‹ Charles Monselet: sa vie, son ?uvreChapitre 3 sur 53 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

côté de Bachaumont, le chroniqueur, et de Diderot, le grand remueur d'idées, le grand abatteur de copie — pour parler non pas la langue de Y Encyclopédie, mais celle du journalisme — Charles Monselet, cet écrivain du xvm e siècle égaré dans le xix% ce maître es jeux de l'esprit, ce styliste clair et concis, cet observateur attendri et ironique tour à tour de la vie moderne, occupe un tabouret à la cour du roi Voltaire, et il faut remercier M. André Monselet de nous avoir donné le présent livre, chronique de la vie d'un chroniqueur qui fut un artiste, livre qu'on pourrait appeler : Monselet conté par son fils.

Jules Claretie.

Au coin de la place Grasliu — qui est la place du Grand- Théâtre, à Nantes, — et de la rue Jean-Jacques-Rousseau, une maison relativement moderne. Au fronton de la porte d'entrée, ces mots gravés dans la pierre, mais à demi elïacés par le temps : . .

Cabinet de lecture:

Ce cabinet, situé à l'entresol, était tenu par M. Monselet, père de l'écrivain.

C'est là que naquit Pierre-Charles Monselet, le 30 avril 1825.

Graslin, un fermier général I Jean-Jacques Rousseau, le grand philosophe ! Ne semble-t-il pas que le xyiu° siècle ait tenu à présider à la naissance de celui qui devait être, à notre époque, un de ses principaux historiographes?

Ce même jour d'avril, l'enfant fut tenu sur les fonts baptismaux dans la paroisse de Saint-Nicolas — mais la constitution physique du nouveau-né ne laissait guère prévoir un robuste disciple de Grimod de La Reynière et de Brillât-Savarin; — celui que ses contemporains devaient comparer plus tard à un petit abbé de cour du siècle dernier, faillit ressembler physiquement... à Scarron!

Charles Monselet était né pied-bot.

Cet accident put être heureusement corrigé dès la première heure. Aussi M. Monselet père adressa-t-il la lettre suivante à M. Mellinet-Malassis, directeur du journal le Breton, que celui-ci s'empressa de publier :

Nantes, le 11 octobre 1829.

A M. le Rédacteur nu journal te Breton.

Monsieur, * Ma satisfaction et ma reconnaissance sont trop grandes pour que

je ne cherche pas à les rendre connues de tout le monde, et j'ai pensé

que vous ne refuseriez pas une place dans votre journal à la lettre

d'un père qui n'oubliera jamais ce qu'il doit aux soins de M. Hossard,

directeur de l'établissement orthopédique de l'hôtel Besnardière, à

Angers.

Mon iils, né pied-bot, ne pouvait marcher qu'en se traînant et sur

les genoux, quand je me déterminai à le soumettre au traitement; il

était alors âgé de trois ans, et sans espoir de se servir jamais de ses

jambes déjà contournées elles-mêmes. Pendant son séjour à Angers,

il s'est opéré un tel changement, et sa guérison est maintenant si

complète, qu'il marche et court avec autant de facilité que les enfants

de son âge les mieux conformés ; la cure de mon iils, soumise, en

outre, à plusieurs médecins, surpasse de beaucoup mon attente, et je

ne saurais trop me louer de trouver aujourd'hui un moyen d'ajouter

encore mon tribut de reconnaissance à ceux que tant de familles ne

se lassent de rendre à l'homme précieux qui ne pouvait mieux mériter

de la société, en rendant, pour ainsi dire, une nouvelle existence à des

êtres, sans lui, nés pour un malheur trop certain.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec les sentiments les plus

distingués,

Monselet, libraire,

Place Graslin.

Je n'ai révélé ce détail que pour mieux expliquer la difficulté que mon père éprouva néanmoins à marcher tout le temps de sa vie et l'embonpoint qui ne tarda pas à résulter d'un manque d'exercice.

Sitôt guéri, l'enfant fut vite à l'école — mais la véritable école de Charles Monselet demeura l'arrière-boutique paternelle; ce fut là que sa curiosité s'éveilla.

« Cette éducation première mérite d'être rappelée, non pas pour la frivole satisfaction des amateurs d'anecdotes, mais parce qu'elle donne en grande partie la clef des travaux et du talent de Monselet... » a écrit M. Gustave Isambert dans le journal le Temps (21 mai 1888).

«... Le jeune Monselet — ajoute- t-il — fouillait avec délices dans cette arrière-boutique, secouant la poussière qui ternissait la tranche rouge des bouquins démodés, et ne se lassant pas d'aller à la découverte. Il mettait la main sur des choses fort disparates et de valeur très inégale ; c'était de la philosophie, des contes, des petits vers, des brochures dont l'obscurité entraînait à la recherche des circonstances qui les avaient provoquées, des romans qui avaient eu leur moment de grande vogue, et qui n'avaient point laissé de trace dans les mémoires, dont les auteurs môme, bien souvent, étaient redevenus des inconnus pour les lettrés les mieux informés... Il est superflu d'insister sur ce point que, en faisant ainsi sa pâture d'une quantité d'auteurs que personne ne lisait ni ne feuilletait alors, il s'acheminait naturellement à la conception de quelques-uns de ses ouvrages les plus connus et les plus loués... Le talent d'écrivain de Monselet, sans acceptation des sujets variés auxquels il l'a consacré, s'est ressenti par-dessus tout de ce commerce familier et un peu désordonné de sa prime jeunesse avec ce xvm e siècle où l'on trouvait de la grâce et d'aimables façons de dire jusque dans les farces de la foire. »

Il m'a semblé curieux, à mon tour, de rechercher quels étajent les livres que possédait la bibliothèque de la place Graslin, et quelles avaient pu être, par conséquent, les premières lectures propres à frapper l'imagination d'un enfant déjà voué aux lettres.

M. Monselet père n'avait lait que transférer à Nantes un cabinet de lecture qu'il dirigeait déjà à Bordeaux ; — il m'est tombé heureusement entre les mains un Catalogue des livres d'abonnement et de vente qui se trouvent dans le cabinet de lecture tenu par Monselet, Fossés du Chapeau-Rouge, 27, à côté de la Préfecture, à Bordeaux — 1S14. On retrouve plus particulièrement, en feuilletant ce catalogue, les noms de Pigault- Lebrun, Ducray-Duminil, M mo de Genlis, Rétif de la Bretonne, l'abbé Prévost, Crébillon iils... Il fallait s'y attendre î

Mais auprès de YAlmanach des Spectacles et de YAlmanach des Muses, côte à côte avec le répertoire des mélodrames ou pèle-mèle au milieu des œuvres de Bernis, de Gresset, de Chaulieu et de Gentil-Bernard, fourmillent nombre de petits romans, comme :

Adeline et Joséphine ou les Deux amies bordelaises, sœurs sans le savoir ;

Adonia ou les Dangers du sentiment;

Alphonse ou le Jeune Espagnol;

Amélie de Saint-Phar, par l'auteur de Julie, ou J'ai perdu ma rose;

Le Bandit sans le vouloir et sans le savoir ;

Blanche de Rembrun ou Un roman de plus;

Célestine ou les Époux sans l'être;

Cordelia ou la Faiblesse excusable ;

Denneville au l'Homme tel qu'il devrait être;

ÉUonore de Rosalba ou le Confessionnal des pénitents noirs;

Émilia ou la Femme des Apennins ;

Eugénie de Yerseuil ou la Tour ténébreuse;

Il était temps ou Mémoires du marquis de Blinval;

Maria ou le Malheur d'être femme;

Ma tante Geneviève ou Je l'ai échappé belle;

Miralba, chef de brigands ;

Le Nègre comme il g a peu de blancs, par l'auteur de Cécile;

Yaléria ou la Religieuse vénitienne ;

Yictor ou l'Enfant de la forêt, etc., etc.

SA VIE, SON ŒUVRE î>

Ou ne peut s'empêcher de sourire à ces titres disparus dont quelques-uns sont restés cependant, prototypes du genre; mais bien vite on frémit en songeant que ce fatras de la fin du siècle dernier, que cette littérature de transition servit de nourriture intellectuelle au débutant.

Le jeune Monselet dévora tout, tant son appétit était terrible.

Il en résulta ceci : c'est que, doué d'une mémoire prodigieuse, il s'assimila bientôt ce xviu° siècle au point d'en oublier sa propre époque et de justifier ainsi le mot attribué plus tard à Xavier Aubryet : « Charles Monselet, c'est le Monsieur qui s'est trompé de siècle ! »

Mais je reviendrai plus loin sur cette prédisposition d'esprit toute particulière, sur cette tendance continuelle à jeter les yeux vers un passé regretté comme s'il avait été vécu ; il suffit d'avoir indiqué l'influence possible de certaines lectures sur le développement de goûts et d'idées propres à l'homme pour comprendre par la suite la caractéristique d'une œuvre et d'un individu.

Charles Monselet a consigné plus tard ses premières impressions dans la préface d'un volume de M. Paul Eudel, les Locutions nantaises (Nantes, Morel, 1884). Cette préface, sous forme de lettre, est en vérité peu connue, le livre de M. Eudel n'ayant été tiré qu'à un petit nombre d'exemplaires ; — je m'empresse donc de la reproduire ici en partie :

Paris, septembre 1884.

Mon cher compatriote,

Ah ! quel monde de souvenirs vous venez de réveiller «en moi avec votre petit dictionnaire! Toute mon enfance y a passé; je me suis vu revivre dans la partie de ma vie qui m'est la plus chère, et j'ai vu réapparaître aussi ma ville natale, ma ville que j'aime tant et que je

n'ai jamais oubliée après tant d'autres cités parcourues. Une expression m'a rendu une sensation, un mot m'a rappelé un quartier. On devrait faire pour chaque ville un vocabulaire intime ; le cœur en battrait plus fort à quelques-uns, comme il vient de me battre tout à l'heure, en lisant les épreuves du petit livre si curieux que vous avez bien voulu me communiquer.

Eh! oui, je suis né à Nantes, événement de bien médiocre importance, que j'ai cru cependant devoir consigner jadis dans des strophes parfaitement oubliées qui commençaient ainsi :

On m'a demandé, l'autre jour, Vingt lignes de biographie, Au bas de ma photographie.

Le vilain mot! Le vilain tour!

Les voici : la ville de Nantes A qui je n'en saurais vouloir, M'a vu naitre, sans s'émouvoir De mes facultés étonnantes.

Le principal étant de vivre.

Fidèle au : c Tel père, tel fils, »

Ma ressource devint le livre; Mon père en vendait. — moi j'en lis.

Je vous prive du reste du morceau.

Mon père en vendait — ou plutôt il en louait, car il tenait un cabinet de lecture à un entresol de la place Graslin se prolongeant sur un coin de la rue Jean-Jacques-Rousseau. C'est des fenêtres de cet entresol et du haut d'un tabouret que j'ai vu les Trois Glorieiises de 1830, qui se résumèrent pour moi en un grand bruit sur la place et par un va-et-vient de soldats à cheval.

C'est encore de ces fenêtres qu'un peu plus tard je regardais passer, avec un certain étonnement, quelques personnages vêtus d'une tunique bleue serrée à la taille et d'un pantalon blanc, et coiffés d'un béret.

Lorsque je demandais qui étaient ces gens : c Ce sont des saintsimoniens, » me répondait-on.

Et je n'étais pas plus avancé qu'auparavant.

Mais les saint-simoniens et les soldats à cheval étaient réservés pour les grands jours. Le reste du temps, il fallait me contenter des

exercices de saltimbanques dont la place Graslin était le théâtre presque quotidien, des montreurs d'ours, assez fréquents à cette époque, et des cavalcades que les écuyers et écuyères des cirques de passage avaient coutume de faire par la ville, musique en tête et dans leurs costumes les plus magnifiques.

Mon père, qui était un lettré remarquable autant que modeste, comptait parmi les habitués de son salon de lecture tout ce qu'il y avait à Nantes d'intelligent et de distingué : Laj ariette, le collectionneur émérite; Mellinet-Malassis, le docteur Guépin, le docteur Aublanc (le médecin d'Élisa Mercœur), Emile Souvestre, Victor Mangin père et fils, Àllotte, etc., etc.

Mes premiers joujoux me furent donnés par l'excellent comédien Régnier, alors dans toute la fleur de la jeunesse, et qui jouait les premiers comiques au Grand-Théâtre de la place Graslin.

Aussitôt que j'ai eu l'âge littéraire, je me suis enquis avec curiosité de la période révolutionnaire à Nantes. Pourquoi? Je n'en sais rien. Les enfants vont toujours aux énormités. Un jour, j'interrogeai ma grand'mère sur Carrier, l'homme effroyable. Ma grand'mère avait porté la cocarde au bonnet, comme toutes les femmes d'alors, et elle aimait à rappeler que cela lui allait fort bien.

— Tu as vu quelquefois Carrier, grand'mère?

— Si j'ai vu monsieur Carrier? je le crois bien! C'était un fort bel homme; il me saluait toujours lorsqu'il me rencontrait.

Mon grand-père, lui, qui avait été maître de poste, parlait plus irrévérencieusement de l'homme des noyades. Il lui gardait une dent; voici à quelle occasion.

Une après-dinée, mon grand-père menait boire quelques-uns de ses chevaux à la Loire. Un individu se trouvait sur le passage qui conduisait à la berge.

— Veux-tu te ranger! lui cria mon grand-père.

L'individu, qui était Carrier, ne parut pas avoir entendu, car il ne se dérangea pas.

Mon grand-père n'était pas patient.

— Attends ! attends ! je vais te faire bouger! dit-il en descendant de ses chevaux.

Et se dirigeant vers le quidam, il lui détacha un grand coup' de fouet à travers les jambes.

Carrier sauta, en poussant un juron. Quelques personnes qui le connaissaient accoururent vers lui.

— Empoignez-moi cet animal ! dit-il en désignant le maître de poste.

L'ordre fut immédiatement exécuté.

On emmena mon grand-père à la prison du Bouflày,

Vous le voyez déjà guillotiné! Non. Il en fut quitte pour quinze jours de cachot.

N'importe, il ne cessa pendant toute sa vie de se plaindre amèrement et de maugréer contre l'infâme Carrier.

C'est ce Nantes-là, le vieux Nantes, que votre petit livre m'a rappelé, mon cher compatriote; le Nantes populaire des ponts, du Pilori, de la rue du Petit-Bacchus , du Bois-Tortu, du Pas-Périlleux, delà Casserie; le Nantes des maisons disparues, de la maison des Enfants- Nantais (Donatien et Rogatien), du Marchaix, de l'Arche-Sèche, de la Tour-de-Sauvetout, des Hauts-Pavés, de Saint-Similien, de la rue Moquechien, du quartier du Roi-Baco : le Nantes plus pittoresque qu'on ne s'en doute, et qui parle journellement encore la langue de votre dictionnaire.

Vous avez fait œuvre pie en recueillant de Barbin à Trentcmoult, de la Ville-cn-Bois à Richebourg, du quai Moncuusu au Port-Communeau, à la Petite-Hollande et partout, aux Salorges, à la place Bretagne et à la place Viarmes, des Dervalières aux Douves-Saint-Nicolas, en recueillant, dis-je, ces humbles vocables, sans famille, sans étymologie, enfants perdus de la parole et de la tradition, et qui, sans vous, auraient lini par s'en aller insensiblement au grand égout de l'oubli.

Grâce à vous, et en dépit des splendides maisons neuves dont notre ville natale s'embellit chaque jour, il sera possible de reconstituer l'histoire de Nantes intime, et même d'y ajouter quelques types de la rue, comme ceux des deux sœurs Amaduu, par exemple, ces ligures excentriques, si connues du peuple, qui pinçaient inconsciemment de la guitare, habillées de toutes sortes de haillons et de rubans prétentieux ramassés au hasard dans le ruisseau, si sympathiques et si respectées même des polissons, ces demoiselles Amadou dont vous avez si bien fait de consacrer les traits bizarres et légendaires.

Merci donc, au nom des Nantais épris de leur berceau, comme ils le sont presque tous d'ailleurs. J'ajouterai deux mots à vos renseignements si précieux. Ce serait mal me connaître, et ce serait même ne pas me connaître du tout, que de croire que je n'aurai pas une mention pour la nourriture bretonne. Elle a son caractère particulier, je parle surtout de la nourriture plébéienne; je parle des galettes de blé noir, débrassées avec du lait, finement dentelées, bien beurrées; je parle des caillebottes, blanches et frissonnantes, enfermées dans de

jolis pots de grès ; je parle des fouaces vantées par Rabelais : c avec du raisin, c'est un délicieux mangier, » a écrit l'illustre maître es gueule.

Je m'arrête, car je pourrais laisser courir ma plume jusqu'à demain sur un tel sujet...

Après cette lettre à un compatriote, il faut citer encore les lignes suivantes que j'extrais des Promenades d'un homme de lettres, et qui se rapportent également aux premières années de l'auteur :

Au risque de passer pour un être fabuleusement vieux, — et par ainsi de me nuire auprès de mes lectrices, — je dirai que j'ai vu Cambronne.

11 va sans dire que j'étais bien enfant. C'était à Nantes, quelques années après 1830, sur le cours Saint-Pierre, où l'illustre général passait une revue. — Le cours Saint-Pierre, planté d'arbres, est une des plus belles promenades de Nantes : d'un côté, il borde les bâtitiments de la cathédrale ; de l'autre, la façade du collège des Oratoriens, où Fouché professa, avant d'aller professer à la Convention. A l'une de ses extrémités s'élève une colonne érigée à Louis XVI.

La revue à laquelle il me fut donné d'assister ayant lieu un dimanche avait attiré une grande partie de la population. Mes parents m'avaient placé au premier rang de la foule. Je pus donc examiner Cambronne tout à mon aise. Le souvenir que j'en ai gardé est celui d'un homme ford laid...

Charles Monselet quitta Nantes en 1834, — M. Monselet père ayant cédé à cette époque son cabinet de lecture de la place Graslin pour venir s'établir à Bordeaux.

Ce n'est qu'en 1852 que, tourmenté du désir de revoir sa ville natale et aussi une partie de sa famille demeurée là-bas, attachée au sol, notre Breton reprit le chemin de son berceau : son premier soin fut de courir à la place Graslin.

Je détache quelques lignes d'une lettre de mon père adressée à ses parents et datée de cette époque (24 avril 1852) :

Charles Monselet était déjà parvenu à une certaine notoriété littéraire :

... Il faut que je vous dise que j'ai noué connaissance avec votre successeur Planson. Je lui ai dit que j'étais le fils de mon père ; il m'a reçu assez poliment et m'a dit qu'il me connaissait par mes ouvrages. Une fois ces préliminaires terminés, je lui ai bouleversé sa bibliothèque pendant plus de deux heures; c'était là que je voulais en venir, car je tenais à revoir la plupart des livres que j'ai tant feuilletés autrefois. J'ai monté à réchelle et fouillé dans les plus obscurs rayons; vous jugez de la poussière que j'ai soulevée; Planson n'avait pas l'air très content... La majorité des lfvres est toujours à sa place habituelle, tels que le répertoire des mélodrames, les petits romans, etc.. Enfin, lorsque ma curiosité a été bien satisfaite, j'ai tiré de ma poche trois sous que j'ai gravement donnés à Planson. Ainsi s'est terminée cette première et mémorable visite...

Malgré tout le plaisir que j'éprouve à rester dans ma ville natale, parmi mes bons grands-parents, mes occupations me forceront de partir la semaine prochaine; j'aurai demeuré quinze jours à Nantes... J'espère en remporter quelque ouvrage, et ne pas avoir ainsi perdu tout à fait mon temps, financièrement parlant...

Depuis lors, Charles Monselet revint fréquemment à Nantes : il parcourut aussi la Bretagne en tous sens, et Ton retrouve dans plusieurs de ses volumes de nombreuses pages consacrées à cette province qu'il aimait tant.

Si Charles Monselet est Breton, s'il prend soin de le rappeler en maintes circonstances, il tend aussi à le prouver et ne laisse échapper aucune occasion d'exalter un Breton.

Le premier auquel il s'attache dans ses écrits est Chateaubriand.

« Depuis longtemps, nous désirions parler de M. de Chateaubriand, un de ces grands cœurs qui rehaussent les lettres et font que le plus humble d'entre les écrivains en marche plus fermement dans l'orgueil de sa profession... »

Ainsi débute la préface des Mémoires d y outre-tombe. Charles Monselet, heureux de l'occasion qui lui est offerte de célébrer un compatriote et fier également de l'honneur qui lui est réservé, ne marchande pas l'éloge à son modèle, encore que la critique n'y perde pas complètement ses droits. Mais, après qu'il a bien analysé l'œuvre et l'ouvrier, il s'arrête une dernière fois au pied de ce rocher du Grand-Bé où sommeille pour l'éternité l'auteur des Martyrs. Alors, se baissant, il cueille, comme des fleurs préférées, ces strophes de Chateaubriand si connues et tant de fois répétées, adressées comme un souvenir d'exil à cette Bretagne bien-aimée, comme un hommage à la terre patrie :

Combien j'ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissance,

Ma sœur, Qu'ils étaient beaux ces jours de France !

N'est-ce pas le Breton qui reparaît? N'y a-t-il pas là

comme une communion d'esprit — de deux esprits attachés au même sol?

Plus tard, il réhabilite — ou tente à réhabiliter Fréron, l'illustre critique, l'ennemi de Voltaire — Fréron, un Breton de Quimper !

Cette fois, ce n'est plus la valeur d'une préface qu'il accorde à son sujet, mais un volume entier, étude des plus sincères.

t . . . Quimper a le droit de se montrer fière de Fréron, affirmet-il encore ailleurs 1 . C'est de Quimper qu'il est parti pour cette longue et implacable croisade contre les philosophes, qui a duré plus de trente années. Il ne fallait pas moins qu'un Breton pour cette lutte prodigieuse avec Voltaire, lutte qui eut toute l'Europe pour spectatrice et où l'avantage et l'honneur ne furent pas toujours du côté du géant de Ferney. »

Mais Fréron n'est pas le seul antagoniste de Voltaire dans cette Bretagne religieuse du siècle dernier.

« ... Il se trouva un homme du xvin siècle, habitant d'un humble bourg breton, qui eut l'adresse de mystifier Voltaire. C'était un poète d'un ordre secondaire, nommé Maillard Desforges. Il est à remarquer — ajoute Charles Monselet — que ce sont deux Bretons, Fréron, de Quimper, et Desforges, du Croisic, qui ont porté à Voltaire les coups les plus sensibles. »

Lorsque enfin il s'agit d'élever une statue à Lamennais, Charles Monselet prend encore la plume et trace les lignes suivantes :

«... C'est une idée qui fait honneur à la Bretagne libérale. Lamennais est un des plus grands écrivains du xix° siècle — et de tous les siècles. Il fut l'apôtre de la pensée libre et l'un des plus ardents défenseurs des droits des peuples. Il combattit,

' De Montmartre à Scville. Paris, 1865.

souffrit pour ces deux causes qui se confondent en une seule. On le persécuta, on le condamna, on l'emprisonna, on le calomnia surtout. Aucun genre d'outrage ne lui fut épargné pendant sa vie. Cela vaut bien une statue après sa mort... » Puis, ramenant son héros au lieu de sa naissance, il ajoute : « Lamennais aimait son berceau d'un amour profond, il y est sans cesse revenu, et, par son caractère, ses habitudes, ses qualités et ses défauts, il doit être considéré comme une des expressions les plus complètes du Breton bretonnant. »

Ainsi ridée du sol, de la province, reste la note dominante de Charles Monselet dans ses écrits sur la Bretagne et les Bretons.

Mais où son admiration ne connaît plus de bornes, c'est lorsqu'il parle de Brizeux, ce doux poète : on dirait qu'il a appris à lire dans son magnifique poème des Bretons; des strophes entières sont restées gravées dans sa mémoire. Il les cite en plus d'un endroit :

... peuples de Corré, Vaillants hommes de Scaër, Loc-Ronan, Plou-Àré, Vous n'avez rien perdu des anciennes coutumes ; Nos pères reconnaîtraient leurs fils à leurs costumes : Vous la portez encor, la braie aux plis flottants, Et vos grands cheveux bruns, longs depuis trois mille ans!...

Et Charles Monselet s'éprend de l'auteur de Marie au point de calquer son modèle dans un gracieux poème : Marie et Ferdinand, écrit à l'heure de ses débuts, dans sa dix-septième année.

Chateaubriand, Fréron, Lamennais, Brizeux ! Il semble qu'on retrouve comme le reflet de chacun d'eux dans la personne de leur biographe.

Ne rencontre-t-on pas en Monselet un peu de cette petite noblesse du xviii siècle dont Chateaubriand fut un des derniers rejetons littéraires ? Il y a du petit marquis dans

la figure poupine de l'écrivain, comme il y a du talon rouge dans son style léger. La caricature ne l'a-t-elle pas représenté d ailleurs en culotte courte, 1 epée en verrouii et des boucles d'argent aux souliers? Mais il y a du prêtre aussi, ou mieux de l'abbé, dans la personne deMonselet. Petit marquis, petit abbé, le collet et le rabat faisaient bon ménage à la cour du Régent. Ombre de Lamennais, vous llottez vaguement autour du penseur et de Térudit.

Fréron, le critique acerbe, parfois cruel, aura servi de modèle à un autre critique plus adouci, non moins curieux, chez qui la sévérité aura fait place à la malice. Où Fréron rompait des lances, Monselet ne brise plus que les flèches de M. de Cupidon. Le maître journaliste du siècle de Voltaire n'a-t-il pas déteint quelque peu sur le spirituel chroniqueur de notre époque?

Mais c'est encore à Brizeux que Charles Monselet emprunte le plus de ressemblance : — même caractère tranquille et doux, môme bonté d'àme, même sérénité de conscience, même poésie, même harmonie, — et Ton est presque tenté d'ajouter : même pauvreté.

Et tous ces reflets de l'un et de l'autre ont composé un quelqu'un, peut-être dépourvu d'une réelle originalité pour avoir trop emprunté à ces différents maîtres, peut-être trop amoureux du passé vers lequel il a constamment tourné les yeux, pour tenir un premier rang dans notre siècle; mais Charles Monselet, ne diU-il figurer qu'au second plan pour la postérité, restera un petit-maître du xix r siècle, qu'on ressuscitera comme il a ressuscité lui-même tant de ses devanciers..

Selon sa coutume, Charles Monselet ne s'arrête pas seulement à saluer les gloires incontestées de la Bretagne, il va encore au-devant des humbles et des oubliés.

« En allant inaugurer la statue de Victor Massé, à Lorient, écrivait-il en ces derniers temps, j'ai voulu saluer la statue

de Bisson, cet intrépide marin qui fit sauter son brick tout chargé de pirates. » Et il ajoute encore : « Bisson était Breton. Oh ! les bonnes et dures têtes ! »

Ailleurs, il consacre un feuilleton à Hyacinthe Dorvo, une figure originale qui a sa place marquée dans la littérature dramatique de la Révolution — triste époque d'ailleurs pour la littérature. Dorvo est principalement connu pour être l'auteur des Envieux, cinq actes en vers représentés avec succès sur la scène de l'Odéon, le 28 ventôse an VII. Le soir même de cette représentation, quelques heures après la sortie du public, « ce magnifique théâtre devenait la proie d'un incendie, allumé par une main inconnue. Dorvo en pàtit comme les acteurs ; l'Envieux n'eut jamais de seconde représentation >. A ce titre seul, le nom de cet auteur malchanceux méritait d'être conservé ; sa qualité de Breton le désigna en outre à Charles Monselet, qui n'eut garde de le laisser disparaître sans prononcer au moins son oraison funèbre. (Messager de l'Assemblée, n° du 14 mars 1851.)

11 est une figure plus curieuse que Monselet ne pouvait manquer de mettre en lumière, — je veux parler de Charette, le général des guerres de la Vendée. Déjà, en préparant son Histoire anecdotique du Tribunal révolutionnaire, Monselet avait dû reucontrer maintes fois sur ses pas cette terrible silhouette du héros de la chouannerie, mais ce n'est pourtant qu'en 1883, à propos d'un tableau de M. Le Blant, exposé au Salon (l'Exécution de Charette), que le chroniqueur entreprit le portrait de ce redoutable chef de partisans, qui n'est pas le moins curieux de ses compatriotes, — car Charette, qualifié de Vendéen, est originaire de Couffé, un bourg de la Loire-Inférieure, situé près d'Ancenis.

Charles Monselet a pu d'ailleurs recueillir des souvenirs de auditu; il écrit en effet ces lignes :

« L'entrée de Charette à Nantes est un de ces événements dont on parle encore dans les vieilles familles. »

Me voici arrêté cette fois devant une plus douce image, au souvenir de laquelle plusieurs lignes sont encore nécessaires; il s'agit de M ,,c Trébuchet, native de Nantes, qui devint la mère de Victor Hugo.

La longue et intéressante liaison de Monselet avec Victor Hugo, l'état d'intimité qui en était résulté, la haute estime dans laquelle le maître voulait bien tenir le disciple, devaient naturellement porter mon père, dont l'esprit s'attachait plus particulièrement aux petits côtés de la chronique, à rechercher les traces du passage de Victor Hugo enfant à Nantes. Ce fut encore là prétexte à une page délicate qui eut le don de toucher le cœur du poète et attira au chroniqueur de nouvelles assurances de sa profonde et constante amitié :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des Dieux,

assure le proverbe ; toujours est-il que Charles Monselet put s'en glorifier et ce fut surtout pour lui une grande consolation que cette estime particulière du maître.

Mais il n'est môme pas besoin d'être Breton, il suffît d'avoir parlé avec admiration de la Bretagne ou seulement d'avoir posé le pied sur son sol pour être désormais sacré aux yeux de Charles Monselet. Faiblesse d'un homme d'esprit, dirat-on peut-être en souriant, mais qui prouve néanmoins un attachement sincère à la terre natale.

C'est ainsi qu'il parle de Balzac :

« Je serais mal venu à tenter une description de Guérande après les trente ou quarante pages superbes que Balzac y a consacrées au début de son roman : Béatrix ou les Amours forcés. On ne s'approprie pas une contrée, un peuple, une architecture avec plus de puissance et de couleur. »

Et plus loin :

« Ce n'est pas seulement à Guérande que Balzac a marqué sa trace; le matin, j'avais passé en bateau à vapeur devant le village de la Basse-Indre, dont il est tant parlé dans Mercadet. La Loire-Inférieure a été deux fois heureuse au grand écrivain. »

Il relate encore autre part le passage de Stendhal à Nantes, en 1838, mais il s'arrête surtout complaisamment, dans ses Oubliés et Dédaignés, sur le poète Choudard-Desforges, qui tint longtemps l'emploi de jeune premier au Grand-Théâtre et qui se maria à Nantes.

Nantes, Le Croisic, Saint-Malo, Diuan, Saint-Thégonnec, Landerneau, Quimper-Corentin, etc., Monselet a parcouru en tous sens cette Bretagne qu'il chante sans cesse.

Rien ne lui échappe :

« Alfred de Musset, écrit-il en parlant du Croisic, affectionnait ce coin de l'Océan et y est venu souvent. Peut-être y a-t-il pris ce nom de Croisilles donné au héros d'une de ses plus spirituelles nouvelles... »

Enfin, après s'être fait en quelque sorte l'historiographe des hommes célèbres que la Bretagne a vu naître et aussi qu'elle a vu passer, il fréquente chez les nouveaux, à l'heure où ceux-ci vont se resserrer et se grouper, pour mieux défendre l'idée du 9ol natal. N'est-il pas, en effet, un des promoteurs de ces Sociétés littéraires de Bretons, qui comptent parmi leurs illustrations, Renan, cet admirable philosophe, et Jules Simon, ce merveilleux maître de morale. Monselet en profite encore pour pousser à des voyages et des concours littéraires qui serviront, dans sa pensée, à évoquer d'heureux souvenirs et à rappeler à toutes les mémoires des noms sacrés et justement réputés.

Pour être un des derniers ouvrages de Charles Monselet, celui-là n'est pas le moins estimé de ses contemporains — j'entends surtout de ses compatriotes.

M. Monselet père, que l'amour des livres entraîna de bonne heure vers la librairie, avait fondé au début un cabinet de lecture à Bordeaux : c'était alors un tout jeune homme revenant du camp de Boulogne après avoir fait partie des équipages de la flotte. Son premier passage à Bordeaux fut d'assez courte durée; notre libraire émigra bientôt à Nantes, sa ville natale, où il épousa, en 1824, M lle Hortense Smets.

En 1834, M. Monselet abandonnait de nouveau son salon littéraire de la place Graslin pour revenir se fixer à Bordeaux, où il établit cette fois un dépôt de beurre de Bretagne sur les allées de Tourny. — Cuisine et littérature mêlées ! — C'est à cette école-là que ne pouvait manquer de s'éveiller en l'esprit du jeune Charles l'amour des belles-lettres... et aussi des belles sauces.

Dans l'intervalle, en 1831, un autre garçon était né, Prosper Monselet, dont mon père fut le parrain : une certaine conformité d'idées et de vues devait resserrer par la suite les liens de cette fraternité.

A Bordeaux, Charles Monselet entra à l'institution Benoit, rue de Gourgues,n°19,oùil se lia dès le premier jour avec un jeune homme qui devait plus tard être son premier collaborateur et rester, jusqu'à l'heure de sa mort, un de ses plus fidèles amis : j'ai nommé M. Gabriel Richard Lesclide, bien connu pour avoir été, dans ces dernières années, le secrétaire particulier de Victor Hugo. M. Richard Lesclide est aujourd'hui attaché à la direction des moulages, au musée du Louvre.

Je me hâte, toutes les fois que l'occasion s'en présente, de

passer la plume à mou père, lui laissant le soiu de conter les menus faits de son existence : Voici, en eflet, quelques souvenirs personnels qu'il s'est plu à évoquer sur ses premières années d'étude :

« 11 m'est resté une impression très vive, très nette de mes années de pension.

» 11 me suffit d'évoquer une date de ce temps -là pour voir se dérouler aussitôt toute une série d'événements et toute une galerie d'individus. Je remets des noms sur des visages et des visages sur des noms.

» Des détails infimes se représentent à moi : la casquette de celui-ci, le pantalon de celui-là. — Je revois la haute et longue salle d'études, l'estrade du professeur, le tableau noir, mon pupitre, mon encrier de liège, tailladé de coups de canif, mes cahiers décousus et recroquevillés, mes livres barbouillés de bonshommes à la plume. — J'entends le bourdonnement monotone des leçons apprises la tête entre les mains.

» Et tout cela comme si c'était hier.

» C'est à la pension que la vocation littéraire est venue me trouver, et non pas me surprendre. Cette pension était à Bordeaux, rue de Gourgues, dans l'ancien hôtel du président de ce nom.

» La fenêtre auprès de laquelle mon pupitre était placé, à un premier étage, donnait sur une vaste cour plantée d'arbres centenaires, — de beaux tilleuls qui secouaient au vent la poudre d'or de leurs fleurs. Entre ces arbres, de distance en distance, des bancs de pierre d'une forme massive et verdis à leur base. Le fond de la cour se relevait en une terrasse, haute de quelques marches seulement et bordée d'un élégant balustre de marbre, mutilé en quelques parties. — Par-dessus les arbres, j'apercevais une* large nappe de ciel.

» Que de distractions m'a procurées cette fenêtre, surtout lorsque la chaleur de la saison obligeait à la tenir ouverte!

Combien de fois ma pensée et mes yeux, se détachant du livre, ont voyagé dans le ciel et erré dans ces nuages ! Ce que j'écoutais si attentivement à travers la parole du professeur, c'était la voix du feuillage, le chant des oiseaux, la note d'une cloche d'église, — l'église Saint-Paul ou l'église Saint-Éloi. Tout cela m'arrivait par cette fenêtre qui a été longtemps pour moi tout un monde, le monde des rêveries.

» Je me souviendrai éternellement d'un violon qui m'a fait passer des heures enchantées, pleines à la fois de charme et d'oppression. — C'était un musicien qui venait deux fois par semaine donner leçon à un élève. La leçon avait lieu dans une petite chambre ouvrant, elle aussi, sur la cour...

» La terrasse occupait également mon imagination . — J'avais entendu dire que la maison et ses dépendances avaient appartenu à une famille noble du dernier siècle. Il n'était donc pas impossible que cette terrasse eut servi de théâtre en plein air à quelque société de ce temps-là...

» C'en était assez pour communiquer la fièvre à mon jeune cerveau ; je repeuplais cette terrasse de personnages en habits de soie, de marquises à éventail, d'abbés à petit manteau, de chevaliers poudrés. Caché derrière un grand vase de fleurs, j'assistais ù la représentation d'un proverbe du meilleur faiseur... Et ma version ou mon thème n'avançait guère, on le devine, pendant toutes ces songeries.

» ma fenêtre de pension ! que de bonheur tu as contenu à cette époque î »

C'est à la pension que la vocation littéraire est venue me trouver, écrit Charles Monselet : c'est de la pension, en effet, que sont datés ses premiers vers ; ajoutons qu'ils étaient écrits de cette écriture merveilleuse dont l'écrivain fut toujours très fier — fierté bien excusable — et qui arracha à Arsène Houssaye cette exclamation : c Dieu, la belle copie î » lorsque mon père apporta son premier article au journal V Artiste.

Un Bordelais célèbre à l'époque dans les fastes de la littérature bordelaise, M. Jehan Saint-Rieul-Dupouy, publia, en 1839, dans le Mémorial bordelais, les premières rimes de Charles Monselet, en les faisant précéder des quelques lignes suivantes :

Page 1