‹ Charles le Téméraire et René de LorraineChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

Retour de la Lorraine a l'alliance française. Traité de Chartres (i5 août 1474),

Tandis que les événements d'Alsace mettaient fin à sa suzeraineté dans le landgraviat, Charles le Téméraire était retenu dans les Pays-Bas par les préparatifs d'une expédition dirigée contre la ville de Neuss et contre l'électorat de Cologne. Il lui fut donc impossible de porter secours à son fidèle serviteur et môme de venger sa mort (1).

(1) Toutefois, il exerça immédiate ment différentes représailles en attendant qu'il lui fat loisible de reprendre l'Alsace. Il publia une proclamation interdisant tout rapport et tout commerce entre ses sujets et ceux des alliés et frappanl de confiscation les marchandises et propriétés de ces derniers, qui seraient trouvées dans ses domaines (V. Gachard, note sur Barante, t. II, p. 423). U donna ensuite aux 18,000 ou 20,000 hommes qui gardaient la frontière de Franche- Comté l'ordre de ravaser l'Alsace. A leur tête il plaça Etienne de Ha^enbach, frère du défunt. Aussi, pendant l'été -Bt l'automne de 1474, les campagnes alsaciennes furent-elles en proie aux excès d'une soldatesque effrénée, qui détruisait les récoltes, bmlait les villages, en tuait les habitants et emmenait les enfants pour les vendre comme esclaves {Strobel,B, III; — Archio- C^^ol^ik, dans le Code historique et dipiomatique, t. I, p. 192 ; —

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Ses ennemis, d'ailleurs, par leur forte union, rendaient cette yengeance incertaine. Non seulement Sigismond s'alliait aux Suisses et aux villes d'Alsace, mais il était assuré de l'appui du roi de France, promoteur de cette coalition, et il négociait avec le duc de Lorraine. Il envoyait à René II Ferry de Mansterael pour l'inviter à entrer dans la ligue des adversaires de Charles le Hardi et à interdire aux troupes de ce dernier l'accès du territoire lorrain. A cette prière il joignait la menace d'une invasion prochaine en cas de refus (1). De son côté Louis XI, qui déjà s'était emparé de l'An* jou et du Barrois (2), sommait René d'exécuter le traité de Joinville et de rompre ouvertement avec le Téméraire.

Le duc de Lorraine était ainsi placé dans une cruelle alternative ; ou manquer aux engagements par lui pris envers son puissant voisin de Bourgogne et s'exposer à son ressentiment, qu'on ne bravait jamais en vain, ou inaccomplir les obli-

Foster-Kirk, op. cit., 111, p. 333, 324). Enfin le duc a'empara de la personne et des biens du comte de Hontbéliard, Henri de Wurtemberg, qui, élevé à la Conr de Bourgogne, en était devenu l'en- De£Di et avait servi de négociateur entre Sigistnond d'Autriche et Louis XI (V. de Barante, t. X, p. 199 à 301 de l'édiiioD de 1836 ; — Poster Kirk, loco cit.; — leur récit est principalement tiré des Hémoireià'O. de la Marche, I. II, cb. v).

(1) Jeao Lud, Dialogue, p. 19.

(3) Ces pays appartenaient au roi de Sicile, René I", l'aïeul et le parrain de René 11.

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gâtions contractées envers son ancien protecteur Louis XI et mettre son faible Etat en danger d'être broyé entre la France et l'Allemagne. Ce péril était plus imminent que la vengeance du Téméraire. D'ailleurs, Charles, en ne réfrénant point les excès des garnisons qu'il avait placées en Lorraine, s'était aliéné ce pays. Toutefois le conseil ducal de Nancy hésitait entre les deux partis à prendre, quand l'empereur Frédéric III adressa au duc de Lorraine ime sommation formelle de se joindre à lui dans la ligue formée par l'Autriche, la France, les Cantons Suisses, les villes à.' A Isace, et à laquelle avaient adhéré les trois électeurs de Trêves, de Mayeuce et de Brandebourg. Cette intervention fut décisive. René envoya Jean Wuisseau duc Charles pour le prier démettre fin aux déprédations commises par ses troupes en Lorraine et de réparer les dommages qu'elles avaient causés. Charles entra en colère et renvoya Wuisse en refusant toute réparation.

Il était alors occupé au siège de Neuss, place très forte bâtie sur la rive gauche du Rhin, en amont de Dusseldorf. L'électeur de Cologne, qui était alors Robert de Bavière, frère du comte Palatin, l'allié de Charles, avait appelé ce dernier à son seccurs, le chapitre, la noblesse et le peuple s'étant révoltés centrales prodigalités de l'archevêque. Le duc était accouru à la tête de 50.000 hommes et avait attaqué Neuss. U le fut bientôt

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désigna son chambellan Louis de Marrazin et son conseiller Jean de Paris comme négociateurs du nouveau traité. Cet acte fut signé le 15 août 1474. Par une clause formelle René II s'engageait à ne plus accepter l'alliance de la Bourgogne. Il promettait en outre « de servir, honorer, aider et secourir le roi de sa personne, de ses serviteurs, officiers et subjects et de toute sa puissance à rencontre -du duc de Bourgoigne et de tous ses autres ennemis, adversaires et désoheissans. »

Le roi de son côté s'obligeait à défendre René, la Lorraine et les terres qu'il possédait en France « contre les entreprises du duc Charles n et à ne conclure « aucune pais ni trêve » dans laquelle son allié ne serait pas compris. Ce pacte fut consacré par des serments solennels que prêtèrent le duc de Lorraine et sa mère entre les mains des diplomates français (1).

[i) Anhiveimtionales,KK, H^T, f>i6; — DomCaimet, t. 1(1, preuves, col. 270, 271 et 675; — Seguier, vol. 66, n°473, p. 259, (reproduit par Calmel, loco cit. , col. 675) ; — D. Calmet, t. II,. t. XXX, ch. y, col. 1010, ion ; — A. Holand, op.cit, p. 37 à 54 ; — de Barante, op. cit., t. X (édition de 1826) ; — Digot, op. cit., p. 333 à 342.

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