CHAPITRE V
Invasion de la Lorraine par lbs Bourquionons. — Prise de Pont-a-Mousson, de Briey, de Charmes, de DoMPAiRE, DE Bruyères kt d'ëpinal (Septeinbreoctobre 1475).
Aussitôt que René connut les termes du manifeste de son adversaire, il courut implorer le secours de Louis XI. Le roi lui promit de conduire en personne à son aide une puissante armée, dès qu'il apprendrait que les Bourguignons seraient entrés en Lorraine et, pour inspirer confiance au duc, illuîdonnauncorps de 400 lances, commandé par Georges de la Trémoille, sire de Craon. Ce renfort fut immédiatement utilisé. Une première armée bourguignonne de 6.000 hommes, pourvue d'artillerie et dirigée par le maréchal commandant le duché de Luxembourg et par le comte de Campobasso (1), avait déjà pris les châteaux de Laa-
(1) Nicolas de Mo nlfort, comte de Campobaaso, geDltlhomme provençal, avait d'abord loué ses services à René d'Anjou, puis à Nicolas de Lorraine, enfin k Charles de Bourgogne. Il était un de ces
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dres et de Gondrecourt en Woëvre, puis elle avait mis le siège devant Conûans en Jamisi, ville située au coniluent de l'Iron el de l'Orne, tributaire de la Moselle. Cette place, qui coupe la voie d'Arlon à Nancy, est une position stratégique extrêmement importante. Elle était défendue par Gratien d'Aguerre, son gouverneur, avec autant d'intrépidité que les assiégeants en mettaient à l'attaquer. La garnison de Briey, ville la plus rapprochée de Gonflans, aaiourut sous les ordres de Gérard d'Avillers et fit une diversion fort utile aux assiégés, qui purent ainsi reprendre haleine. Peu après, arrivait la nouvelle de l'approche des années réunies de René II et de Graon (1).
eondotlieri qui se vendaient au dernier enchérisseur, lui amenant toujours à leur suite une troupe de mercenaires généralement bravea, loujourg bien armés, jamais dédaigneux des occasions de faire fortune, d'où qu'elles vinssent. Le Téméraire a'élBit engoué de ne douteux personnaj^e, L-tteur et mielleux avec lea forts, hautain et dur envers les faibles. II lui donnait 100,000 écus d'or par an, lui laisait forcecadcaux et lui témoignait une coniiance illimitée, le consnltanl sur tout et sur tous. En échange Campobas.so se pliait à ses caprices, lui en suggérait au besoin, commandait une troupe de 500 cavaliers italiens, entretenus avec les 100,000 écus d'or, et se préparait à trahir son maître, lui gardant une profonde rancune des humiliations qu'il s'attirait pour lui plaire,
{1) Chronique de Lorraine (D, Calmel, t. UI, preuves, col. 55). Cette nouvelle n'était pas en tous points exacte : après avoir emporté la place de Damviliers, entre Verdun et Montmédy, Craon gardait l'expectative. Bien plus il refusait, à ce moment même, son concours à René II, Louis XI ne voulant pas entrer en hostilités ouvertes contre l'armée bourguignonne. Lea diiicussions qui survinrent à ce sujet entre le duc de Lorraine et le général français sont
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sistance, retourna en touiehâle auprèsde Louis XI pour lui rappeler sa promesHo de secours.
Ace moment, Charles entrait dans le duché, passait sous les murs du redoutable château de Prény et se présentait devant Pont-à-Mousson (26 septembre). Cette ville terrifiée, et craignant les borreurs d'une prise de vive force, lui ouvrit ses portes à la première sommation. Il enleva et mita sac le château de Condé. Le 30 septembre 4475, il arrivait en vue de Nancy, défilait devant ses murailles, à l'est, et allait camper à la Neuveville, à environ une lieue de cette capitale. Le lendemain il occupa les hauteurs de Saffay, qu'il fortifia.
Il y demeura trois jours et y reçutFrédéric d'Aragon, prince de Tarente, fils du roi Ferdinand de Naples, qui lui amenait 600 cavaliers napolitains. Iiraccueillitavec les démonstrations de la plus vive amitié et partagea le commandement de son armée avec lui. D'an commun accord ils décidèrent de ne pas assiéger Nancy à une époque aussi avancée de l'année. — On était alors à la fin de septembre. — Ils voulurent, du moins, utiliser les derniers beaux jours en attaquant les places moins importantes, afin d'isoler complètement la capitale et de lui ôter tout espoir de secours.
La réalisation de ce plan commença par le siège de Briey. Gampobasso en fut chargé. La ville, dont la garnison était insuffisante, se rendit bien-
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dial, mais, avant de lui déclarer la spierre, il cherchait à utiliser les relations officielles qu'ils avaient encore ensemble pour tirer vengeance d'un autre ennemi. Louis de Luxemboui^, comte de Saint-Pol, connétahle de France, avait servi tour à tour, au mieux de ses intérêts, Charles le Téméraire et Louis XI. Il les avait trompés tous deux : tous deux l'abandonnèrent. Une clause additionnelle et secrète du traité de Soleure avait, dès le 13 septembre 1475, excepté de la trêve le connétable. Bien plus, Charles s'engageait par catte convention soit aie faire mettre à mort, soit à le livrer au roi. « Et par ce marché, dit Com~ mines, fut promis audict duc Sain ct-Quen tin, Ran (i) etBohain (2) el tout ce que ledict connestable tenoit sous le pouvoir dudit duc (3). »
Abandonné de ses courtisans habituels, qui n'avaient pas tardé à connaître ce pacte, Saint- Polse retira auprèsdu seigneur d'Aimeries, grand bailli de Hainaut. Il trouva un asile dans Mons, capitale de cette province bourguignonne. Ordre fut donné par le duc à son bailli de l'y garder à vue. D'Aimeries laissait au comte la faculté de
(1) Ham, ch.-l. de canton (SoDioie], à 23 kilom. sud-est de Pèronne. Son château est devenu célèbre par la capliviié des quatre ministres de Charles X et par l'éTasion de Louis-NapoléoD Booa-
(3) Bohain, ch.'l, de canton (Aisoe), a 49 kilom. nord-est de Saint-Quentin.
(3) iîémoires, 1. IV, ch. m.
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En apprenant l'exécution du comte de Saint-Pol, René II alla au château de Plessis-les-Toure solliciter une troisième fois l'intervention de Louis XI en faveur de la Lorraine. Il espérait que, débarrassé du connétable et n'ayant plus rien à demander au duc de Bourgogne, le roi se retournerait contre le Téméraire et que, unissant ses efforts à ceux des Lorrains, des Alsaciens et des Suisses, il jugerait opportun d'abattre le colosse bourguignon. Permettre au duc de Bourgogne de prendre la Lorraine eût été, en effet, une faute irréparable : vainqueur de cet Etat, il n'eût point manqué d'attaquer la France. Louis, cependant, ne consentit pas à rompre déjà la trêve de Soleure. Il amusa René de promesses vagues, dont il remettait toujours l'exécution, et il lui retira même le secours de 800 lances qu'il lui avait accordé.
Pendant ces pourparlers, le duc de Bourgogne continuait la guerre en Lorraine et s'emparait, ville par ville, de ce pays. Ses troupes l'envahissaient de toute part, pillant et ravageant avec méthode. Charmes (1), entouré par lui de canons qui menaçaient de l'anéantir, s'était rendu à merci, sans opposer de résistance. Il fit prison-
Tiii, II, xii et nu; — ceui d'O. de Ib Marche [1. Il, cb. v) ; — l'histoire de Jean de Troyes (année U75, p. 317 à 331 de l'édition Buchon, de 1S3S) et la plupart des autres chroniques du temps.
(1) Chef-lieu de canton (Vosges), sur la Moselle, en aval et à ti L. nord -ouest d 'Spinal.
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« Je me suis faussement flatté de voir tomber les villes à ma présence. »
Un siège en règle commença. Les vaillants défenseurs ne furent pas découragés par une incessante canonnade. Us firent de nombreuses sorties, pourchassèrent les Bourguignons jusque dans leurs retranchements, détruisirent plusieurs de ces ouvrages et tuèrent un grand nombre d'assaillants- Ils se lassèrent pourtant de combattre sans espoir de secours et, malgré les eshoctations de leur gouverneur, ils résolurent, à bout de forces, d'offrir au duc une capitulation. Gbarles qui craignait d'être attaqué par Louis XI,accepta toutes les propositions qui lui furent faites. Le 19 octobre, il signa une convention accordant vie et liberté « aux soldats, aux bourgeois, aux étrangers » et assurant le maintien de leurs biens et privilèges. Le 20, il fit dans la viUe une entrée triomphale , puis il convoqua la bourgeoisie (1) et lui dit; « qu'étant entré dans Epinal avec les sentiments d'un protecteur et d'un ami, il n'avait garde de se servir des droils d'un conquérant, qu'il préférait leur amour à la gloire. . . , qu'il engageait, pour assurance de ses promesses et de ses dispositions, sa parole de prince, qu'il demandait pour otage
(1) Elle fut assemblée sur la place principale de la cité, aujourd'hui place des Vosges. Il lui parla du haut d'une tour qui s'élevait i l'angle d'une rue {Histoire de Heti, t. H, p. \6i).
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