‹ Charles MandelChapitre 11 sur 17 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Anionr.

H y avait près de trois ans que Pierre était chez le curé; il avait dix-sept ans et Marguerite en avait quatorze.

— Où est Marguerite, mononcle?s'écriat-il un jour en accourant tout cssoutlé à la

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huite, je ne l'ai pas trouvée dans la prairie où elle a toujours coutume de m'altendreavec la petite Jeanne !

— Marguerite \ient de partir pour Olonne, mon ami : elle y restera pensionnaire un ou deux ans, pour y faire sa première communion, s'instruire dans sa religion, apprendre à bien écrire et à bien calculer. C'est notre brave curé qui l'a voulu ainsi. -^

Pierre chancela à ces mots ; l'idée de ne plus voir sa jeune cousine, la compagne de tous ses jeux, l'amie de son enfance, le troubla à un tel point qu'il fondit en larmes, et de retour chez lui, s'enferma dans sa chambre, se coucha et ne put dormir. Le lendemain le curé ne fit pas semblant de s'apercevoir du chagrin de Pierre qui, faisant effort sur luimême, se remit au travail avec plus d'ardeur

que jamais. Il avait Tait tlo grands progrès dans tout ce qui lui avait été enseigné ; l'élude avait agrandi sa pensée et développé son raisonnement. Il se demandait souvent quelle pouvait être la main invisible qui, sous le nom de Providence, semblait influer depuis si longtemps sur sa vie et s'étendre jusqu'aux êlr^s qu'il aimait. — Car depuis un an que la pauvre aveugle, la petite Jeanne et le petit François avaient été recueillis chez le bon curé, à la hutte et au bateau de son père , il avait reçu trois petits sacs d'argent rentVrmanl chacun cent francs, et portant les étiquettes suivantes :

— Pour acheter des habillemens à la pauvre aveugle.

— Pour acheter des habits de matelot au

petit François.

— Pour acheter de bons vêtemens à la petite Jeanne.

Pierre sentait qu'on ne l'élevait] pas pour devenir un simple et pauvre pêcheur , et ce» pendant les goûts et les occupations de son enfance étaient sans cesse pour lui un sujet de regrets; il soupirait après le bateau paternel, et les combats qu'il se livrait altéraient sa santé.

Le souvenir de Marguerite le suivait partout, il s'endormait avec cette chère image, il la retrouvait à son réveil. Une langueur qui n'était pas sans douceur le rendait incapable de continuer ses études ; il errait dans la campagne, appelant Marguerite, et serrant fortement ses bras sur sa poitrine comme s'il espérait embrasser autre chose que le vide. Couché sur l'herbe , il y restait des heures

cnlières, et souvenl il oubliait de renlrci pour prendre ses repas.

— Il faut choisir un élat^ mon ami, lu i dit un malin le bon curé qui depuis longtemps l'observait d'un air inquiet. Tu as aujourdMiuî dix neui ans; voici prés de cinq ans que tu es avec moi, il faut te décider.

Pierre promit de donner la réponse dans la soirée, et comme il avait besoin d'air et de solitude, il sortit, éloignant de lui jusqu'à Bianea qui voulait le suivre et dont!» gaîlé l'importunait.

Le temps était superbe j les oiseaux chantaient ; des milliers de fleurs nuançaient le gazon des plus riantes couleurs ; tout était joie et bonheur autour du jeune homme, lui seul restait étranger au charme d'une belle matinée du mois de mai. Sombre et enfoncé

dans les plus IrisUs reflexions, il côtoyait l ts bords de la nu r, enviant l'oiseau qui. rasait l'onde de ses ailes et pouvait aller où bon l ui semblait. Le souvenir de son père, de sa mère et du bateau, sa première et seule vraie patrie, gonflait son cœur de regrets et de larmes.

Que lui faisaient la ville, la richesse et l'éat social qu'on lui off'rait ! Tous ces biens pourraienl-ils compenser le bonheur de vivre avec ses parons? Il avançait toujours et sans regarder souvent où il allait. Enfin, fatigué, ennuyé de marcher au hasard, il s'assit et promena ses regards autour de lui. Quelles ■ furent sa surprise et son émotion en reconnaissant qu'il se trouvait dans le même lieu où, seul avec Marguerite, assis dans son batelet, il avait prié le ciel de ne jamais le séparer d'elle !

-" Oh ! s'écria-t-il en se rappelant tous les naomens qu'ils avaient passés ensemble,, mon Dieu! vous nous avez abandonnés ! Marguerite, Marguerite, où es-tu?

Et laissant tomber sa tète sur sa poitrine, il pleura amèrement ... Tout à coup des pas légers se font enlenJre, et une voix bien connue s'Ocrie :

— Ne pleure plus, me voilà !

Il retourne vivement la tête et reconnaît Marguerite...

Oui, c'est elle, mais comme elle a grandi! Comme ses traits se sont formés I Ce n'est plus une enfant, c'est une jeune fille remplie de grâce et de timidité. Tous deux s'examinèrent le sourire sur les lèvres, les larmes

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