CHAPITRE IV Dépi jeté par René a Charles (iO mai i475). — Mani
PB8TE DU DUC DB BOURGOGNE (3 juillet i475).
Aussitôt le traité de Chartres conclu, René II entra en campagne contre le Téméraire, Il marcha d'abord à la conquête des villes remises en gage au duc de Bourgogne. S'étant présenté devant Neufchâteau, il somma le Rhingrave de se rendre et, sur son refus, donna l'assaut à la ville qui fut prise. Un détachement, commandé par Gérard d'Avillers, emportait presque en môme temps la forteresse de Preny.
Charles ne pouvait secourir ses garnisons de Lorraine ; la résistance des défenseurs de Neuss continuait, opiniâtre, et il persistait à vouloir prendre cette place (1). Sar ces entrefaites, René d'Anjou, craignant que Louis XI, déjà mEàtre de
(1) V. sar ce Biège la note de la page 27.
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Bar-le-Duc (1), n'eût dessein de conserver le Baiv rois, eu confia la garde à son petit-fils, le duc de Lorraine (2), qui en prit possession sans tarder. Par une commission du 13 octobre 1474, ce dernier donna mandat à Jean, comte de Salm, maréchal de Lorraine, et à Philippe de Frenel d'établir des gouverneurs et des magistrats dans toutes >s villes que lui confiait son aïeul. En même temps, il plaçait Briey sous le commandement de Gérard d'Avillers, Glermont en Argonne sous celui de Thierry des Armoises, Etain sous l'autorité de Jacques Wuisse, seigneur de Ranzière, capitaine des gardes. Il commettait à la défense de Saint-Mihieï et de son château le seigneur Philippe de Frenel; il nommait le comte de Salm gouverneur de Bar. De grands travaux furent faits dans toutes ces places pour les mettreen état de résister à l'attaque imminente des Bourguignons. Des approvisionnements considérables y furent emmagasinés (3). Ces préparatifs de dé-
(1) V. sur les éïénementg du Barrois, outre les histoires de Lorraine déjà citées, VBitloire de ComTitervy,de Dumoat.
(2) Il le lui avait déjà légué par un testament rédigé à Marseille et daté du 21 juillet U7i {Archives nationales, J., 932, 11° U ; — D. Calmet, t. III, preuves, r,ol. OCLXXVI).
{3} Registre des lettres communes et diveries des anciennes archives du ducbé de Lorraine (Archive)' de Meui'the-et-Moaelle, fi. i17), folio SS; — registre des ordonnances de René IlfinâQie depfit)
Le duc do Lorraine eut, en outre, soin de fortifier son allianco avec Frédéric III par un traité formel, signé le 17 mai 1i7S(D. Cal* met, 1. 11, L XXX, cd. 1013 el 10U).
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fense ne furent nullement contrariés par le duc de Bourgogne qui persistait à investir Neuss, rendu invincible tant par ses marais que par le courage de sa garnison et l'héroïsme de ses habitants. Ce fut devant cette ville que René II lui fît signifier une déclaration de guerre, telle que l'usage en existait alors (1). Le 10 mai 1475, un héraut d'armes, « revêtu des ornements de sa charge » et précédé de trompettes, se présentait à l'entrée du camp bourguignon. Sur sa demande, il fut introduit dans la tente de Charles. Pris de peur à la vue du redoutable prince, il ne put articuler un mot et dut se contenter de lui remettre la lettre de défi dont il était porteur (2). En môme temps, il jetait à terre un gantelet rougi de sang, symbole des hostilités qui avaient déjà commencé. Puis, sans attendre que le duc eût pris connaissance de la missive, il sortit précipitamment, sauta sur son cheval et s'enfuit, à bride abattue, avec son escorte. Il fut cependant rejoint, à deux Ueues du camp, par des Bourguignons qui le ramenèrent devant Charles. Transi d'effroi, il se prosterna aux pieds du Téméraire et implora sa clémence. Quoique le duc fût extrêmement irrité
(1 ) C'est sur l'avis de son Consail ducal que René défia son adreraaire. Quand le héraut lui eut rapporté les paroles da Cbarlea, il réanit les < Etats da Lorraine pour s'assurer du concours de tous »s sujets, qui la lui promirent» {CllToniquedeLorraiiw,loco Cit.).
(2) Ella portait la dBl« du 9 mai.
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par la lecture du message de Beaé, où il était traité d' « infracteur des lois » et de « parjure public », il se contenta de lui dire avec dédain: « Qui a ton ce conseillé moult mal il a esté. Je promects à Sainct-Georges, de cesle guerre où je suis bien bref m'escheveray... Dis à ton maistre que bien bref en Loraine seray (1). » Puis, tenant à montrer que sa colère passait au-dessus de la lôte du héraut sans l'atteindre, il lui donna im vêtement de sa garde-robe et douze ûorins. (I C'est pour l'amour, dit-il, des bonnes nouvelles que tu m'as apportées (2). »
En réalité, le duc de Bourgogne était inquiet de la coalition formée contre lui. Aussi acceptat-il les offres de pais que lui adressa, au nom du pape Sixte IV, le cardinal Alexandre Porli. Ce
. (4) Cm paroles et les suivanlea sont tiréaa de la. Chronique de Lorraine (daas dont Calmet, t. [Il, preuves, col. 54) qui, si elle les a cadencées et rimées, a dû les reprodaire presque textuellement, son auteur lestenaot de la bouche du héraut. — V. la note ci-des-
(3) Gommines [I. IV, ch. ii] dit que le délï fut porté à Charles par le More de Monseigneur de Craon » . Il n'est point question dans la Chronique de Lorraine d'un serviteur du lieutenant de Louis XI. Elle parle d'un héraut lorrain. Cette version, plus vraisemblable et beaucoup plus conformo aux usages du temps, mérite en outre créance parce que l'auteur anonyme de la Chronique faisait tràe certainement partie de l'armée, peut-SIre même de l'entourage de René II. Commines, étant à la Cour de France, n'apprenait les événements de Lorraine que par oui-dire. Si donc il est le plus véridique des historiens français de cette époque, soa témoignage ne saurait prévaloir sur celui d'un témoin oculaire.
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prit son beau-frère (1). 11 est permis de croire que le cardinal Forli ne fut pas étranger à ce rapprochement des deux princes dont la mésintelligence allait éclater. En tout cas, il s'en servit pour engager le roi d'Angleterre à faire la paix, avec la France (2). Une trêve de sept ans intervint, grâce à lui, entre Louis XI et Edouard IV (traité de Pecquigny (3), 30 août 1475). L'habile prélat réussit à faire entrer Louis et Charles en des négociations directes. Elles aboutirent à une trêve de neuf années, conclue le 13 septembre 147S au château de Soleure, entre Luxembourg et Montmédy (4). Il était stipulé que les alliés des deux parties contractantes auraient la faculté d'en bénéficier, en y adhérant avant le 1*'' janvier 1476 (S).
La paix ne fut point de longue durée ; le Téméraire n'y vit d'autre utilité que d'avoir dissous
(1) On sait que Charlesavait époas6 la sœur du roi d'Angleterre, Marguerite d'York (Y. sur ce mariage et les fâtes qui l'accompagnèrent: 0. delà Marche, Mémoires, 1. Il, ch. 11.
(8) Chroaigue de Lorraine (dans 0. Calmet, t. III, preuves, col. Si),
(3) Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Amiens. — V. sur ce traité et l'eipédition qui \a précéda: Gomminea, I. IV, oh. v, VI, Ti[, ïii[, 11 et I ; — Jean de Troyes, op. cit., année tiîô.
(i) Soleure ou Soleuvre fait aujourd'hui partie du canton d'EIsch (Grand-Duché de Luxembourg).
(5) D. Calmet, loco cil. ; — D. Plapcher, op. cU., 1. XXI, ch. xcii et preuves, col. 257. — Voir le texte de ce traité dana 0. de la Uarcha (Mémoires, 1. Il, oh. yu).
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les différences d'entre son amitié et bienveillance et son inimitié et hostilité (1). »
Ce manifeste fut signifié à René II le IS septembre. Immédiatement après sa notification, l'armée boui^uignonne se mit en marcbe vers la Lorraine.
(1 ) Le texte complet de ce document, trop loDg pour 6(re reproduit ici, se trouve dans dom Calmet, t. lU, preuves, col. 126 à 130.
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