sigismond déclare au duc de Bourgogne qu'il le met en demeure de lui rendre les villes autrefois engagées a son grand-père. I/argont est à Hàle, il peut le faire toucher.
Ainsi, une vaste ligue se formait entre les villes du lUiiii, les Suisses et la i'rancc.
Ces nouvelles avaient surpris Pierre de llagenhach à l'improviste. Il n'avait point de nouvelles du duc de Bourgogne ; il pensa qu'il fallait, avant tout, lui conserver les villes et y mettre des garnisons.
Il numit Thann et marchasur Brisach, où il arriva jtcndant l'ollice du vendredi saint.
Ce jour-là, il était en dévotion. Apres avoir fait son entrée dans la ville , il fit son entrée dans l'église, et, comme le curé lisait la passion, il l'interrompit en lui ordonnant de reprendre à partir du commencement.
C'est ce que l'on fit depuis pour Louis XIV.
Ensislieim avait chassé sa garnison bourguignonne et fermé ses portes ; Pierre de Hagenbach sortit de Brisach dans la nuit du dimanche de Pâques en disant :
— Nous allons leur donner la bénédiction pascale.
Pierre de Hagenbach se trompait : les habitants avaient placé une sentinelle au clocher ; la sentinelle le vit venir avec sa troupe, et donna l'alarme; il fut repoussé.
C'était un échec essuyé à la vue de gens qui le haïssaient. Il ne douta point que bientôt il ne fût lui-même assiégé dans Brisach et il résolut de se mettre en défense.
CHARLES LE téméraihe. ! 23
Les habilants claient à la graQcl'messc.
II envoya dans toutes les églises des crieurs qui ordonnèrent aux fidèles, quels que fussent leur âge, leur état et leur sexe, d'aller travailler au\ fortifications.
I/ordre était à la fois tyranniquc et sacrilège. Le bruit se répandit qu'il cachait quelque chose de plus * terrible encore. La ville n'avait pas assez de vivres pour nourrir les habitants et la garnison; une fois les habitants dehors, les portes devaient se reformer, les travailleurs ne rentreraient pas et l'on égorgerait ceux qui seraient restés dans les maisons.
{\o^ l)ruits. narmalheur. étaient assez en harmouir avec les manières de faire du gouverneur; ils prirent donc créance.
Vu |)auvre diable appartenant à la garnison allemande, et nommé Fréd«îric Vocgelin, hoinnic de petit état, mais de grand courage, — il n'était que tailleur d'habit"^, — s'entendit avec le bourgeois
I2i CHARLES LE TEMERAIRE.
l'Iiez lequel il était logé, un des notables de la ville ; tous deux visitèrent les postes des soldats allemands. Voegelin était capitaine, ce qui lui donnait auprès des militaires une autorité égale à celle que possédait le bourgeois sur ses compatriotes. Ils obtinrent que soldats et bourgeois fussent réunis en armes, sur la grande place, au point du jour.
Les soldats avaient accepté avec d'autant plus d'empressement que, depuis longtemps ils n'étaient point payés, et que Voegelin leur avait dit qu'il était question de leur solde.
Vers les six heures du matin, soldats et bourgeois, étant assemblés comme il était convenu, Voegelin monte chez le gouverneur.
— Qu'est-ce que ce bruit qui se fait sur la place, demande Hagenbach, et que me veux-tu ?
— Ce sont mes soldats qui n'ont pas Je sou, répond Voegelin.
— Eh bien, après?
CHAULES LE TÉMÉRAIRE. 125
— Après, ils veulent cire payés.
— Ils auront de la..., répond Ilagcnhach ; et, si tu t'avises de me demander autre chose, je le fais jeter à la rivière.
Voegelin parait se rendre à l'argument; mais, à peine retourné vers ses hommes, il fait baltre le tatnhour.
A ce bruit, llagenbacli, qui ne craignait ni Dieu ni diable, descend sur la place, tire son épée et \eul en frapjier Voegelin.
On eût dit un signal convenu : ce lut à (jui se jetlerait sur Hagonbarli; hommes, femmes, enfants, (eut le monde se mil de la partie.
Le gouverneur se réfugia dans une maison voisine; il \ lui j)()ursui\i. i'oree fut à Voegelin de se faire son défenseur : soldais et bourgeois voulait^nl mettre le misérable en morceaux.
domine le prix des domaines engagés à la maibon de Bourgogne était payé au due Charles, ou du
12G CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
moins déposds, et que celui-ci n'avait qu'à le faire prendre, le duc Sigismond se considéra comme ayant chez lui droit de haute et de basse justice. Il nomma Ilermann d'Eptcngcn pour remplir en son nom l'emploi de landvogt, que Pierre de Ilagcnbach remplissait au nom du duc Charles, et donna au nouveau gouvcrnenr une troupe de deux cents cavaliers qui lui suffirent, et au delà, pour maintenir son autorité, toute la population s'étant réunie à lui ; de sorte que ce fut une allégresse générale, à ce point que tous, jusqu'aux petits enfants, chantaient :
Le Christ est ressuscité ; le gouverneur est pris ;
Réjouissons-nous !
Sigismond sera notre consolateur ;
Kyrie eleison I
Quelques jours après, le duc Sigismond arriva en personne. Il trouva Pierre de Ilagenbach prisonnier.
CHARLES LE TKMÉllAIUE. 127
Il assembla un jury do seize chevaliers ; liuit villes devaient le fournir : Strasbourg, Colmar, Schclestadt, Fribourg en Brisgau, Brisach, Bàle, Berne et Soleurc.
Le tribunal fut unanime pour condamner Pierre de Ilagenbacli à la peine de mort.
Celui-ci ne demanda d'autre grâce que d'avoir la tète tranthée.
Huit bourreaux se présentèrent pour remplir cet office suprême ; c'étaient les bourreaux des huit villes qui avaient envoyé des juges. Celui de Culmar fut choisi comme le plus expert.
L'ex - gouverneur , après avoir été dégradé de l'ordre de lachevalcTie, fut conduit au lieu du supplice, entre dcu\ moines franciscains. C'était pendant la nuit : dos torches éclairaient la marche funèbre; une foule immense suivait le cortège.
L'échafaud »''lait dresse dans iin.^ nr;)i?i > à la porte de la ville.
t^S CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
Le condamné en monta les degrés d'un pas ferme; puis il fit signe qu'il voulait parler.
Tout le monde se lut.
— A^ous tous qui m'écoutez , dit Ilagenbach , soyez-moi témoins que je n'ai pas peur de la mort, quoique je l'attendisse, non pas de cette sorte, mais les armes à la main. Ce que je regrette, ce n'est pas ma propre vie, c'est tout le sang que ma mort va faire couler; car, songez-y bien, Monseigneur ne laissera pas ce jour sans vengeance. Je supplie Dieu de me pardonner d'avoir mérité une telle sentence et une plus cruelle encore. Vous tous dont j'ai été le gouverneur pendant quatre années, pardonnezmoi ce que j'ai pu faire par défaut de sagesse ou par malice; j'étais homme, pardonnez-moi.
Puis il déclara qu'il laissait à l'église de Brisach sa chaîne d'or et ses seize chevaux, s'entretint un instant avec son confesseur, et posa sa tête sur le billot.
Aussitôt l'épée flamboya aux mains de l'exécu-
CHARLES LE TEMKRAIHE. 129
leur, et la tète, séparée du corps, roula sur la phi(«'forme.
Celle lôle apparlcnail de droil à celui qui l'avait tranchée, e'esl-à-dire au bourreau de Colmar, (pii la rapporta, m manière do trophée, à ses concitoyens. On peut la voir encore à (lolmar : c'est celle d'un homme de quarante à quarante-cinq ans, avec des cheveux roux et des dents serrées; une vrai»' l^tc de damné qui garde son obstination au delà de la mort.
LK il K l\ Ali I> \ N «. LKTfcHKK
Comme lavait prévu iiaf^enbaeti, ie duc Cliarles fut exaspéré : il perdait à la fois un homme dévoué et une riche province.
Il lit avee Kdouard IV U!i Ir.iilé par lequel il Un
130 CHARLES LE TÉiMÉRAIRE.
donnait la France, se contentant, lui, de Nevers, de la Champagne et des villes de la Somme.
Le duc signa ce traité le 25 juillet 1474.
Puis, le oO, il alla joindre ses gens, qui, depuis le 10, assiégeaient la petite ville de Neuss.
Neuss dépendait de rarclievêcbé de Cologne. L'archevêque Robert de Bavière, en querelle avec son chapitre, avait décliné la juridiction de l'empereur et pris pour avoué et défenseur le duc de Bourgogne. Celui-ci avait envoyé à la ville l'ordre d'obéir ; mais son héraut avait été insulté, ses armes avaient été traînées dans la boue, et les seigneurs du pays, chanoines en même temps que seigneurs, avaient élu archevêque Ilermann de liens, frère du landgrave, le même qui fut plus tard appelé Hermann le Pacifique.
Le 15 juillet, le nouvel archevêque s'était jeté dans Neuss. Il y tint un an tout entier, de juillet 1474 à juillet 1475.
Le ciel se rembrunissait pour le duc de Bourgogne; son bonheur semblait l'ahandonner, et, comme Jes avertissements commençaient par les petites choses, au lieu de lever le siège, il fil la faute de s'y acharner.
Il arriva alors que l'on reprit cœur contre lui; il (Hait toujours le Terrible, mais il n'était plus lln- \incible.
Le jeune René de Lorraine, à qui le duc voulait prendre son duché, conclut alors un traité avec Louis XI; et, comme son grand-pcre, le vieux roi Hené, avait, disait-il, l'intention de le déshériter pour donner la Provence au duc de Bourgogne, Louis XI saisit l'Anjuu à titre de gage.
Les Suisses, de leur cAlé, déclaraient la guerre iin duc, cutruieut eu rranche-Coinlé el gagnaient bur sesgéntoux Li bataille d'IIéricourt.
C'étaient, à cette époque déjà, de rudes soldats que les Suisses : ils venaient de le prouver en saT-
franchissant du joug de l'Autriche. Louis XI avait fait connaissance avec eux autrefois, à la bataille de Saint-Jacques, et, quoiqu'il les eût battus, il avait garde, de la façon dont ils se faisaient tuer, un terrible souvenir.
Les Suisses commençaient, avec les Anglais, a donner Tidée de ce que serait dans l'avenir le fantassin, en matière de guerre, c'est-à-dire le grand pivot sur lequel tournerait toute la stratégie moderne.
Seulement, les archers anglais se battaient de loin, tandis que les piquiers suisses se battaient corps à corps ; et même, pour rapprocher les distances, tenaient-ils la pique par le milieu, au lieu delà tenir parle bout» comme faisaient les autres peuples.
Ces montagnards croyaient fermement, — et l'expérience leur avait prouvé qu'ils avaient raison de le croire, — ils croyaient fermement qu'en se réunissant par masses et en poussant, les yeux fermés,
la hallebarde devant eux, ils renverseraient les plus redoulables hommes d'armes.
lis se réunissaient donc, lorsqu'il s'agissait de charger, fermaient les ycuv et poussaient en avant.
Uien n'avait prise sur ces hommes vivant d'une si puissante vie animale, que, blessés à mort, ils continuaient de comballre; rien, pas même le poison !
Lisez ce qu'écrit sur eux, soixante ans plus tard, /c loyal serviteur : <» Sachant la fa^on dont lesSuisses buvaient, — aujourd'hui encore, on dit : <« Boire comme un Suisse! » — les Italiens, raconte Fleuranges, empoisonnèrent, non pas l'eau, mais le Nin des villes par où les Suisses devaient passer. Les Suisses burent le vin, et ne s'en portèrent que mieux ! »»
(Téiait à ces rudrs \achers (jue le duc de Hour^rognc allait avoir allaire.
Le roi Louis XI, nous l'avons dit, venait de Irait(T n\rc "MiK. les (MoImïw Ini vendaient >i\ inill»'
Iiommes, au prix de quatre florins et demi par mois et par homme. Lui, moyennant ces quatre florins et demi par homme, leur faisait faire la guerre à qui il voulait, avec charge de les secourir. Cependant, s'il ne les voulait pas secourir, il en était libre, à charge de leur payer chaque année vingt mille florins qui seraient toujours tenus prêts à Lyon.
Le duc de Bourgogne, qui comptait ne faire de ^'euss qu'un déjeuner, puis ensuite accomplir ses vastes projets sur la France, n'avait pas seulement devant Neuss une armée : il y avait quatre armées ! une de Lombards, que lui avait amené Jacques de Savoie ; une d'Anglais, qu'il avait louée à Edouard ; une de Français, tirée de ses États, et, enfin, une d'Allemands. Et, avec ces quatre armées, il ne pouvait prendre une bicoque !
Aussi le camp des assiégeants était-il une ville bâtie devant la ville. Charles s'était fait construire une maison d'où il dirigeait le siège, y demeurant ,
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toujours armé, et, sans doute par suite d'un vœu, dormant sur une cliaisc.
Et, pendant ce temps, il apprenait toute sorte de nouvelles qui lui semblaient plus folles les unes que les autres.
Le Luxembourg était envahi par les Allemands.
Perpif,'nan était repris sur les Aragonais.
Louis XI envahissait la Pieardie.
Kené de Vaudemont — un enfant — le défiait à feu et à sang !
Sa forteresse de Pierre fonds venait de se rendre.
Les Anglais, (lu'i! attendait toujours, n'arrivaient pas.
Enlin, l'empire marchait au secours de Cologne : di.\ princes arrivaient, (juinze ducs ou margraves, six cent vingt-cinq chevaliers, le contingent de soixante-huit villes impériales I
Mais l'empereur, toujours dans l'espoir de marier son (ils à riuriticrc de Bourgogne, ne voulut point
complètement se brouiller avec Charles; il lui proj)Osa de remettre le jugement à l'arbitrage du légat du pape, présent dans l'armée impériale. Le duc, enchanté de s'en tirer de cette façon, accepta bien vite. Le roi Louis avançait toujours et était déjà en Artois.
Le légat entra dans Neuss, le 0 juin 1475, avec Jes conseillers impériau\ et bourguignons.
Le 26 du même mois, le duc leva son camp.
Il venait d'apprendre que les Anglais, qui avaient tant tardé, étaient enfin débarqués à Calais.
Qui les avait appelés là?
Pas du tout le roi de France, bien entendu ; un peu le duc de Bourgogne; beaucoup le comte de Saint-Pol.
Nous allons voir tout à l'heure tomber la tète de ce dernier ; sachons bien pourquoi elle tomba.
Le connétable n'ignorait pas que, depuis le siège deBeauvais, le roi et le duc le baissaient mortelle-
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mont : le duc, pour ne pas l'avoir servi contre le roi; le i')i, |)our ne pas l'avoir servi contre le duc.
Aussi le roi et le duc étaient ils convenus, d'un commun accord, de se défaire du connétable; les ambassadeurs charges de la négociation avaient «'change leurs signatures. Le connétable était à la fois déclaré traître et criminel par les deux princes, ( t chacun s'engageait à le faire exécuter dans les huit jours, s'il j)arvenait à mettre la main >ur lui.
Mais à peine le trail(' lut-il signé, (jue Louis XI soupçonna le duc de vouloir se réconcilier avec le connétable en faisant valoir prèsde celui-ci la haine que lui portait le roi.
Il songea donc à prendre les devants, c'est-à-dire à se donner Saint-l'ol contre le duc, 1 1, à cet elTcl, il proposa une enlre\ue au connétable.
Le connétable accej)ta, mais en prenant toutes ses mesures.
L'entrevue eut lieu sur une chaussée près de Ilam.
Une barrière était établie en travers du chemin pour séparer le roi du comte. — Le pont de Monlereau avait laissé, sous ce rapport, des souvenirs qui ne permettaient point de négliger les précautions.
Derrière lui, le comte de Saint-Pol avait trois cents gentilshommes armés et leur suite; en outre, il était cuirassé sous sa robe.
Le roi, qui tardait un peu, envoya Coraines pour l'excuser et dire qu'il arrivait.
Il arriva, en effet, amenant six cents hommes d'armes, commandés parle comte de Dammarlin, le"plus grand ennemi du connétable.
Louis XI s'avança sur la chaussée avec cinq ou six personnes de sa suite seulement.
Saint-Pol s'excusa alors d'être si bien accompagné.
— Mais, si j'ai marqué quelque défiance, dit-il, c'est à cause du comte de Dammartin.
— Allons, allons, répondit le roi, ce jour est celui
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de la rcconciliation générale : je veux faire votre paix, avec lui.
Et il appella Danimarlin, qui s'approcha seul.
Louis XI passa le premier de l'autre cùté de la barrière et embrassa Saint-Pol.
— Et maintenant, dit-il, il ne sera jamais question du passé entre nous; mais vr»u5; tiendrez tnv.l ce que vous m'avez promis?
— Je vous le jure, sire, répondit le connétable.
— Je puis donc compter que vous êtes de mon parti '
— Envers et contre tous, sire î
— Alors, arrive ici Dammarliii, et embrasse notre ami.
Le comte s'apin^ocba cl obéit.
Sur quoi, Louis \I emmena Saint-Pol à Noyon, et lui lit ^Tando chère juscju'au lendemain, ( ù le comte retourna à Sainl-<^ucntiii.
Pourquoi le roi fit-il cette avance au connclabie ?
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Oui pourail le dire? Sans doute, il avait encore besoin de lui pour quelque mystérieuse trame qu'il était en train d'ourdir.
Quant aux craintes qu'il avait, que le duc ne fît, de son côté, des avances à Saint-Pol, Louis XI ne se trompait pas : deux jours après son entrevue avec le roi, le connétable reçut un message du duc de Bourgogne, qui lui offrait une pension de dix mille écus, s'il tenait les promesses faites à la suite de Montlhéry.
Le connétable répondit au duc qu'il pouvait compter sur lui, qu'il trouverait, un jour ou l'autre, moyen de saisir le roi au collet et de le lui livrer.
Une fois Louis XI entre les mains du duc de Bourgogne, le connétable se chargeait d'aller prendre la leine et le dauphin, et de les envoyer en exil.
La France sans roi, sans reine et sans dauphin, le duc en ferait à son plaisir.
Cependant, on était fort divisé dans le conseil du roi.
\jt 1)1 voulait prolonger les trêves avec le duc de IJ'iur^ogne; les conseillers, au contraire, disaient que, le duc ayant la guerre avec les cantons et l'Autriche, mieux valait se déclarer et venir en aide aux Suisses et à l'archiduc Sigisnnond.
Mais Comines, qui connaissait le duc, se rangea de l'avis du roi, et insista pour la prolongation des irrves.
— Donnez-lui sa trt^ve, dit il à f.ouis XI; laissezle s'aller heurter contre ces pays d'Allemagne, qui sont plus grands et plus puissants qu'on ne saurait croire, nuand il aura pris une place ou mené à tin une querelle, il en entreprendra une autre; il n'est pas homme à se rassasier jamais d'entreprises; plus il est embrouillé, plus il s'embrouille! l'our vous Ncngrr de lui, il sullit de le laisser faire; cette Allemagne est si grande et si forte, qu'il s'y consumera et perdra de tous les points. L'empereur est, à la vérité, homme d«: peu de sens et de peu de («rur;
il aimerait mieux tout endurer que de dépenser son argent; mais les princes de l'empire y mettront bon ordre.
Le roi écouta Comines, et bien lui en prit. Il était en négociations avec le duc quand les Anglais débarquèrent, et le duc ne pouvait, sans rompre les trêves, se joindre à eux activement.
Saint-Pol avait appelé les Anglais, on le conçoit maintenant, parce qu'il avait besoin d'embrouiller les affaires du roi et du duc, afin de débrouiller les siennes.
Le duc croyait que les Anglais débarqueraient dans la Normandie et remonteraient la Seine : point ! Ils débarquèrent ta Calais , à deux pas de la Flandre, presque sur les terres de Bourgogne.
Pressé de les éloigner, Charles quitta Neuss, courut à Bruges demander de l'argent, et, le 14 juillet, joignit Edouard.
Edouard était venu en personne avec quatorze
mille archers, cinq cents liomnics (r.*irmcs et toute la noblesse d'Angleterre.
Le duc ne se pressait tant que pour pousser l'armée anglaise en France.
Pendant ce temps, Edouard envoyait à Louis XI son héros Jarretière; celui-ci remit au roi la lettre de défi de son maître, en présence de toute la cour.
Edouard , ])ar cette lettre de défi , sommait Louis XI de lui rendre son royaume de Franco ; en cas de refus, Edouard protestait que les maux et l'clTusion du sang qui pourraient advenir ne se- 'lient point de sou fait.
Cette lettre était en si beau style français, qu'il était évident que ce n'était point un Anglais qui l'avait écrite.
Le roi lui [.»ul bas; les seigneurs qui l'entouraient étaient forts inquiets de savoir ce que conte -
it le uicssage; mais Louis XI n'élail pas homme à conter ainsi ses affaires à tout le monde.
lU CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Il mit la main sur l'épaule du héraut et le conduisit dans un cabincl voisin.
Arrivé là, Louis XI commença de lui parler avec cette familiarité qui lui gagnait si facilement les inférieurs.
— Je n'ignore pas, dit-il, que, si mon cousin le roi d'Angleterre, votre maître , s'en vient en mon royaume pour me faire la guerre, c'est un peu contre sa volonté ; aussi ne lui en sais-je nullement mauvais gré et n'en suis-je pas moins son frère et ami. S'il a entrepris ce voyage, c'est à la requête du duc de Bourgogne, et parce qu'il y est contraint par ses communes d'Angleterre ; mais il peut voir que la saison est presque passée; le duc de Bourgogne ne pourra l'aider en rien. II revient de son siège de Neuss, tout déconfit et ruiné. Son armée est en si mauvais état, qu'il n'osera la montrer aux Anglais. Je n'ignore pas non plus que mon frère d'Angleterre a des intelligences avec le connétable dont il
a épousé la nicce; mais qu'il ne s'y fie pas, il en sera Irompé! J'en pourrais dire long sur tous les biens que je lui ai faits et les trahisons que j'en ai reçues. Il ne veut que vivre en dissimulation, entretenir chacun et faire son profit..
Jarretière écoutait en silence. Le roi continua : — Votre maître ferait bien mieux de conclure une loyale paix avec ses anciens ennemis, que de compter sur les promesses de ses nouveaux amis. En outre, la paix est plus a^^Téable à Dieu qu'aucune chose que ce soit ; aussi est-elle mon plus j»rand désir. Voilà donc ce qu'en fidèle serviteur, vous devriez dire à votre maître; ce serait pour son bien. Vous n'en seriez pas plus mal avec moi, cl, .^i par vos bons soins , mon cousin d Angleterre voulait entendre à un arrangement, vousaurirz, en témoignage de mon amitié, mille écus d'or, en sus des trois cents (jue je vais vous donner.
Jarretière était fort déduit par ces ofTrcs , et
plus encore par la manière familière dont le roi lui avait parlé ; il promit d'user du peu d'influence qu'il pouvait avoir sur son maître; avoua qu'Edouard n'était pas très-porté à la guerre, et conseilla à Sa Majesté, lorsqu'à son tour elle enverrait son héraul, de l'adresser à milord Howard et à milord Stanley. Puis il ajouta :
— Et aussi un peu à moi, sire, afin que nous l'aidions à se bien conduire.
Louis XI rentra avec le héraut d'Angleterre dans la chambre où tous les seigneurs attendaient impatiemment; on remarqua que le roi avait l'air gai et ouvert.
— Monsieur d'Argenton, dit le roi à Comines; — il lui avait donné la seigneurie d'Argenton, et l'appelait ainsi depuis qu'il lui avait fait ce don ; — monsieur d'Argenton, il faut faire mesurer trente aunes de velours cramoisi pour donner au héraut d'An£rlcterre.
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Puis, à voix basse :
— Tout est en bon cbeniin, dit-il: ne le quittez pas, continuez à l'enlretenir, et gardez que personne ne lui parle avant son départ.
Alors, le roi, sans rien dire de sa conversation avec le béraut, se mit à plaisanter sur la lettre de son cousin, qui, disait-il, était devenu bien gras pour faire la guerre maintenant , et combattre à pied, comme c'était son babilude.
Or , l'événement justifia ce qu'avait annoncé Louis W à Jarretière. iMouard eroyait trouver les marcbes du royaume déjà occupées par l'armée du duc de Bourgogne, les troupes du roi battues ou, du moins li;irn<%^t'f«; et .>n mauvais état.
Tout au contraire : à Calais, ni due ni armée! Ce fut la ducbesse de Bourgogne qui arriva d'abord; elle venait voir son l"rèr(\
Puis, enlin, arriva le duc, mais seul.
Ce qu'avait dit le roi à Jarretière, de cette armée détruite, était donc vrai?
A son grand étonnement, Edouard trouva son beau-frère bien autrement préoccupé de conquérir la Lorraine pour son compte, que de l'aider, lui, Edouard, à conquérir la France pour le sien.
Puis Charles ne parlait que de punir les gens de ^ l'Alsace et du pays de Ferrette, qui lui avaient décapité, comme nous l'avons dit, son gouverneur Pierre de Hagenbach.
Ces desseins nouveaux, complètement inconnus du roi d'Angleterre, et qui s'accordaient si peu avec les engagements pris par le duc de Bourgogne visà-vis d'Edouard, se traduisirent par la proposition que le duc finit par faire au roi : à savoir, d'entamer la guerre, non point de compte à demi, mais <*hacun de son côté.
Pendant que les Anglais passeraient la Somme et entreraient en France par Laon et Soissons, lui,
Charles, reprendrait le Luxembourg et la Lorraine, cette Lorraine qui lui tenait tant au cœur; puis arriverait en Champagne par Nancy et trouverait Kdouard à Heims.
Là, il serait tout porté pour ôtre sacrt3.
La proposition avait l'air d'une mauvaise plaisanterie ; les Anglais la prirent ainsi.
Ils sommèrent le duc de les accompagner, au moins de sa personne, s'il ne les aidait de son armée.
Charles prit sa route avec eux par (luines, Saint- Omer, Arras, Doullens et Péronne ; c'était pays à lui.
Les Anglais avaient entendu parler d<' l'hospitalité de la maison de Hourgogne et s'attendaient, passant par les villes du due, à éprouver les elïels de celte hospitalité ; mais point : le duc se défiait de ses hôtes; il entrait dans ses villes, couchait dans ses hôtels, et laissait son hcau-frére Kdouard coucher dans (|uel(iiic forme, et son armée à la belle étoile.
VÔO CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
Quand les Anglais se plaignaient :
— Bon! disait Charles, prenez patience jusqu'à Saint-Quentin! A Saint-Quentin est le connétable, qui vous a tant écrit de venir; il vous attend les portes ouvertes.