‹ Charles MandelChapitre 12 sur 17 · IC · texte numérisé non relu

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dans les yôux, pâles et rouges tour à tour, l e cœur gonflé d'un bonheur au-dessus de leurs forcos.... Puis, brisés tout à ooup par leur émolion, ils fe trouvèrent, sans savoir comment, enlacés dans les bras l'un de l'auirtt.

Dieu, (}ui bénii les amours purs oi vrais, sourit aux deux enCans, et cesourii^ donna à toute la nature un éclat plus joyeux. Le soleil sembla jeter dé pitts vifs rayons, les fleurs exhaler de plus doux parfums; l'on eut dit que les oiseaux chaniaieni des t^yujnos d'amour, et ies plus petits insectes s'agitaient dans l'herbe et dans l'espacp , partageant cette grande fèie^^ueie ciel donne à la terre, lorsque deux aines se fondent en une seule.

Les premiers mots qui s'échappèrent des ïéneu' d« Pierre et de Marguerite J\ircûi

ceux-ci : — Que lu as grandi ! — Que te voilà grande! P«is, se prenant parla main, ils s'assirent bien près l'un de l'autre, si près que leurs cheveux se touchaient et que leurs deux cœurs sen.blaient n'avoir qu'un même battement.

Alors commença cette lavissante causerie d'amour qui ne linit jamais, re lit toujours une seule chose et paraît toujours nouvelle.

Bianca avait suivi Marguerite; après mille bonds jo}cux, mille tendres caresses, elle s'était endormie aux pieds des deux jeunes

gens.

Marguerite ne parlait plus comme une paysanne : elle s'exprimait bien, elle pouvait causer de beaucoup de choses dont auparavant son cousin ne pouvait pas lui parler,

car elle ne l'aurait point compris. Pierre était enchanté, et de temps en temps il s'écriait:

— Te voilà bien instruite à présent; j'espère fju'on ne nous séparera plus; j'ai mon plan arrêté ; je veux suivre l'état de mon père. Je ne pourrais jamais m'habituer à la vie qu'on mène dans les grandes villes, et puis je ne veux point abandonner mon père et ma mère sur leurs vieux jours : j'emporterai des livres avec moi, et je n'aurai jamais un moment d'ennui. Je vais donc aller trouver mon bon et cher instituteur, et je lui dirai (jueje le veux pour ma femme et (ju'il faut (ju'il nous marie; puis j'irai trouver mon père et ma mère, et je leur dirai : Au lieu d'un enfant \ousen aurez deux pour soigner votre vieillesse ; le veux-tu, Marguerite?

Marguerite répondit: — Oui, je le veux bien.

Lorsqu'ils rentrèrent à la hutte, le jour était avancé. Jeanne vint se jeter dans les bras de Marguerite, et Pierre se rendit au presbytère. L'heure du souper était encore loin ; il n'eut pas le courage de l'attendre et courut à la chambre du bon curéj il s'enferma avec lui, et dans un discours sans suite, mais plein de chaleur et de reconnaissance pour les soins qu'il en avait reçus depuis cinq ans, il expliqua ses goûts, SCS motifs, ses projets, la tendresse qu'il avait depuis l'enfance pour sa cousine, et finit par déclarer qu'il n'ambitionnait pas d'autre étal que celui de pécheur, et qu'il voulait vivre pour Marguerite et pour ses parens.

Le curél'écouta sans l'interrompre. Enfin il prit la parole et lui représenta tout ce qu'il perdrait en^nonçant à un état honorable. Il lui parla du rang élevé auquel il pourrait

panetï*îf, et tûî' lit observer que la réflexion viendrait tôt ou tard le faire repentir de la vie obscure et laborieuse qu'il allait métier de nouveau. Pierre resta inébranlable.

— Vous le voyez, disait-il, je ne suis pas fait pour le monde, je m'y ennuie; le luxe, au lieu de me plaire, me gêne et me fatigue; ^ l'air des villes m'étouffe, celui delà mer est mon seul élément ; je ne puis vivre que là !

Si je n'avais ni mon père, ni ma mère, ni Marguerite, il n'y aurait qu'un état qui me conviendrait, ce serait celui de marin ; mai? il m'éloignerait de tous ceux que j'aime, tandis que celui de pêcheur me permettra de rester avec ma famille et de la rendre heureuse !

— Retourne don(3 près de too père, mon «nîant, répondit le bon curé en lui serrant

îa main ; je ne puis le blâmer, et peut-être dôis-je au contraire l'approuver : car le bonheur est bien plus certain dans la solitude que dans le tumulte du monde. Les études que lu viens de faire seront pour toi une source coniinuelle de jouissances pures et variées, tu sentiras !;i eux le néant de tout ce que les hommes appellent plaisirs et ri-* chessGS ! Le vrai riche, mon ami, est celui qui, n'ayant besoin que de peu de chose, trouve dans son travail l'argent nécessaire i\ son existence et peut encore secourir quelques infortunés. Les villes sont encore remplies de riches pauvres; le luxe dont ils font parade épuise leur fortune, et ils sont plus malheureux souvent dans leur intérieur, que les humbles ouvriers dont ils paient les [travaux.

Ton piVe, rhoî tl une autre personne, nous

avons voulu savoir si L'orgueil et la hoif'des honneurs l'éblouissaient assez pour te faire quitter la profession de ton enfance et renoncer à tes vieux parens pour aller vivre parmi des hommes qui se rappelleraient toujours ton premier état el ne comprendraient ni la franchise, tii ta sauvage indépendance. Retourne au bateau paternel ; je puis l'assurer que; tes parens consentiront à ton mariage ; mais Marguerite esl encore bien jeune; laissons le temps de grandir à la petite Jeanne afin qu'elle puisse remplacer Marguerite dans la huile de ton oncle.

Pierre se sépara de son digne instituteur, non sans beaucoup de larmes; il alla faire ses adieux à son oncle, à sa taule, à Marguerite, et il obtint de son oncle la promesse que son mariage se ferait aux fêtes de pâijues.

La joie d'Émeriau et de sa femme l'ut in-

■exjjiimal>le en voyant leur (ils venir se lixer prèb d'eux pour ne plus les quitter.

— Que le ciel soit béni, disait le père, tu as compris que le bonheur t'attendait ici bien plus que dans les villes.

Et le bon vieillard se senluit rajeunir en conleuiplaiil son fils et en le voyant reprendre son fusil et ses (ikls comme s'il ne les avait jamais quittés.

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