CHAPITRE VII
Guerre contre les Suisses (Granson, 3 mars i476; Mordt, S3 juin 1476).
A peine le Téméraire s'était-il emparé de la Lorraine qu'il entreprit une nouvelle conquête. Dans ses rêves ambitieux il s'était vu depuis longtemps maître du Dauphiné, de la Provence et du Piémont (1) ; mais pour joindre Tllalie à la Bourgogne il lui fallail prendre la Suisse. Cette acquisition violente lui plaisait d'autant plus qu'il avait contre les Gantons helvétiques une haine et un mépris peu communs. Dans son orgueil il ne pouvait supporter l'idée detraiter en égaux ces montagnards libres, fiers, indépendants. Leur voisinage lui pesait comme une. humiliation. Ce sentiment s'était changé en une profonde rancune après l'intervention des confédérés en Alsace et l'exécution d'Hagenbach. La soif de vengeance, dont il brûlait depuis cette époque, s'était exaspérée à la nouvelle des échecs retentissants que
(1) V. de BaraDte, patsim et nolammeot t. X, p. i62.
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les Suisses avaient fait subir aux Bourguignons à Héricourt (13 novembre 147'!) et à Pontarlier [mars 1475). Un dernier acte des Cantons l'avait déterminé à entrer sans retard en lutte avec eux. « Jacques de Savoye, oncle du duc régnant (dans ce pays) , comte de Romont et baron de Vaud, étoit seigneur de presque tout le pais qui est entre les lacs de Genève, Neufchâtel, Bienne et Morat, et lié, ainsi que sa maison, d'amitié et de parenté avec le duc de Bourgogne, auquel il étoit d'ailleurs attaché personnellement, ayant presque toujours servi sous lui depuis le traité de Péronne. Ce seigneur ne pouvait être que très suspect aux Suisses. Ils lui firent querelle sous des prétextes si légers qu'ils ont échappé aux historiens, car ils se sont réduits à dire que les Suisses lui firent la guerre parce que son juge avoit confisqué deux cbarettes chargées de peaux de mouton, qui passoient sur ses terres en fraude de ses droits, et qui appartenoient à un marchand suisse, tué, diton, parce qu'il résista à la saisie de ces peaux. 11 est vrai en fait, suivant la chronique manuscrite de Berne, que le comte de Romont, ayant appris que les Cantons étoient oflFensés de cette confiscalion, fut lui-même à Berne, au commencement de 1475 (1), pour se disculper et protesta
[i] Il y a là une erreur de date ; c'est au mois d'oolobre que Romont fît cette démarcbe humiliante et infructueuse.
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qu'il demeureroit sincèrement atlaché à l'alliance qui étoit entre eux. »> Les Suisses ne s'y fièrent pas. Us s'emparèrent, sur la fin de cette même année, de Romont, Morat, Avanche, Payerne, Aubone, Estavayer, Fons, Yverdun, Nion et Morges, qui appartenaient au comte de Romont ou à ses vassaux. Il n'en faut point chercher d'autre raison que la crainte qu'ils eurent que ce comte ne reçût l'armée du duc de Bourgogne quand il viendroit les attaquer, et qu'il ne lui livrât ses places.
« Le comte de Romont, dépouillé de ses Etats, se rendit auprès du duc de Bourgogne qui assiégeoit Nancy ; lui porta ses plaintes et lui demanda sa protection » (1). C'est alors que Charles aurait prononcé, d'après Specklin, cette parole pleine d'une folle jactance : « Je montrerai à ces paysans ce que c'est que la guerre ! » Aussi reçut-il avec hauteur et dédain une ambassade que les Cantons lui envoyèrent à Nancy môme, pour témoigner de leur désir de rétablir la paix. Il répondit aux députés helvétiques par une énumération des griefs qu'il avait contre leurs mandants. Malgré l'intervention du margrave Rodolphe d'Hochberg, comte de Neufchàtel, dont le fils avait un
[i] Uémoires pour servir à l'hUloire du comté de Bourgogne, par Dunod de Charnage, éciiyer, aocien avocat au Parlement à Besançon, 1710 >, p. 373, 374 — V. le détail des faild dansds Baraote, op. cil., t. X, p. i34 e
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commandement dans les armées bourguignonnes, et en dépit des instances de Simon de Clairon, chevalier franc-comtois, devenu, grâce àses services, un des conseillers du prince, la guerre aux Suisses fut décidée (1).
Le Téméraire quitta Nancy le 11 janvier 1476, ylaissant Jean de Rubempré, seigneur de Bièvres, avec le titre de gouverneur de Lorraine et une partie des forces bourguignonnes. Emmenant ses meilleurs troupes (2), il traversa rapidement Toul, Neufchâteau, Gray, parvintà Besançon le 22, en repartitle6mars, franchit les montagnes du Jura, couvertes de neige, et entra sur le territoire helvétique au pied du château de Jous, abandonné parles Suisses.
Nous n'entreprendrons pas après tant d'historiens le récit de la célèbre bataille de Granson (3 mars 1476) (3) ; il sortirait entièrement du ca-
(1) V. sur ces pourparlers : Commînes, I. V, ch. i"; Dunod, op. cit., p. 37i ;— A. Roland, op. cit., p. 128 à 130, — deBaranle, op. cit., t. X, p. 466, i67.
(2) Environ 30,000 hommes. Il tralDait, en outre, avec lui toute l'artilleiie de campagne qu'il avait prise dans les plawa de Lorraine.
— V sur la constitution de son armée la Chronique de LorraÏM (dans D. Calmet, t. Ili, preuves, col, 63, Upaisim) ; — D. Calmel, op. ât., t. Il, col. 1025 ; — A. Roland, op. cit., p. 187, 128 ; — DuQod, op. cU.. p. 375 et 379 ; — de Barante, t. XI, p. 1 à 3 (éd. de 1826).
(3) V. sur cette bataille, outre les hiatoriens modernes, les récits de Jean Lud (Dialogue cité) ; de la Chroni^e de Lorraine (Calmet, III, pr., col. 65, 66 ; — de Jean de Troyea {op. cit., année U76) ;
— de Comminei (liv, V, ch. i"), etc.
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dre de notre étude. Mais ce désastre de l'année bourguignonne euten Lorraine une répercussion immédiate.
A la nouvelle du succès des confédérés à Granson, les lieutenants de René II, qui l'avaient rejoint au château de Joinville, se mirent sans tarderencampagne. Le bâtard de Vaudémont,Gratien d'Aguerre, Henry et Ferry de Tautonville, Jean d' Aigrement, Petitjean de Vaudémont, l'écuyer Gérard et quelques autres capitaines moins nobles, mais non moins patriotes, marchèrent contre la place de Vaudémont. Le bâtard noua des intelligences avec le châtelain, Lorrain comme lui, et dans la nuit du 13 au 14 avril, pendant que la garnison bourguignonne dormait, il fit appliquer contre les murs de la forteresse de longues échelles, où il monta le premier. Les assaillants, parvenus sur le rempart, sont reçus secrètement par le châtelain dans sa propre maison. Ils s'y concentrent et, de là, fondent à l'improviste sur tous les logements occupés par les Bourguignons. Ils égorgent les sentinelles et les hommes de garde, font prisonniers le reste de la garnison et le gouverneur. Ame de Valpergue, surpris dans son lit.
Au bruit de ce coup de main, les troupes qui occupaient Vézelise, Thélod et Pont Saint- Vincent f urentsaisies d'une folle panique et quittèrent précipitamment leur poste pour se replier sur Nancy, dont elles épouvantèrent le gouverneur et
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la garnison (t). De son côté René II ne demeurait pas inactif. Il avait quitté Joinville pour aller seul et sans escorte trouver Louis XI à Lyon, où, dit Commines (2), •< se tenoit ledit seigneur pour pouvoir plus souvent être adverti et pour donner remède aux choses que cet homme (Charles) embrassoit ». Cette fois le roi parut prêter attention aux sollicitations du duc de Lorraine, tout en refusantde déclarer la guerre au duc de Bourgogne, dont il ne jugeait pas la défaite suffisante pour lui permettre de combattre sans danger. L'accueil des Lyonnais ranima également l'espoir de René : les bourgeois et même des marchands étrangers se vêtirent à ses couleurs, blanc, rouge et grisperle, et lui donnèrent une garde d'honneur pendant tout son séjour (3).
A peine René avait-il obtenu un secours de Louis XI qu'il fut appelé en Normandie auprès de sa grand'mère paternelle, la comtesse Marie d'Har-
{i) Cftrontgue de Lorraine (D. Calme!, III, pr., col. 64, 65) ; — D. Cfllmet, op. cil,, I. XXX, ch. xiti (I. Il de l'édit. de 1728) : — A. Roland, op. cil., p. <38, 139 ; — Ravold, op. Cit., p. 622. — VézeUae est actuellement un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nancy, à 29'" S.-O. de celle ville ; — Thélod, village du canlon de Véïeliae, à 23"" S.-S.-O. de Nancy ; — PontSaint- Viocent, gros bourg, alors fortifié, commandant un passage de la Moselle, à 13'" S.-O. de Nancy.
(2) Mémoires, I. V, ch. ii [m fine).
(3) Ckroaiqaede Lorraine, coi. Bb; — Ainelgard, H e utérus, Jacques de Meyer (chroniques en latin) ; — D. Calmet, t. II, 1. XXX, di. util ; — de Barante, toco cit. ; — Bavold, hco cit.
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court, veuve d'Antoine deVaudémont, qui sentait sa fin procîiaine (1). « La princesse, qui avait toujours vécu dans la piété et qui avoit consacré son état paF les bonnes œuvres, lui dit, en l'embrassant pour la dernière fois, de ne pas se mettre en peine ; que la perte qu'il venoit de faire de la Lorraine n'étoit pas un mal SEtns remède,que la Providence, qui avoit permis cette infortune, saurait un jour le rétablir avec plus de gloire dans la possession de son duché ; que dans l'attente de ce bien elle lui en léguoit assez dans son testament pour soutenir son rang avec honneur, par la donation qu'elle lui faisoit de deux cents ducats de rente. Dans le même moment, elle fit habiller la maison du duc ; peu de. jours après, la mort enleva cette illustre princesse, au grand regret de tous ceux qui la connaissaient. Lorsque le duc René se vit de l'argent devant les mains, il forma la résolution de reconquérir son pays . Dans ce dessein il fit charger sur ses mulets toutes les richesses qu'il avait héritées de sa grand-mère ; il engagea plusieurs seigneuries pour avoir de l'argent et passa à Joinville où étaient quelques-uns de ses officiers, dans l'idée de concerter avec eus les moyens d'exécuter cette courageuse entreprise (2). »
(1) Elle avait 79 ans et se trouvait gravement malade. — V. sod testament in exffnsodans Don Calmet, t. IV, preuves, col. STi à275.
(2) A. Roland, op. cit., p. UO, U2. V. également Chronique de Lorraine, col. 67.
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Le lendemain de son retour au château de Joinville, une députation des Gantons suisses vint lui proposer leur alliance offensive et défensive, n'y mellaut pour condition que l'intervention immédiate du duc de Lorraine en leur faveur. Malgré les supplications de sa mère, Yolande d'Aragon, il promit aux délégués son concours. Il tint à en informer le roi, qu'il alla trouver sans retard. Louis, pour mettre fin à ses importunités, lui prêta 400 lances. Mais il écrivit au duc de Bourgogne pour lui faire connaître le véritable caractère de ce prêt. 11 lui expliquait dans cette lettre qu'il avait dû céder aux instances de René, mais qu'il avait défendu à ses troupes « de tirer l'épée contre les Bourguignons b. Telles étaient, en effet, les instructions secrètes qu'avaient reçues d'Aubigny et de Rivière, les deux commandants de cette escorte. René les mena d'abord à Joinville, puis dans le pays toulois. Parvenu devant Toul, il reçut une ambassade venue pour le supplier de ne pasy entrer. Ne voulant pasattirersurcetteville la colère de son rival, il se contenta de loger dans les faubourgs, où il fut admirablement traité (1).
() ) Chronique de Lorraine, col. 67, 68 ; — D. Calmet, t. Il, 1. XXX, ch. iivii, col. iOM ; — A. Koland, p. U55. — Commines (I. V, ch. m) apprécie en ces termes le accours accordé par Louis XI à Kené II : • Audict duc da Lorraine prmt bieo de ce qu'on s'en- □ufoit de luf CQ nostro cour; et crois bien qu'il ne scut jamais la vorilé. Mais quand uiig grarid homina a toul perdu le sie n, il ennuie le plus souvent à ceulx qui le soutiennont. Le roy luy afoit
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Le surlendemain, il se rendit à Saint-Nicolas. 400 Bourguignons occupaient cette place, alors très importante. René avait dessein de les surprendre par une attaque soudaine et de les forcer à se rendre. Il avait compté sans la duplicité de Louis XI : en vertu des ordres secrets du roi, d'Aubigny défendit à ses troupes sous peine de mort de combattre la garnison. Par bonheur, celle-ci crut prudent de se retirer et en eut tout loisir (1).
René dissimula son mécontentement et, sans faire aucune observation aux chevaliers français, il se rendit dans l'imposante église de Saint-Nicolas, oùil entenditlamesse. Pendantqu'ilpriait, n passa auprès de luy la femme du vieux Walleter (Walther) et, sans faire semblant de rien, elle lui donna une bourse, où il y avait plus de quatre cens florins. Le duc haissa la teste, à elle remerciant (2) »,
donné ung petit d'argent et le lit cooduire avec bon nombre de gens d'armes an travers du pals de Lorraine, lesquels le mirent en Allemaigne, piiii retournèrent. •
(1) Chronique de Lorraine,, col. 68, 69. — Dom Calmet (t. II, XXX, ch. xxTJi, col. 10SÎ) Bitribue au prince lorrain l'inertie de son armée devant Sainl-Nicolas. D'après les ordres aecrels donnés par Louis XI, nous avons cru plus vraisemblable la version do la Chronique, dont l'auteur du ivu" siècle a, d'ailleurs, tiré la plupart des faits qu'il relate. Il est vrai que la Chronique mentionne une défense faite par le duc de Lorraine à ses troupes d'aitaquer les Bourguignons, mais celte interdiction s'explique par la nécessité oii il se trouvait de se conformer aux avis desgénérau» français, à peine d'Sire abandonné par eux.
[2] Chronique, col. 69.
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Le duc de Lorraine se présenta ensuite devant Lunéville, espérant que les habitants lui ouvriraient leurs portes ; ils en furent empochés par la forte garnison qui les tenait en respect (1). Il dut coucher à Deneuvre, où il reçut un accueil empressé. En général, les paysans lorrains le considéraient comme un libérateur. « Ce fut pour lui une consolation de voir ces peuples de la campagne faire tous leurs efforts pour lui donner quelques faibles marques de leur sincère affection. Il ne fut pas moins réjoui quand il vit les gentilshommes d'alentour accourir à lui, à la nouvelle de ses approches, pour se ranger sous ses drapeaux.
Louis de Blàmont leur en donna l'exemple, les comtes de Saverden et de Nassau, le baron de Fenestranges l'imitèrent (2). Ses sujets accablés sous le poids d'une domination étrangère reprirent vigueur à la présence de leur souverain naturel. Il vit tout à coup une troupe de huit cens hommes, partie Lorrains, partie étrangers, qui se joignit à
lui prèsde Sarreboui^
. . Ravi de se retrouver parmi ses sujets, il dispensa les gendarmes français d'un plus long voyage: il congédia les 400 lances, qu'il renvoya chargées de bienfaits et :\e remerciements (3) ».
{t) Bjuoaral, qui appartenait à l'âvâque da Hetz, refusa au duc toute lioapitalité. 11 s'en vengea plus tard, comme nous le verrons.
(2) La Ckroniqm y ajoute !os comtes de Bitche et de Réchicourt.
[i) A. Roland, op. cit., p. HS, 149, V. dans le mâme sens la Chronique, col. 69.
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De Sarrebourg il gagna directement Strasbourg où ses Lorrains et lui furent l'objet d un accueil enthousiaste. En tout temps les Strasbourgeois ont été de sûrs amis et des hôtes incomparables. 11 se reposa dans cette aimable ville jusqu'à l'arrivée de 100 hommes, que les Cantons helvétiques lui dépêchaient pour le conduire à Zurich. Il s'y rendit aussitôt (2 juin U76), à la têle de 300 chevaliers alsaciens et lorrains (1). Strasbourg envoyait aux Suisses un, contingent spécial, commandé par L/Ouis d'Éptingen.
Les préparatifs militaires faits par les Suisses avaient pour objetde repousser unenouvelle agression du Téméraire. Celui-ci en efifet ne se tenait pas pour battu. Il espérait fermement tirer une vengeance éclatante de sa défaite. Aussi rassemblait-il à Lausanne des troupes évaluées par les chroniques suisses à 100.000 hommes et à 80.000 par les historiens les plus réservés dans leurs appréciations (2) : « Avant de la mettre en mouvement il en fit la revue ; elle passa devant l'écha-
(1) Chronique de Lorraine, col. 70; — Dunod, p. 381 ; — Dom Calmet, col. 1032; — de Barante, I. XI, p. 80 à 6i [éd. 1826) : — Digot, histoire de Lorraine, déjà citée, t. 111 ; — Ravold, op. cil., p. 6Î3, 6îl.
(2) id. — Toutefois, de Barante (p. 75] estime que le duc ne devait paa avoir plus de 34 000 hommes, mais il négli-;o d'indiquer lea sources où il a puisé ce chiffre. Seul, Jacques do Meyer, biâlorien namand du début du xvl< siècle, abaisse les forces bourguignonnes à^i.OOO hommes d'armes, • aut ultra >, ajoute-t-il (Commenta ni rerum Piandriarum).
faud élevé où il se tenait. Il était encore pâle et semblait ne pas avoir retrouvé toute sa force. Son regard était vif comme autrefois, mais inquiet et troublé. Sa parole, toujours impérieuse, avait quelque chose de bref et d'entrecoupé, qui témoignait la colère plus que la fermeté. Il parla à ses troupes et les escitaà se venger des Suisses qui lui avaient faittantdemaljpromitdedonnerdesdomaines et des seigneuries aux principaux cliefs de son armée, et le pillage des villes et des campagnes aux soldais. » Par Saint-Geo rges,nousaurons vengeance! » disait-il, '< Vive Bourgogne », criaient ses gens, en passant sous ses yeux. Toutefois ils étaient loin d'avoir la même confiance et la même affection qu'auparavant. Le souvenir de Granson était encore présent à leur esprit. Ils ne croyaient plus au bonheur et à l'habileté de leur chef; sa rudesse, sa cruauté, les misères qu'il leur faisait souffrir, sans jamais les consoler ni les plaindre, leur donnaient une haine qui, maintenant que la victoire n'imposait plus le silence et le respect, était prête à éclater. D'ailleurs, dans cette armée formée à lahâle, il y avait beaucoup degens levés par contrainte, en Flandre, en Artois, en Picardie, en Bourgogne, et ils maudissaient de toute leur âme la guerre où on les amenait malgré eux (1) . » Charles quitta Lausanne le 27' mai, à la tète de
(4) De Barante, op. cit., t. XI, p. 63, 63 (éd. de 1S26).
sa puissante armée et vint camper, le 10 juin, à une lieue de Morat, ville qui couvrait le chemin de Berne et que les Suisses avaient fortifiée avec soin [1). Pendant ce temps le comte deRomont, avec 9.000 hommes, avait tourné le lac de Morat par l'Ouest, afin d'investir la place d'un autre côté; mais il fut arrêté par les marais qui couvrent toute la plaine comprise entre la Broyé etla Sane. Les soldats s'y embourbaient. Les paysans entravaient leur marche en les attaquant à coups de pioches, de fourches, de broches et d'épieux. Ils les contraignirentàse replier sur le grosdes forces bourguignonnes, en repassant parla même rive du lac (2).
Le siège ne fut pas relardé par cet échec. Dès lé 11 juin, Charles avait bloqué la place, défendue par 2.000 hommes aguerris, sous le commandement d'Adrien de Bubenberg, « gentilhomme bernois, très bravo et expérimenté o. L'aile gauche des assiégeants, sous la direction du bâtard, Antoine de Bourgogne, occupait la route d'Avenche. Leduc avait établi son quartier général à Ckiurgevaux, au sud de la ville, sur le chemin de
H ) Ladicte vilie de Morat est en pendant du lac devers le lac de Neuchastel, forte assez et bien murée, et avoit lors un boluvert dehors la ville, qui battoil an long des foisez.,, Icelle estait garnie de seize à dix-huict cens hommea de guerre, pourveue d'artillerie et traicts à poudre à volonlez (Jean Holioet, Clifoniques, — suite de celles de G. Ctisstellain, — ch. zxzi).
(2) Chronique des chanoines de Neufckàtel, ch, ixivi.
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Fribourg (1). Quand le comte de Romont l'eutrejoint, ille plaça au nord-est avec l'aile droite, lui donnant l'ordre de surveiller les deux routes de Berne et d'Aarberg. Ce fut par ce côté que l'artillerie bourguignonne commença le bombardement du rempart. Ses 70 canons y pratiquèrent bientôt une brèche. Les assaillants s'y précipitèrent, mais, après huit heures de combat, ils durent battre en retraite, laissant 700 des leurs dans les fossés (2).
L'adossement de Morat au lac, en rendant son investissement impossible à l'ouest, permettait, en outre, son ravitaillement. Chaque nuit des barques y apportaient des vivres, des munitions et les troupes nécessaires au remplacement des morts, des blessés, des malades. Aussi la résistance continuait-elle, acbamée. Le Téméraire, perdant patience, insultait lesassiégés depuis une hauteur qui domine la place. Il les menaçait de les exterminer s'ils ne se rendaient à merci (3).
Pendant qu'il s'attardait au siège de Morat, ses ennemis concentraient leur armée à Berne. La plupart des Cantons y avaient envoyé leur contingent. L'archiduc Sigismond d'Autriche y avait
(I) Incontinent le duc assit son ost et ses lentea et pavillons au plus haut d'une petite monlaigne, namméclej bois d' A va ni:bes, dessus le ïillaige de Courgevaujt (Môme Chronique, coi. loco).
(3) Holinet, op. et loco cit.
(3; V. sur ce iiége, entre autres auteurs anciens, la Chronique àes chanoines de Neuchdlet {loco cil.) et Jean Molinel \^loco cit.).
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dépêché un corps important, commandé par le comte Oswaldde Thierstein. Le comte de Gruyère yvintenpepsonneavecsesvassaux.Les villes d'Alsace, notammentColmaret Schlestadt, y expédièrent de nombreux soldats. Y arrivèrent enfin les hommes d'armes de Strasbourg et les chevaliers de René IL « Ce prince fut reçu avec grande joie par les Suisses etil gagna de plus en plus leur affection. Il était jeune, actif, pariant bien, simple en ses manières et ses habillements, comme il convenait à un prince pauvre etmalheureux (1).
Plusieurs historiens, entre autres Nicolas Rémi, Aubert Roland et Dom Galmet, ont prétendu que le commandement de l'armée entière lui fut conféré (2); mais nous croyons plus volontiers, avec d'autres auteurs (3), qu'il eut la direction des troupes de cavalerie, la plupart fournies par les alliés de la Suisse. Quant à l'infanterie des Cantons, elle avait des armes et une tactique peu familières au prince lorrain. Il lui eût donc été difficile de conduire ses manœuvres.
(1) De Barsnte, p. 73. — V. eodem aentu Jacobus de Meyer, Commentant rerum Flandriarum.
(2) Nioolaa Rémi, Histoire de Lorraine de ti73 à 1508 ; publiée en1617;— A.Haland, op. cit., f. 152;- D.Calmet, I. XXX, ch. xxv[ii et xiLx, col. I(j33.
(3) DiiDod, op. cil- , p, 3S2 ; — de Lacumbe, le siège et la bataille de Nancy (1860), p, 22 ; — Ravold, op. cit., p. 624. — V. de Lacombti (Joco cil.) et la Chronique de Luiraitie (col. 64, 65], pour la tactique employée par les Suisses.
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Peu après son arrivée à Berne, les confédérés se mirent en marche vers la Sane, dont les ponts avaient été occupés et fortifiés par eux dès le début des hostilités. Us avaient à peine quitté la villeque les guerriersde Zurich, de Thurgovie etdeBaden y arrivaient (21 juin). Ils ne prirent que le temps de manger les vivres que les Bernois s'empressaient de leur apporter et ils se hâtèrent de rejoindre les coalisés qui, par leur adjonction, furent portés à 34.000 hommes, « bons soldats et déterminés, qui venaient combattre pour leur liberté et leur patrie, contre un prince qu'ils haïssaient et dont ils n'attendaient point de quartier, s'ils se laissaient vaincre (1) ».
Le 22 juin au matin, après avoir fait la prière en commun à Gumminen, où la route de Berne à Morat traverse la Sane, les chefs des confédérés tinrent conseil pour déterminer l'ordre de la bataille. Les décisions suivantes furent prises. Hans de Hallwyl, issu d'une ancienne famille argovienne et devenu bourgeois de Berne, fut placé à la tête de l'avant-garde, composée des milices de Fribourg, de l'Oberland et de TEntlibuch. La
(1) DuDod, toco cit. — La Chionique de lorraine {loco cit.) et Nicolas Rémi (op. cit.) àkeal que les alliés cooiplaient plus de 40,000 hommes. Cornalines (I. V, ch. jii) estime que l'inFaoterie des coalisés ee composait à elle seule deSI.OOOcoffibattaQls.dont It.OOO piquiers, 10,000 couleuTriniers, 10,000 hallebardiers, et quels cavalerie était de 4,000 hommes d'armes.
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direction du corps d'armée fut confiée à Hans Waldmann, chef du contingent zurichois, et à Guillaume Herter, un des capitaines envoyés par Strasbourg. L'arrière-garde fut commandée par leLucernois Gaspard Hertensteia. lOOOéclaireurs furent chargésde prévenir toutesurprise. «Avant de se mettre en marche, les comtes de Thierstein et d'Eptingen conférèrent la chevalerie à Hans "Waldmann et aux plus notables des confédérés. La plupart des gentilshommes, qui se trouvaient en grand nombre dans cette armée, dédaignèrent d'être faits chevaliers ce jour-là, où celte dignité était prodiguée à tant de bourgeois. Le duc de Lorraine n'eut point tant d'orgueil et ne craignit pasd'èlre en fraternité d'armesavecles capitaines suisses (1). »
De son côté, le Téméraire faisait ses préparatifs de combat. Il postait ses troupes derrière des haies vives et des chevaux de frise. Par devant ces défenses, il faisait creuser un fossé. Il plaçait lui-même son artillerie sur les hauteurs de Faoug et de Grenz. A l'approche des coalisés il porta en avant des troupes légères. Elles prirent le contact, mais durent se replier sous une pluie battante,
(1) De Baranle, t. XI, p. 76. — La Chronique de Lorraine (loco eit ) dit à ce sujet : o Lors li duc Renâ à maiDles gentilshommea pourOBlre dtevaliers donna l'accolée*.
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qui mouiUfdt la poudre ot détendait les arcs (1).
u Cette retraite accrut le courage des Suisses et ayans approché la ville d'une lieue ou environ, se rangèrent en bataille à l'objet d'une colline qui les couvroit et favorisoit grandement leur venue (2).<> « Les capitaines desdits Suisses les mirent tous par ordre : savoir, 10.000 en l'avant-garde, des plus asseurez, dont 4.000 colevrines estoient les premières, 3.000 picques et 3.000 hallebardes. Le duc (René) après, ensemble toute la chevallerie, et en l'arrière-gardeS.OOO yenavoitat d'aultres batailles qu'ils tirent sur les aisles. Le duc de Bourgogne de ce adverty , en trois batailles mit ses gens, le siège bien gardé avec artillerie, devant lesdits Suisses vinrent se présenter, deprez approchèrent, d'artillerie commencèrent à tirer. Lesd- Suisses à Dieu se sont recommandez (3). » Puis côtoyant la colline derrière laquelle ils s'étaient formés, ils « s'advancerent tenans toujours leurs rangs et attaquant en ces t ordre l'avantgarde de l'ennemy, qui estoit de l'aultre costé (4). »
La veille s'était tenu un conseil de guerre au camp du duc de Bourgogne. « L'opinion de ses princes, docteurs, capilaines, et de toute sa ha-
(1 ] Gollut, Mémoires hûtoriqua de la /l^ufiiiftu téquanaiu (1588), ch. w».
(ï) Nicolas Rémi, op. cit.
13) Clironique de Lorraine, loco àt.
(i) Nicolas Rem^, id. optu.
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Tonnie estoît qu'il levast son siège et print son loj^s ea plaiae poar mieux et puissamment ordonner de ses batailles. A quoy iln'ajoutafoy.car touioars mainctenoit que ses ennemis ne Toseroient trouver en barbe contre luy ; et estoit tellement obstiné dans son incrédulité, qu'il ne croyoit sinon que b ou 6.000 hommes seulement se venoient illec monstrer pour luy donner travail et empescher son intention et donner espérance de secours aux assiégés (1). »
La folle témérité de Charles ne le perdit pas moins à Morat qu'à Granson. « L'approche des ennemis fut tant soubdaïne que le duc fut constraint de soy armer aux champs où son artillerie estoit arrangée, ettrouva que lesSuissess'esloient fortifiés d'une haie, où l'on ne pouvoit entrer. Toutefois aulcuus archiers des compaignies l'avoient approchié de bien près, mais les hommes d'armes n'y pouvoient rien faire (2). i)Le duc dut alors ramener sa cavalerie dans soncamp, où elle fut poursuivie par l'infanterie des Cantons. L'armée bourguignonne se reforma vile à l'abri de son artillerie qui causa de sérieuses pertes aux Suisses. La cavalerie, commandée par René de Lorraine, chargea sur les retranchements : elle échoua, René eut un cheval tué sous lui. Nom-
(1) JesD Molinet, op. cit., cb. xxxi.
{i) Chronique de Lorrain», toco cit.
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bre d'hommes d'armes furent couchés sur 1$ sol. La victoire semblait appartenir au Téméraire quand Hans de Hallwyl, qui avec l'avant-garde helvétique avait contourné le camp bourguignon au Sud, priL à revers les artilleurs et s'empara de leurs pièces, qu'il retourna contrel'armée deCharles. La lutte devint plus acharnée encore : les archers de la garde et les mercenaires anglais résistèrent héroïquement. De leur côté, les comtes d'Eptingen. de Thierstein, de Gruyère et surtout le duc deLorraine,déployèrent une vaillance inouïe dans leurs attaques. Le duc de Somerset, chef de la troupe anglaise,lecomtede Marie, fils aine du coonetable de Saint-Pol, et une foule d'autres chevaliers tombèrent sous leurs coups. J acques de Maes, porte-étendard du Téméraire, fut tué en défendant sa bannière qu'il serrait dans son bras gauche, en faisant tournoyer de la main droite sa large épée (1).
Tandis que l'aile droite des Bourguignons était ainsi taillée en pièces, le gouverneur de Morat, Adrien de Bubenberg, faisait une vigoureuse sortie et enfonçait leur aile gauche, commandée par le Grand-bâtard et composée surtout de troupes
|() Olivier de la Marche, Jf «moires, cb. sik ; — Adrian von Baarlaod, CaroH Burgundiœ ducis vita, 1589 ; Jacobus de Meyer, op. cit. ; — Pontus Heuterus, rerum bwgundiarum libri Yl ; — ChTonique de Lorraine, locn cit. ; — Nicolas Rémi, op. cit. ; — Jean Molinet, toco cit. ; — Jacques du Clerc, l
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italiennes. Enfin, l'aprière-garde des Cantons, dirigée par Hertenstein, se défilant derrière le corps de bataille, puis derrière ï'avant-garde, s'élançail sur le centre bourguignon, qu'elle prenait à revers. A ce moment le désordre fut à son comble dans l'armée de Charles. Lui-môme, perdant toutespoir, s'enfuit avec 12 serviteurs jusqu'à Morges. Le comte de Romont qui, pendant toute la bataille, était demeuré inaclif , se relira en toute hâle. a Les Suisses ne firent point de quartier dans la chaleur du combat. Ils criaient pour s'escitor réciproquement à la tuerie : Granson! Granson ! L'un des grands mobiles de leur animosité contre le duc de Bourgogne étant l'ordre qu'il avait donné de faire pendre et noyer 400 de leurs compatriotes qui étoient sortis, comme on l'a dit plus haut, du château de ce lieu sur la foi d'une prétendue capitulation. On tient que 10,000 hommes se noyèrent dans le lac et qu'il en resta 20.000 sur le champ de bataille. Les lettres écrites de Berne dans ce temps-là n'en comptent que 15,000 (1). « Gollul (îoco cit.) réduit encore ce
(1) Dunod de Charnage, opui cit., p. 384. — Les lettres donl il parle ont été publiées, ainsi que tous les documents relatifs à la bataille de Morat, dans an intéreasaot velume. édité à FHbourg en 1876, il l'occasion du quatrième ceoteoaire de cette victoire hélréth' qae, et intitulé : i Die Urkunden der Belagerung and SiAlacht von Harten, d Nous en devons la commuaication à l'obligeance de M. Bonoamas, secrétaire de la Société bourguignonne de Géographie et d'Histoire.
chifire à 10,000. Mais il écrivait à la fin du xW siècle (en 1588) et nindique pas où il a ptîs cette évaluation. Un contemporain de la bataille, Jacques du Clerc, estime les perles de l'ai'mée bourguignonne à 22,700 hommes. La Chronique de Lorrame porte ce nombre à2b, 000; Nicolas Rémi la reproduit sur ce point.
Le duc René, à la tète des cavaliers, pourcliassa les fugitifs « plus de deux lieues ». Il fut, dit Jean Moiinet, « fort joyeux, loué des siens et fort honoré ».Il passa la nuit dans latente du Téméraire, que les Suisses lui donnèrent avec tons les bijoux et ornements, toute la « vaisselle et ustensiles » qu'elle contenait (1). Ils avaient pu s'emparer de toute l'artillerie bourguignonne. Ils ea firent égalementdonà René« pourle récompenser de son artillerie, qu'il avoit perdue audit lieu de Nancy, que iceluy de Bourgogne par violance et vouloir désordonné, sans aulcun titre^ avoit prinse, emportée, hors d'icelle ville » (2). C'est ainsi que, dès ce moment, les Cantons manifestèrent au duc de Lorraine leur reconnaissance pour « le grand service à eulx fEiit » (3). Ils dé-
fi] Les tapisseries qui décoraient cette tenta sont conserTées au Mutfe lorrain, h Nancy.
(3) Jacques du Clerc, Mémoires cités. — V. eoiem tenta Jeaa Moiinet, toco cil. ; — Chronique d( Lorraine, lom cit., et Plicolas
(3) Du Clerc, eod. loeo.
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vai6nt la Itiî témoigner plus généreusement encore sept mois plus tard.
Commines était donc fondé à dire que le concours prêté par René aux Suisses a luy porta grand honneur et grand profit » (1).
La lutte avait duré de 8 heures du matin à 2 heures de l'après-midi (22 juin 1476). « Depuis, le duc René et toute la seigneurie commandèrent à Dieu tous les Suisses ; puis se sont mis au chemin, à Strasbourg sont venus » (2).
H) Mémoirei, liv. V, ch, m.
(2) CAroiii^ue de Lorraine, hco cil. — De* récit» de la bataille se trouveol, en outre des auteurs qui sont cités el des histonens modernes, dans CommlDes (liv. V, ch. m) el daaa Jeaa de Troyes {op. cit., année UT6, p. 335 de l'éd. Buchoo). Mais ils sont de tous les moioB détaillés et précis.
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