CHAPITRE IX SiËOB RT PRISE DB LuNÉviLLS (3"°' quinzaine d'août i4'J
— SiÈOB INFRUCTUEUX DE NaNCY PAR LES LORRAINS
(i'« quinzaine de septembre).
Dès cette époque Lunéville était une des trois premières villes du duché de Lorraine. Au point de vue militaire, c'était une place de haute importance. Bien fortifiée, elle commandait lagrande voie de Nancy à Strasbourg.
René se trouvant toujours en Alsace, la prise de Lunéville devait lui donner la clef de son domaine. Aussi fut-ce contre cette cité que les seigneurs lorrains décidèrent de réunir leurs efforts. Le 14 août 4476, leurs troupes vinrent camper à l'est de la place, entre les villages de Chanteheux et Jolivet. De ce côté, ils n'avaient pas à craindre d'être pris entre les assiégés et une armée de secours, qui ne pouvait venir que d'Epinal ou de Nancy. Ils se mettaient, de plus, en relatîoii : avec René et avec ses alliés d'Alsace. '■■
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La garnison, qu'ils se proposaient d'attaquer devive force et sanslesecours du canon, comptait 400 Picards, Bourguignons et Lombards, protégés par de puissantes fortifications et par de nombreuses pièces d'artillerie. « L'assauit fut donné de l'une des portes (de Ghanteheux) à l'autre {porte Joly). Il fut si furieux et asprement donné, que par deux ou trois fois on venoit jusques à la muraille, et toujours on estoit repoussé. Des dicts de Lunéville plus de 100 en y eut des tuez que des blessez. Le dict assault, toute la nuit durant ceulx de la partie de la porte Ghanteheux avoient de leur puissance gaignié la première porte jusque au bal. Il ne restoit que la dernière porte pour entrer dedans Lunéville. Lesquels assiégez de dessus la muraille gettoient du feu en bas par si grande puissance, force fagots et légiers bois ; incontinant estoit allumé. Le» assaîUans le pensoien t esteindre : poinct ne fut en leur pouvoir (1). On y alloit en si grande furie qu'il y en eust cinq ou six de bruslez. Quand on veit telle grande résistance, au poinct du jour, chacun se retira. En la dicte porte, deux tours il y avoit, esquelles les dicts assaillans dedïuis estoient. Ils s'y fortifièrent et les tindrent contre la garnison. » Kecon-
(1) Ce feu qu'on ne parvenait pas à éteindre. De serait-ce pas de M fameux (eu grégeois qui donna si longleinpa lasapériorité aux I armées bysantioes sur leurs adrei'saires d'Orient ?
— lOi naUsant qu'il leur était impossible d'emporter la ville d'asdaut, les princes lorrains « mandèrent iing messagier vers le duc René à Strasbourg », afin de lui demander de l'artillerie. René à son tour adressa la même requête à la seigneurie de Strasbourg. Les Strasbourgeois « mirent sis cens hommes en armes, chargèrent deux, grosses bombardes, avec dis serpentines. Moult diligemment en trois jours vndrent en l'armée devant la dicte Lunéville i> (i).
Sur ces entrefaites, arrivaient également d'Alsace de forts contingents qu'amenaient aux Lorrains les comtes de Bilche, de RéchicourtetdeSalm. Envoyant grossir les troupes assiégeantes et hraquerdes canons conlreleurs murailles, les défenseurs de Lunéville i congnurent bien qu'ils ne pouvoient eschapper n .Ils demandèrent à parlementer et obtinrent <de lendemain et non poinctplus» pour envoyer « à Nancy, vers M. de Bièvre, luy advertir que se secours ne leur vouUoit donner, rendroient Lunéville. » Le gouverneur bourguignon de la Lorraine fit à leur député, Barnabe, la réponse suivante : « Par moy secours ne pouvez avoir ; car je n'ose partir de céans, et selon que j'entens, ils (les Lorrains) ont grande puissance. Retournez faire du mieux que pourrez. 1) Ce refus détermina la garnison de Lunéville
H) Chronique, co]. 76, 77,
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à traiter de sa capitulation. Klle sortit librement avec armes et bagages.
La reddition de Lunéville entraîna celle d'Einville (1), petite place qulbarre la vallée duSanon, affluent de la Meurthe, un des chemina naturels quisedirigent versTAlsace. « Les dicts seigneurs de Lorraine de dans Lunéville sont entrez. Le serment des habitans ont prias pour estre au temps advenir bons et loyapx au bon duc René. Le dîct serment ont aussi faict ceulx d'Âinville (2).»
Maîtres de Lunéville, certains de garder lenrs communications avec l'Alsace et René II, sûrs enfin de n'être plus assaillis à l'improviste par les Bourguignons, auxquels ils avaient enlevé leurs principales positions stratégiques, les seigneurs lorrains tentèrent de s'emparer de la plus importante entre toutes, de Nancy. Renforcés d'habitants de Lunéville et d'Einville, qu'ils avaient affranchis de la domination étrangère, ils marchèrent droit sur la capitale du duché. «Toute la ville ne pouvoient assiéger, pourtant qu'ils estoient peu de gens.» Ils se contentèrent d'attaquer les faces occidentale et méridionale des remparts, celles contre lesquelles Charles avait dirigé ses plus vigoureux assauts l'année précé-
(1) A &'■ sa nord de Lunéville.
(2) Chronitpu, col. 77.
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dente. Ces deux côtés de la place étaient les plus vulûérables. Un vaste marais défendait les muraillesaunordetàrest.Pourinvestîrcomplètement Nancy, force eût été d'établir des postes sur la rive droite de la Meupthe, — ainsi que l'avait fait le Téméraire en 1475, — mais les Lorrains disposaient de trop peu d'hommes pour les disséminer sur une aussi énorme circonférence. Ils campèrent entre le village de Villers-les-Nancy (à 3 kilomètre de la place), et la Gommanderie de Saint- Jean, l'ancien quartier général du duc de Bourgogne. Pour se mettre à l'ahri de toute surprise, ils creusèrent un long fossé devant leur camp et, avec la terre en provenant, élevèrent un solide retranchement. Ce furent le bâtard de Vaudemont, Gratien d'Aguerre, l'écuyer Gérard d Avillers et les deux Tantonville, qui logèrent dans les bâtiments de la Gommanderie, restaurés après leur démolition par l'artificier Desmoulin. Les vivres ne manqniaient pas aux assiégeants : « Un bon disner estoit pour eux un grand blanc (1), la quarte du vin d'Aussay (d'Alsace), tout le meilleur, trois blancs. »
Pendant quinze jours, les Lorrains battirent l'estrade autour de la cité, escannouchanl tant et si bien « que Messire de Bïesvres ni ses gens n'osoient saillir » . Dans l'une de ces rencontres,
(1) Le blanc valait 13 deaiers.
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cependant, les Bourguignons eurent l'avantage : « Vint ung jour après disnée ung capitaine allemand, qui avoit eu sa bande quarante homrn^.
Sans en advertir tous les capitaines, du siège se despartit... Le dict capitaine au faulxbourg Saint- Nicolas, luy et ses gens auprès de l'hospital (Saint- Julien (1), se vindrent mettre en embusche en attendant se aucun Bourgongnon saillirot pour les prendre. Les dicLs de Nancy, véant que nul ne îed suy voit.plus de deux cens en armes se minrenl, ouvrirent les portes, tous hors saillirent; ceux du siège rien n'en sça voient. Les dicts Bourgongnons les vinrent environner, frappoient dedans des coups de lances et d'espées. Les dicts Allemands, se véant ainsi assaillir, de leurs picques et hallebardes se mirent en deffense... Ils feirent grands meurtres, devant qu'ils furent morts et pris. Ung entre les aultres, nommés Ysembart, que homme d'armes estoit, armé de harnais (armure de cheval complète). Un des Allemands luy donna ung si grand colp de picque qu'il luy perça les deux cuisses et son cheval parmy. Les dicts Allemands feurent tousmorts ou prins, excepté trois ou quatre que au logis revindrent... Le dict Ysembart que de la picque frappé estoit, quand il vint à la porte, dedans ne pouvoit entrer; la picque convint cyer
(1) Cet hâpital, alors situé à mi'distance des fortifications et des premières maisons du faubourg Saint- Nicolas, est compris aujourd'hui entre les rues de la Couslitutioa, Pierre Fourier et Sainl-Julien.
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des deux costez, et quand il cuyda en son logis aller devant la maison Pellegrin, son cheval mort se laissa tomber Tantost vint des chirurgiens, qui tirent la picque avec leurs engins (i). »
Malgré leur valeur, les assiégés n'auraient pu résister longtemps, « car on les tenoit si serrez que les vivres déjà leur failloîent. » Mais un événement fortuit vint les délivrer de leurs ennemis. Un messager, envoyé par le duc de Bourgogne au gouverneur de Nancy, fut pris par les Lorrains, a Atnmené à Saint-Jean, des capitaines fust interrogié; Lequel disoit de vray que mon- . dict seigneur de Bourgongne par deçà s'en venoit et que desjà devers le Neufchasteau estolt. Quand lesdicts seigneurs et capitaines les nouvelles ouyrent, tous haslivement le siège levèrent... Chacun se retira, les uns à Valdémont, les aultres à Gondreville, Rozieres, Lunéville (2). »
Les Lorrains s'aperçurent bientôtde la fausseté des nouvelles que leur avait données le messager. Us se vengèrent de leur alerte en le faisant pendre entre Saint-Nicolas et Rosières. Puis ils recommencèrent, par petits détachements, à faire des incursions jusqu'aux portes de Nancy. Les défenseurs de cette ville ne craignirent plus de semesurer avec eux et les battirent môme dans
(4) Chronique, T7, 78; — D. Calmet, op. cit., t. ïl, I. XXX, cb. Ti, col. 1037, 1038.
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quelques rencontres. Le gros des forces lorraines demeura campé sur le chemin de Saint- Ni cotas, à Laneuveville, remettant à une époque ultérieure la réalisation de sou projet d'assiéger Nancy (i).
(() ChroHique, col. 78.
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