‹ Charles-Nicolas Cochin, graveur et dessinateur, 1715-1790Chapitre 7 sur 52 · CHARLES-NICOLAS COCHIN SI · texte numérisé non relu

CHARLES-NICOLAS COCHIN SI

n’en demeura pas embarrassé. Nous ne suivrons pas le détail de ces attaques et de ces ripostes, aujourd’hui sans intérêt, dans la Gazette littéraire, l’Observateur httéraire, l’ Année littéraire, etc. Mentionnons seulement deux opuscules satiriques de Cochin, dont l’un offre un intérêt de singularité, à cause de dix caricatures à l’eau-forte que l’auteur a semées dans sa prose, et dont l’autre donne un échantillon de la manière de Vadé appliquée à la critique d’art. Les Misotechmites aux enfers, ou Examen des « Observations sur les arts, par une société d’amateurs (1) », sont une vengeance personnelle dirigée, paraît-il, en partie contre Lafont de Saint- Yenne et Falconet qui lui soufflait ses articles (2) (une eau-forte représente cette idée en action), en partie contre M. de Lagarde, qui avait chanté pouilles à Cochin et l’avait appelé « l’artiste épistolaire ». Lafont et Falconet sont persiflés; et M. de Lagarde, transformé en Phylakei, devient la victime de son bourreau Ardélion, qui le traîne devant Minos et Éaque, où il est condamné à faire amende à la porte du Temple du Goût. Quant à la Réponse de M. Férôme, räâpeur de tabac, à M. Raphaël, peintre de l Académie de Saint-Luc, etc., c’est une réponse poissarde faite à une critique poissarde du Salon de 1769. Cochin nous donne ici la note d’un temps et d’une société, et il ne manque pas même à cet artiste courtisan, pour être un échantillon complet de son siècle, d’avoir fait ses preuves d’écrivain dans le style de la Pipe cassée (3).

Mais cette poissarderie n’est qu’à la surface, et n’est chez Cochin qu’un moyen d’exception, dont au surplus il ne faut point s’étonner. Car le style «€ fort en gueule » fut un instant à la mode, même dans les salons, où la haute société jouait parfois à s’encanailler. Et sûrement la galerie s’amusa de M. Jérôme, râpeur de tabac, et de ses propos pleins de sens. Il fallait

(1) Avec gravures, in-12, 1763. Réponse à l’Observateur littéraire,

(2) Voir Thomas ARNAULDET, articles Estampes satiriques sur l’art au xvirI° siècle, dans Gazette des Beaux-Arts, 1859.

(3) Titres exacts des deux brochures : Lettres sur les peintures, gravures et sculptures qui ont été exposées cette année au Louvre par M. Raphaël, peintre de l Académie de Saint-Luc, entrepreneur général des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, à M. Jérôme, son ami, répeur de tabac et ribotteur, septembre 1769.

Réponse de M. Jérôme, râpeur de tabac, à M. Raphaël, peintre de l’ Académie de Saint-Luc, etc.

rendre la rocaille définitivement ridicule. Cochin, s’il n’y travailla pas seul, y réussit en tout cas plus qu’un autre. Et l’on peut dire que la rocaille ne s’est pas relevée de ses nasardes, quoique çà et là il lui ait encore donné de légers gages, tout au moins par habitude, sinon par fidélité.

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