I.c roi Jean mourut le s avril ir.C.i
Le jeune duc fut immédiatement mis en posses- ^i(m,el, le2Gmai suivant, rhilippe le Hardi (|uittait nijon jjuur assister, connue due de Bourgogne, au sacre de sou frère aine:
14 CHAULES LE TÉMÉKAIUE.
" Le roi Charles V confirma la donation faite par son père et y ajouta l'abandon de l'hôtel de Bourgogne, qui, depuis longtemps, appartenait aux ducs de Bourgogne, et leur servait de demeure lorsqu'ils iiabitaient Paris.
Cet hôtel était situé sur la montagne Sainte-Geneviève.
L'acte de donation du duché et de l'hôtel porte la date du 2 juin 13G4.
Si cette espèce de prologue a dit ce qu'il voulait dire, le lecteur sait maintenant dans quelle terre ensanglantée avait poussé cet arbre gigantesque de Bourgogne, dont Charles le Téméraire n'est qu'un rameau.
LE hO.N DUC
Charles, surnomme le Téméraire, était l'arrièrepelil-lils de Philip|)e le Hardi, dont nous venons de raconter le premier fait d'armes et (jui fut la lige de la seconde maison de IJourgogne.
Ufscns à quel degré de puissance était arrivée la maison de Bourgogne au moment où naquit le jeune Charles, c'est-à-dire le lo novembre liô5.
Nous avons raconté de quelle f;n;on le duché de Bourgogne avait fait retour au roi Jean et as ait été constitué en aj)anage à son lils Philippe le Jlardi, par lettres patentes du (> sejitembre 1ÔG3, confirluces rauuée sui\ante par le rui Charles \ .
Cnmmont. apn'-s les Irôuhîrs qu'avait suscites en
4G CHARLES LE TKMÉRAIRE.
l'Yanc'c la prcinièrc maison de Hourgogne; comment, après le traité de Bretigny, qui enlevait au royaume ses plus belles provinces; comment un roi aussi sage que l'était Charles V acceptait-il, sans remontrance visible, sans regret apparent, ce nouveau démembrement de la France?
Xous pourrions rappeler d'abord cette grande vérité : c'est que l'exemple du passé instruit rarement l'avenir.
Ensuite, nos rois de France, sans trop se rendre compte de ce qu'ils faisaient, avaient aboli la féodalité telle que l'avait constituée Charlemagne, c'està-dire le seul pouvoir militaire qui existât en France; ce pouvoir leur manquant, ils essayèrent, au xiii^ et au xiv'' siècle, d'établir une féodalité artificielle. L'exemple de Philippe d'Anjou, fait roi d'Espagne par Louis XIV et devenant l'ennemi de la France, n'empêcha point Napoléon de faire son frère Joseph roi d'Espagne, son frère Louis roi de Hollande, son
CHAULES LE TÉMÉRAIRC. 47
beau-frère Mural roi de Nuples, et son bcau-fils Eugène vice-roi d'Ilalic.
ouessayait de faire Napoléon? Il essayait de rétablir une ^Tande féodalité niilitaire.
Charles V, en ratifiant les lettres patentes du roi Jean qui accordaient le duché de Bour^'ogne à son jeune iïère, agissait donc d'abord en Uls pieux, puisqu'il exécutait les dernières volontés de son père ; et, en constituant un établissement féodal, il suivait, en outre, les traditions de la politique du temps.
Leduc- d'Anjou, livre puiné de Charles, frère aine de Philippe, était {^'ouverneur du Languedoc, et, par le Languedoc, regardait la Provence et l'Italie; par la Bourgogne, le nouveau duc agirait sur I empire et les Pays-Bas.
Philippe de Rouvres, dont le nouveau duc tenait l'héritage, avait épousé Marguerite, lille unique du comte de Plaiîdre ; mais le mariage n'avait point été consommé.
48 CllAIU-ES LE TKMKKAIUE.
La veuve était donc à rcmarici .
Ce mariage allait à merveille à Philippe : iMari^ucrite était liciitièrc des comtés de Flandre, d'Artois, de Relhel, de Nevers et de Franche-Comté. ^
Mais, par cela môme qu'il réunissait tous ces avantages, il n'allait pas moins à Edouard III, (\m sollicitait cette alliance pour le prince Noir, notre * vainqueur de Poitiers.
Il est vrai que Marguerite de Flandre aimait Philippe; mais l'amour est, en fait de mariages princiers, une mince considération.
Louis de Maie hésitait. — Charles V, craignant de voir s'agrandir encore son rival le roi d'Angleterre, n'hésita, lui, point à se diminuer; il oflVait de rendre aux Flamands Lille et Douai, la Flandre française, la harrière du royaume au nord.
Cela ne suffit point.
Par bonheur, — peut-être serait-il plus juste de dire par malheur, —la mère de Louis de Mule, fille
CHAKLi:S LE TKMKUAIKK. 49
do iMiilippe le Lon^', princesse française, avait <lécidé cetlc uniun ; elle alla trouver son fils, qui penciiail pour Edouard lil, et, tirant de sa robe sa mamelle droite :
— Louis, dit-elle, si tu refuses de faire les noces (jue ton roi et moi désirons, je te jure que je retranche de moi le sein (jui t'a nourri, a ton grand désliunneur, et à l'opprobre éternel de ton nom !
J.ouis de Maie consentit, et le mariage fut célébré à (land, le 19 juin lôOl).
Le duc de Bourgogne se trouva donc duc de Mourgogne et, en attendant qu'il héritât de la Flandre, de l'Artois, de lUMhel, de Nevers et de la l'ianchc-lioml»', mailrc de Lille et do houai.
Charles V espérai! que la lYancc absorberait la l'Iandro, que les inl<'réls raj)procheraiont les peuples réunis sous une même domination. CharloN V se trompait : la dislinelion resta (profonde. Langue cl nueurs séparaient les Iranvais des Flamands;
.')0 CHAULES LE TÉMÉRAIRE.
ce ne fut point la riche Flandre qui vint à la pauvre Bourgogne : ce fut la pauvre Bourgogne qui se trouva être un accessoire de la riche Flandre. L'intérêt flamand lit pencher la politique du fils de France vers TAngleterre.
L'alliance avec nos ennemis fui commerciale d'abord, puis peu à peu elle devint politique.
11 y avait mariage politique entre la France et la Flandre; mais il y avait mariage commercial entre la Flandre et l'Angleterre.
Ce mariage commercial faisait la richesse du pays, partant celle du prince.
A son tour, Philippe faisait épouser, en 1385, à son fils le comte de Nevers, l'héritière du Hainaut et de la Hollande, et il complétait ainsi les Pays-Bas.
Cinq ans plus tard, en lo90, il achetait aux comtes d'Armagnac le Charolais, et il complétait ainsi les Bourgognes.
Fenêtres sur l'Angieterre, portes sur la France.
CHARLES Li: TÉMÉRAIRE. 51
A la seconde géacration, voici ce qu'avait amené la prévoyance du sage roi Charles V.
Le petit-fils de ce Philippe le Uardi, qui avait si vaillamment combattu à Poitiers, (|ui avait, à Londres, donné un soulllet à l'échanson d'Edouard III, parce que celui-ci servait le roi d'Angleterre avant le roi de France, Philippe le Bon, enfin, s'alliait à Henri V, était témoin de son mariage avec la princesse Catherine, et faisait proclamer le roi d'Angleterre roi de lïance, à l'exclusion du roi de France Charles VIL
Il est vrai qu'il gagnait à renier la France, sa mère, les positions dominantes de la Somme et de la Meuse, Namur clKTouae, les avenues de Paris ou plutôt Paris môme, Bur-sur-Seine, Auxerrc et M eaux.
11 est vrai encore que, pour arriver là, il lui avait fallu livrer la l'ucelle!
Puis, le i a<iùl 1 iôO, le duc de biabanl meurt.
52 ' CHAULES LE TEMERAIHK.
Le duc de Bourgogne avait à peu près tout ce (jui entourait le lîrabant : il avait la Flandre, le llainaut, la Hollande, Namur, Luxembourg. Il lui manquait le Jîrabant.
Le Brabant, c'était la province centrale, Louvain, Bruxelles. Bruxelles, la reine des Pays-Bas; Louvain, sa dame d'bonneur.
Le Brabant ne revenait point à Pbilippe; il revenait à sa tante Marguerite de Bourgogne, comtesse de Hainaut ; à ses beaux-fils Charles et Jean de Bourgogne, fils du comte de Nevers, tué à Azincourt.
11 oublia qu'il était neveu de l'une, tuteur des autres. Il mit la main sur le Brabant.
Tout cela n'cmpeclie pas le fils de Jean-sans- Peur, le père de Charles le Téméraire, d'èlro appelé Philippe le Bon.
Vous voyez qu'il ne faut pas allacher trop d'importance à cette épithète de ôon.
CHAULES LK TÎ.MÉUAIRE. 53
Nous avons dit que, chez Jean, le Bon voulait (lire l'étourdi, le prodigue, le fou.
Chez Philippe, le Bon veut dire l'amoureux, le courtois, le sensuel.
Oui, Philippe, selon les idées vulgaires, était le hnn dur; il était tendre de cœur, surtout aux feninies, — nous le verrons tout ù l'iicure ; — puis, il pleurait facilement.
Il pleura les morts dWzincourt, et devint rallié des .Anglais, qui avaient fait ces morts.
Il pleura son jxtc Jean-sans-Peur, et, par vengeance du meurtre de .Montereau, déposséda ('harles VII (lu tn^ne de France.
Au reste, il sa\ail parfaitement ce que pouvait rapporter un meurtre, et quel était le prix du sang (\[ic l'on pouvait tirer du meurtrier.
Le 21 septembre 1 ir>r>, il consent à pardonner ce meurtre et à signer la paix avec le roi Charles VII.
Mais à quelle eondilion pardonnera-til ? C'est
o4 CHARLES LE TEMtittAIRE.
qu'on lui cédera les comtés de Mâcon, d'Auxerre, de Bar-sur-Scine et de PonlhiGU.
Eu Picardie, il a déjà Pcronne; il lui faut encore Monldidier, Roye, Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville et Doullens.
Vous voyez que le bon duc a le pardon difficile.
Il est vrai qu'il consent à ce que les villes, qui sont villes royales, soient raclielées, si jamais la France a assez d'argent pour opérer ce rachat.
En outre, le roi Charles témoignera ses regrets de la mort de Jean-sans-Peur, niera qu'il y ait pris aucune part, et fondera, à Montereau, un service perpétuel qui sera célébré le jour de l'assassinat.
Attendez ! il faut que le bon duc complète son duché, dont son fils tentera défaire un royaume.
René, duc de t5ar, a été fait prisonnier par le duc de Bourgogne à la bataille de Buigneville. 11 est détenu depuis quatre ans dans une des tours du
CHARLES LE TÉMKRAIHE. 'ÏÔ
palais de Dijon. Le bon due a eu le soin de ne pas dire un mot de lui dans le traité d'Arras.
Ce n'est point par oubli : le bon due n'oublie pas SCS prisonniers; d'ailleurs, Charles VII en avait dit quelques paroles, lui.
Mais le bon due avait répondu :
— iSous verrons plus tard.
Ce qui arrêtait le bon due, e'est que, pendant sa captivité, le prisonnier avait hérité du duché d'Anjou et du comté de Provence par la mort de son frère, cl (|ue Jeanne 11, en expirant, l'avait appelé au Iréiie de Nuples.
Un si riche prisonnier, en sortant de la cage où il i tait resté (juatre ans, devait bien laisser aux barreaux (juel(|u'une (\cs plumes de son aili*.
Kené en laissa deux : Neuchâtel en Lorraine, Clermonl en Argonne.
il paya, en cmlre, (juahe-vin^t mille écus dOr.
(e fut ce même Uené que depuis, ol à plus juste
dG CHAULES LE TKMKRAIKE.
lilre, on appela en Provence le bon roi René, et sur k'(iucl George Cliùlelain a fait la jolicchronique qui commence par ces vers :
J"ay ung roy de Cecille Veu devenir berger, Et sa femme gentille De ce propre mcstier, Portant la peunetière, La houlette et chappeau, Logeant sur la bruyère, Aui)rcs de leur troppeau.
Quant au duc Philippe, nous avons dit qu'il était fort bon à l'endroit des femmes, fort bon aussi à l'endroit de ses bâtards.
Un jour que nous n'avions rien de mieux à faire, nous nous sommes amuse à compulser les archives de Lille, chambre des comptes, et nous y avons trouvé nous ne savons combien de lettres et d'actes du bon duc, relativement aux. nourritures de bâtards, pensions de mères et de nourrices.
CHAKLES LE TK.MKRAIHE. 57
Au reste, ce f^alant \v siecie élait le règne des femmes.
Comptons.
Isabeau de Havièrc, qui perd et vend la France.
Valentine de Milan, qui console le roi des infidélités de sa femme et des trahisons de ses frères.
Jeanne, qui sauve le royaume.
Agnès SorcI, la dame de Beauté, qui remet aux mains de (lliarles VII l'épée qui chassera les Anglais Je la France.
.lacqueline de llainaut, la vaillante comtesse, la femme aux quatre maris, qui défendait mieux ses ilomaines qu'elle ne se défendait elle-même.
La religion du tenips, ce n'est pas la vierge, c'est a femuic.
Mais peut-être les graves Flandres seront-elles (lus sévères.
lion! lisez la léè;ende de la comtesse (|ui n)il au Donde trois cent soixante-cinq enfants.
58 CHARLES LE TKMKRAIHE.
Trois cent soixante-cinq enfants pour une femme, c'est beaucoup : on peut donc contester la susdilc légende; mais ce qui est incontestable, ce sont les soixante-trois bâtards du comte deCIèves; ce qui est incontestable, c*est Jean de Bourgogne, éveqiic de Cambrai, officiant pontificalement avec ses trentesix bâtards et fils de bâtards qui le servent à l'autel ; ce qui est incontestable, enfin, c'est Pbilippe le Bon avec ses trois femmes légitimes, ses vingt-sept maîtresses et ses seize bâtards.
Pendant qu'on brûlait la sainte de Vaucouleurs, la vierge d'Orléans, la libératrice de la France, que faisait le bon duc qui l'avait vendue ?
Il procédait à son troisième mariage et fondait l'ordre emblématique de la Toison d'Or.
Cette troisième femme, qui devait, cinq ans plus tard, donner le jour à notre béros Cbarles, était une infante de Portugal, Anglaise par sa mère, Philippa de Lanscatre; quant à son père, c'était le brave bâ-
CHARLKS LK TKMKRAIRK. '59
tard Jean î'% qui venait de fonder, en Porliignl, une nouvelle dynastie, comme le bâtard Transtamare en Castille.
C'était le beau temps des bâtards, et ils le savaient bien, ceux qui avaient la chance de l'être ! Dunois ne déclarait-il point, à douze ans, qu'il n'était pas le fils du riche et ridicule Canny, mais qu'il s'appelait le hntard d'Orlrans!
Donc, le jopr de son mariage avec la brune Portugaise, le bon duc Philippe institua, comme nous Pavons dit, l'ordre de la Toison d'Or, et prit la devise : Autre nanray!
Jamais devise n'eut un double sens plus perfide. La louon d'Or! N'était-ce pas un hommage à ces cheveux blonds que les peintres flamands, depuis Van Kyck jusqu'à lUibcns, font ruisseler sur les épaules des belles Flamandes? n'était-ce pas le triomphe de la tomme du NcmiI sur la lemine du Midi? la victoire du blond sur le noir?
El ccllo devise : Autre 7i auray ! éiali-cc un engagement envers l'infante de n'avoir d'autre femme qu'elle, ou bien une promesse à toutes ces triomphatilcs beautés de Gand et de Bruges de leur rester fidèles quand même?
Ce mariage fut l'occasion de galas inouïs, de fêtes gigantesques, de bombances folles. A Bruges, il y eut des prodigalités à ruiner un roi.
Et qui faisait ces prodigalités? La commune, la ville, Bruges.
Bruges, par les dix-sept nations qui y avaient leurs comptoirs, était peut-être alors la ville la plus riche du monde.
Les rues furent tendues des plus beaux et des plus rijlies lapis de 1-Iandre. Pendant huit jours, le vin coula à flots par ses rues: un lion versait du vin du lUiin ; un cerf versait du vin de Beaune. Pendant les repas, une licorne les relayait et lançait l'eau de rose et le malvoisie.
cil Art LES LE TÉMKRAIRE. i\\
Ainsi le duc de Bour^'O'ine étail arriv(' à l'oporrOe (le sa richesse et de sa puissance, et, s'il avait un lils, ce fils pourrait s'intituler duc de Hourgo«n«\ de Lorraine, del]rabant,dcLimbourgelde Gucidrc, comte de Flandre et d'Artois, comte palatin de llainaut, de Hollande, de Zélande, de Namur et de /ulplién, seigneur de la Frise, de Salins et de Malincs.
iy lils naquit, comme nous l'avons dit, le 10 no- \cmbre 1435, et, au lieu du titre de comte de Nevers (jue son père et son grand-père avaient revu à leur l>a|)lème, il reçut, liu, le titre de comte de Cliarolais.
Celte naissance combla les désirs du duc, et porta jusqu'à la folie l'orgueil de celui que les étrangers appelaient le f/rand duc d^Ocridcnt.
iJonnons une idée de cette folie.
Le bon duc ayant été obligé de se faire raser la lèle à la suite d'une maladie, un édil parut (jui ordoDuait à tous les geniilshummcs de se faire raser la léle comme leur duc.
62 (MAHLES LE TÉMÉRAIUE.
Cinq cents gentilshommes obéirent; et, corame IMiilippe le Bon pensait bien que quelques-uns avaient l'intention de se soustraire à l'cdit, il délégua messire Pierre de Vacqucmbac pour visiter les têtes rebelles et en faire tomber les cheveux récalcitrants.
Au reste, il en arriva, de la naissance de l'héritier ducal, comme de tous les biens qui comblent la mesure d'une grande fortune : à partir du moment où elle a atteint son apogée, cette fortune ne pouvant plus grandir, reste quelque temps stationnaire, puis décroît peu à peu, quand elle ne s'écroule pas tout d'un coup.
Ce ne fut guère que vers sa septième ou huitième année que l'on put juger des dispositions du jeune comte.
11 apprenait bien et assez facilement, pourvu que ses études portassent sur des faits d'armes et de chevalerie. Peu de gentilshommes, à cette époque,
CHARLES LE THMÉRAIHE. 63
savaient lire Cl écrire: selon toule probabililc, son ^Tand-père Jean-sans-Peur ne savait pas même signer son nom ; monsieur de Durante, qui a retrouvé son sceau, n'a pu, malgré toutes les recherches, retrouver sa signature.
A di\ ans, Charles savait lire et écrire, et lisait uu se faisait lire tout particulièrement les contes et faits de Lancelot du Lac et de Gauvain.
A douze ans, on lui mit un arc entre les mains, et bientôt il devint un habile archer.
A quinze, on le laissa se livrer au j)laisir de la chasse, où il prit un goût extrême ; c'était surtout la chasse au sanglier qui le passionnait, nuand le anglier tenait aux chiens, il demandait sa lance, poussait à l'animal, et presque toujours le tuait du premier coup.
Il aimait aussi la chasse au vol ; mais ce n'était pour lui ([u'un passe-temps et non point une passion, comme la chasse au san^'lier, qui, du reste,
64 m An LES lk tk.mérairk.
ne lui plaisait tant qu'à cause des dangers que l'on y courait.
Puis il se mit à cultiver les exercices du corps proprement dits, et à seize ans il pouvait défier à la lutte tous les jeunes gens de son ûge, de même qu'aux barres il était un des plus rapides coureurs qui se pussent voir.
Au milieu de tout cela, son goût pour la magnificence s'était développé; il était, au reste, à bonne école. Il recherchait la pompe dans ses hahillemonls, et se plaisait à sortir avec une belle suite d'écuyers et de pages; il aimait aussi à entendre chanter, mais ne chantait pas lui-même, ayant la voix fausse .
Le Ber d'Auxy et le sire de Rosembos avaient été choisis i)()ur gouverner son enfance et diriger su jeunesse.
il atteignit ainsi dix-huit ans.
Le duc, son père, jugea que le moment était venu
<lc lui faire faire ses premières armes, elil ordonna tout exprès un tournoi à Bruxelles.
Le jeune comte de Cliarolais devait en être le tenant.
Mais la duchesse intervint; — la pauvre mère craignait qu'il n'arrivât malheur à son fils bienaimé.
Le duc tint bon.
Isabelle demanda que, tout au moins, le jeune comte s'essayât avant d'entrer en lice. '
Le duc alors jeta les yeux autour lui, et choisi!, parmi tous ses chevaliers, Jacques de Lalaing comme le plus digne de donner celte le(;on d'armes à rhéritier de Bourgogne; et chacun applaudit au <'h(M\, disant <]uc jamais si L'rand iKwuicur ne pouvait cire attribue à meilleur chevalier.
nn décida que la le(;on d'armes serait donnée au
jeune j)rincc dans le parc de Bruxelles, en présence
de qiuM(|ues j)ersonnes seulement.
La duchesse demanda la piermission d'assister à cet exercice.
Les deux combattants se présentèrent à cheval, chacun au bout de l'allée qui devait leur servir de Jice; à chacun d'eux on remit une lance; puis, sur l'ordre du duc, les deux adversaires coururent l'un sur l'autre.
Le comte de Charolais brisa sa lance sur l'écu du sire de Lalaing, qui n'en resta pas moins ferme sur ses étriers.
Quant au sire de Lalaing, il ne toucha point le comte de Charolais : sa lance passa au-dessus du casque du jeune prince.
Le duc vit bien que le vieux chevalier ménageait son fils; il se fâcha tout rouge et cria au sire de Lalaing :
— Sire de Lalaing, mon ami, je vous ai choisi pour pousser mon fils, et non pour le ménager. Si vous voulez en agir ainsi, faites phice à \m autre.
CHAULES Li: TKMÉIIAIHK. G7
Toiil au contraire, et en môme temps, la duchesse remerciait du regard le vieux chevalier.
Mais Jacques de Lalaing écouta le duc. D'autres lances furent apporlrcs. Le chevalier et son jeune élève coururent l'un sur l'autre et les deux lances furent brisées.
Cette fois, ce fut la duchesse qui gourmanda le chevalier, disant qu'il y avait été trop vigoureusement.
Deux ou trois nouvelles épreuves furent encore tentées, que le comte de Charolais soutint à merveille.
Le duc et la duchesse se retirèrent donc un ne peut plus satisfaits ; car chacun d'eux se disait que, le jour du tournoi, le comte se montrerait digne de son nom.
En elTet, le jour du tournoi venu, le jeune prince, aeeompagné de son cousin le comte d'I^tampes, de ses jeunes compagnons I^hilippe de Cn»}, Jean de
68 CMAiiLLs LE tkmÉraiui:.
la Tirmoille, Charles de Ternant, et suivi de ses gouverneurs le Bcr d'Auxy et le sire de Rosembos, entra dans la lice, qui était préparée sur la place de l'hôtel de ville de Bruxelles, et rompit successivement dix-huit lances ! Il fut proclamé vainqueur à l'unanimité et reçut le prix des mains des damés.
Ce jeu guerrier servait de prélude à un jeu plus grave : on allait entrer en campagne contre les Gantois, et, sur un premier refus de son père de lui donner un commandement dans l'armée, le jeune comte avait juré par saint Georges, — c'était son serment : ce fils de France jurait par un saint anglais — et le jeune comte, disons-nous, avait juré par saint (icorges, que, si on le laissait à Dijon ou à Bruxelles, il partirait, iVit-ce en pourpoint, pour rejoindre son seigneur et l'aider à se venger de ses rebelles sujets.
Deux mots sur la rébellion des Gantois.
CHARLKS LE TKMÉllAlUE. G^