‹ Charles le Téméraire et René de LorraineChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

GusRRB DB Partisans (juin-août i4'76).

Pendant que René aidait les Suisses à vaincre le Téméraire, les seigneurs lorrains conlinuaient à reprendre pied à pied leur patrie aux Bourguignons. C'est ainsi que Petitjean de Vaudémont, àlalèlede «ceux deVézeliseetdupontdeSainct- Vincent, lesquels ne dormaient my », était venu « ung mardy au soir ». s'embusquer dans le bois de Saulrupt (1), sur le chemin de Nancy à Saint- Nicolas, pour surprendre les troupes, ennemies, qui, en vertu d'une ordonnance du gouverneur Jean de Bièvre, devaient escorter tout habitant de Nancy se rendant à Saint- Nicolas. « Le mercredi, à poinct du jour -> , il s'en présenta un fort parti, qui, en apercevant les Lorrains, s'enfuit à

(i ) V. sor ce bois et ie château du même nom la note de M. l'abbé Marchai dans son éditien de la CItrom'iae île Lorraine (Naacf , Wiéoer, 1 860), p. 207 et son article du Journal de la Société iTarehèologie lûrraine, t. VllI (ISâS), p. 96.

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toutes jambes, poursuivi par eux jusqu'à l'entrée de Nancy. « Moult delà bande (bourguignonne!

en y eut des morts; de copsde lance, eatoient percés par le corps ; d'altres, de cops d'espées, la teste blessiée et les bras coppés. Tous les marchands et chartons on ne leur feit rien, on les laissit aller. Quand Monseigneur de Bièvre et son conseil oyrent les nouvelles, ils furent bien marrys ; de la ville ils ne se osoient partir; ils doubtoient que de ceulx de la ville ne fussient trahis (1). »

A l'ouest, Gratien d'Aguerre, qui occupait le village forlifié de Fontenoy (2), attaquait chaque jour avec « des Gascons adventuriers » la garnison anglo-picarde de Gondreville, qui défendait les approches de Nancy. Les soldats bourguignons <t véant que ils n'esloient my secourus montèrent à cheval..., s'en allirent secrestement » (3).

Au sud, les Lorrains qui avaient repris Vandémonl « ne cessolent tous les jours devant Mirecourt courir ». Dans cette place " il y avoit grande garnison de plus de iiu', que Anglois, que Picards et Bourguignons. Un jour entre les altres, ladicte garnison vint courir dessus Valdémont 1), et s'empara de bestiaux: qui paissaient au pied des remparts. « Quand ceux de Valdé-

(1( Chronique de Lorraine, édition Marchai, p. 207, 208. (2) Entra Toul et Nancf, sur la Moselle, à 9^' de la première à 17''° de la seconde de ces villes.

(3). Chronique di Lorraine, mètae éditioo, p. SOS.

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mont et de Vézelise les nouvelles oyreut, se mirent en aîrmes, la chasse à eulx donnèrent. » Us les rejoignirent dans un passage resserré entre le Madon et le village de Poussey, les bousculèrent, en tuèrent une partie; en précipitèrent d'autres dansla rivière, et forcèrent les survivants à fuir en abandonnant leur butin (1).

Après la victoire qu'il avait si vaillamment remportée avec les Suisses à Morat. le duc de Lorraine revint à Strasbourg, où il attendit les événements. Là vint le trouver un de ses sujets, Doron « que de Bruyères estoit " . La Chronique assure qu'il tint à René ce langage : « Hé duc ! vous estes bien endormi! Si vous voulez, je vous feray seigneur de Bruyer et de tout à l'entour et je vous en dirai la manière. Devant ma maison l'esglise y est. Tous les jours, quand la Messe se chante, le capitaine avecunnombre de gens vient l'y ouïr. Donnez-moy des gens etje veux estre estrangliez si le capitaine ne prens, et par luy le chasleau se rendra. Après tout à l'unisson, Arche, Espinal et Remiremont, vous pourrez aller seuremenl jusqu'à Valdémont... » Ung capitaine nommé Harnesaire, lequel avoi t une bande de sixvingts AUemans, le duc vers luy le feit venir, luy demanda s'il le vouloit servir, lequel respon-

(1) Chronique de Lorraine, p. 208, 209. — V. FRiitûire de René l", de René II, de Philippe de Gaeldret, ducs de Lorraine, par l'abbé Hugo (bibliothèque de Nancy, ms n* 8S).

dit que ouy. Le duc le senneut lui fait passer bounement.

fl Or dict le prince René ; En Lorraine te fault aller; voici ce bon homme que te conduiras. Guiere ne die mot et fait ce qu'il dira. » Ledict capitaine Hamexaire a promis de cela faire. Le bonhomme commanda à I lieii Monseigneur et luy dict : « Faicles bonne chiere et tenez la chose assurée. ') Ledict bonhomme an chemin se mit. Le dict duc René leur donna 20 florins pour faire la bonne chiereduranlledict chemin ; le bonhomme par deux journées esl venu près de ladicte Bruyer et en un bois s'a arresté, disant au capitaine : « Icy nous fault attendre jusques à ce que les gens soient endormis. Je veulx bien secrestement faire l'entreprinse, afin qu'on ne sache vostre venue. » Quand vint minuit : « Or ça, dict d'Oron, il est temps; mectons nous en chemin. Ledict sçavoit l'endroit de sa maison. » Ledict bonhomme, le capitaine et tousses gens les a mis dedans. D'Oron est venu à sa femme, et à ses servans dict ; V Gardez-vous bien, sur vostre vie, de dire mot, ne faire nul semblant, n Lesquels en feirent compte, comme si rien ne feut. Ledict d'Oron à ung ouvrit sa grange. Le capitaine et tous ses gens, les uns avoient coulevrines, les autres hallebardes et les grandes espées. Beau hault jour estoit à l'heure accoustumée. Voicy venir le capitaine de sesgensaccompaigné. Ledict Hamexaire

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- 92 ^ les laissa entrer et saillirent dehors ; furent tous troussez. Le dict Harnexaire dict au capitaine : fl Se vous voulez faire que vos gens que sont au ohasteau, me vuellez deslivrer ledict chasteau; vous et vos gens vous laisserez aller, et tous vos biens les emporterez. Ou si ne le faictes, soyez certain que devant eulx, se délivrer ne voulez, la teste à tous vous sera colpée. »

<■ Le capitaine bien veit que mal logiez estoit. En ung lieu à pari à ceulx que dedans estoient les priant pour l'amour de Dieu qu'ils venissent à luy parler. Deux des plus suffîsansdu dict ohasteau au capitaine viendront parler. Quand ils veirent tant d'AIlemans, ils furent forlespovantez. Le dict capitaine les pria disant: « Vous me voyez et tous vos compaignons en quel dangier nous sommes. Par quoy je vous prie pour Dieu que le chasteau rendiez. Si ne le faictes, la teste à nous tous nous feront colper. » Quand les dictes eurent ouy la dicfe requeste du capitaine, retournant audict chasteau, contèrent le cas aux aultres. Ils estoieiU peu de gens etveoientqueleur capitaine et toute la ûeur d'iceulx estoient prisonniers. Considérant aussile dangier où ils estoient, c' estoit le meilleurde prendre l'apponctement que le dict Harnexaire leur présentoit. Retournèrent vers le dict Harnexaire, lui demandant s'il vouloit tenir ceste accord... Dict qu'ouy... Toutes choses promises, les dicts ammenerentle dict Harnexaire

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au dict chasteau et l'en feirent maïstre. Les dicls Bourgongnons toutes leurs bagues prinrent, hors d'illecq s'en allirent. Iceluy Haraexaire incontinant toute la terre de Bruyer, et de Sainct-Diey, d'Arche et de Remiremont, tous vindrent obeyr à luy comme lieutenant et capitaine du duc René (1). .

Le brave et intelligent Doron borna son ambition à un simple ofBce de sergent dans la prévôté de Bruyères.

La prise de cette ville entraîna celle de Mirecourt.' Les lansquenets d'Harnexaire unirent leurs efforts à ceux des Lorrains de Vaudémont pour intercepter les communications de cette place avec Nancy d'un côté, Epinal d'autre part. Les Méricurtiens souffraient cruellement de la disette. « Unmessager envoyèrent vers Monsieur deBiesvre, luy advertissantqu'iladvisâtde les ordonner en aultres lieux. » De Bièvre leur dépêcha le capitaine Hugo avec ordre de conduire leur garnison à Epinal. « Iceux (cette garnison) à heure de minuict de Mirecourt se despartirent secrettement. » Ils arrivèrent devant Epinal " au poinct du jour ■ . n Quand la garde les veit, commença à sonner; toutes les portes ostoient encor fermées. Quand ceuls de la ville ouyrent ainsi sonner,

(1) Chronique de Lorraine (dans Û. Calmel, t. 111, preuves, col. 73, 74).

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chacun de sa maison saillit embastonné; ils cuydoient que la garnison s'eust meuliné. Le conseil de la ville ensemble se meit, le capitaine appelèrent luy dirent: « Voilà ung messagier que dedans vouldpoit entrer. Il faut aller vers luy sçavoir ce qu'il veut. » Quand lesdicts gouverneurs à la porte vindrent, le messagier les a salués ; son mandement leur a montrés. » Le capitaine qui commandait la place au nom du duc de Bourgognedésirait accueillir les fugitifs, mais le Conseil des bourgeois lui démontra que depuis trois semaines « ils n'avoient nuls marchiez, dont les menues gens crioifint de faim. » Obligé de compter avec la bourgeoisie spinalienne, qui formait une milice très puissante, il dut céder à leurs instances. « Les dicts Gouverneurs vindrent à la porte de Roualmany (Rualménil), où toute ladicte garnison (de Mirecourt) attendoit..., et lui dirent: « Allez où bon vous semblera, céans poinct logiez ne serez. >• Or la dicte garnison, que Picards, Anglois et Bourgongnons esloit 400 ou plus. » Ils passèrent la Moselle et se retranchèrent dans le faubourg d'Ambrail (1).

(1) Chronique, col. 7i, 7S ; — l'abbé Hugn, op. cit., a bulvi sur tous les evânnmenU de l'époque le récit do celte histoire d'un ds leurs conlemporains.

La Chronique de Lorraine est, d'ailleurs, le plus exact et te plus ' complet des leitra h consulrer sur le règne de René II. Au.~Ei la plupart des historiens modernes y ont-ils puisé largement, parfoid sans la citer ou eD modifiant le sens de plusieurs de ses passages, saoa

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« Le capitaine Hamexaire de Bruyer, que pas ne dormoit, qui de Sainct-Diey, d'Arche et de Bemiremont assembla 1400 cens Ixins geatils compaignons bien armez, à heure de minuict est venu le dict faubourg assaillir, a rompu toutes . les barrières à grands coups de coulevrines. Les Bourgongnons se sont espou vantez; tous (les Lorrains) ont entrer dedans et les ont enfoncez ; par tous les logiez se les ont cherchiez ; le. plus en ont tuez... Les Bourgongnons de la garnison dudict Espinal mot ne sonnoieut ; bien veaient que ceulx de la ville compte n'en tenoient. » Les Lorrains prirent dana ce combat 200 chevaux, tous les bagages et « bagues »de leurs ennemis et en firent prisonniers un grand nombre (1).

Pendant ce temps la garnison de Vaudémont continuait à parcourir la campagne voisine et à inquiéter les Bourguignons. Elle poussa jusqu'à Gbâtel-sur-Moselle, entre Charmes et Epinal, pilla le village de Velacourt et s'en retournait chargée de butin, quand elle fut surprise par des troupes sorties de Ghâtel et de Bayon. Elle put se réfugier dans une tour de l'abbaye de Belchamp, y fut assiégée et, après avoir perdu beaucoup

qu'ils y fussent au'orisée par une preuve contraire. Noua avODS préréré à leur méthode celle qui conaiole à multiplier les citations d'un ouvrage suffisammeel comprébeosible et dont le langage pittoresque aide à faire revivre les hommes de son temps. (i) Chronique, col. 75.

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d'hommes, elle dut se rendre a par force d& feu ». Elle fut enfermée à Châtai (1).

Quand la nouvelle de cet échec parvînt à Vaudémont, les Lorrains qui étaient restés dans cette forteresse et tous ceux du voisinage, « en armes se mirent, tant à cheval comme à pied et avec . ung capitaine qui avait nom Fortune, lequel menait ëO Gascons aventuriers». Parmi les autres chefs étaient le bâtard de Vaudémont, pourvu du commandement supérieur, i'écuyer Gérawl d'Avillers, Gratien d'Aguerre, Ferry et Henry de Tantonville, Pierre et Vautrin du Fey, Collignon de Ville, Petitjean de Bron. Us dirigeaient plus de 2.500 « bonscompaigaons ». Ils attaquèrent inopinément lavilledeBayon dont ils escaladèrent les énormes remparts. « Le capitaine Fortuneentra des premiers, luy et ses gens; avec grandes eschjeiles montèrent en hault sur la muraille, entrèrent dedans, tous les aultres ensuyvans, ne pour traict, ne pour colps de pierre, ne pour résistance que fit l'ennemy, gaignireni la dicte Hayon de leur puissance. 100.000 florins et plus, que prisonniers enyavait,etloutror etl'argent, et tous les joyaulx, tout faut print, sans rien laisser, mesme les grains, montan t à plus de 4.000réseaux...Les'Ucts seigneurs qui estoient au dict Bayon par les dics seigneurs dessus nommez

H) Chronique, 75, 76 ; — D Calmet. t. Il, col. 1036.

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furent menez tous prisonniers àValdemont » (1) (12 août 1476).

Le succès est éminemment contagieux : Ceux-là mômes des nobles lorrains qui avaient abandonné la cause de René lorsqu'elle semblaiL perdue, s'unirent à ses lieutenants quand ils redevinrent victorieux. Vautrin Wuisse, Jean et Jacob de Savigny , les sires de Hardemont et de Saint- Armant, Tbiébaut de Jeussey. Balthazar et Jean d'Haussonville, les d'Aigremont, les de Girecourt grossirent avec leurs vassaux et gens d'armes l'armée lorraine, qui devint ainsi forte d'environ 4. 000 hommes (2).

(\] Chronique, 76.

(2) Chronique et dom Calmet, locU eitatis.

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