‹ Charles le Téméraire et René de LorraineChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

RSPAIBB d'ÉpINAL et DE NaNCV PAR ReNÉ II

{45 $eptembre-6 octobre i416).

Epinal, coupé de toutes ses communications, souffrait d'uae disette croissante. « Desja estoil esté par quatre marchiers que dedans rien n'y venoit, dont ils (les Spinaliens) avoient grand chierté. » Las de supporter de si cruelles privations, désireux en outre de reconquérir leur indépendance, ils « envoyèrent ung measagier tout hastivement vers le duc René à Strasbourg. Ledict messagier, bien diligemment Qt son devoir. Vint audit lieu, trouva le duc René, l'a salué, luydit. n Monseigneur, ceuls d'Epinal sur tous las liabitants à vostre bonne grâce humblement se recommandent et par moy vous mandent que dedans ceste sepmaine prochaine, vous vous délibériez de venir à ladicte ville : vous et vos gens, sans contredire, je vous mectrons dedans. » Le

■dDïGooglc

duc luy répondit : « Mon amy , est-ce chose assurée? — ■ Monseigneur, je veulx morir, en cas que se venez, vous Iroverez que je dis la vérité, et suis venu icy secrettement. Tous ceux de la garnison cuydent que nous soyons bons Bourgougnous. — Tenez voilà quatre florins pour ayder à retourner (dit le duc), et me recommandez mille fois à leur bonne grâce, et leur dictes que dedans jeudy, qui sera le huitième jour du présentmois de septembre 1476, audit jour là me trouverez » . Ledict messagier luy remercia, disant : « Monseigneur n'ayez soulcy ; de cette entreprinse, trouverez la vérité. » Il rentra dans Epinal aussi mystérieusement qu'il en était sorti et apprit aux magistrats municipaux, ses mandants, la réponse de René. « Lesquels bien joyeux en feurent (t) ».

Le duc de Lorraine fit immédiatement les préparatifs de son expédition. 11 obtint de ses généreux hôtes, les Strasbourgeois, un secours d'environ 800 gentilshommes et 2.000 piétons, « tant coulevriniers, picquiers, que hallebardiers » . Il donna ordre au bâtard de Vaudémont de se joindre à lui pour l'attaque avec 100 ou 120 hommes. « Ledict sieur (de Vaudémont} à toute diligence en a prins des mieulx montés ; s'en sont venus auprès dudict Espinal. » Des « adventuriers » qui précédaient sa troupe aperçurent, non loin de

|t) Chronique, col. 79.

■dDïGooglc

cette ville, « vers la maladerie » , un cavalier bourgoignon se dirigeant vers une des portes de l'enceiate. Mettant leurs chevaux au galop, ils arrivèrent devant la porte avant lui et, sans que les Spinalîens qui la gardaient fussent aucunement intervenus, ils l'arrêtèrent, le fouillèrent et prirent sur lui des lettres du duc de Bourgogne adressées aux gouverneurs de la place. Ils noyèrent le messager dans la Moselle et portèrent au bâtard la missive dont il était porteur. Dans ce message, le Téméraire faisait savoir à la garnison d'Epinal « comme bientôt audict Espinal viendroit». Passant la rivière, Vaudémont alla au devant de René, qui arrivait par la route de Rambervillers. Il lui remit la lettre prise surl'estafette bourguignonne. Cette capture enchanta les Lorrains : grâce à elle, les défenseurs d'Epinal n'avaient pas reçu un encouragement qui eût peut-être modiâé l'issue du siège.

Lorsque René parvint « à ung quart de-lieue » de la ville, il rangea son armée. En tète, il plaça 300 couleuvriniers, derrière eux 300 piquiers, puis 3bO ballebardiers. Venaientensuite200 cavaliers, « tous comtes, barons, chevaliers et genlilshommes » , formant le corps de bataille. L'arrièregarde était composée « de 200 couleuvrines, 250 hallebardes et autant de picques {i). »

(1) Cftronîfuf, loeo ât.

■dDïGooglc

Page 1