PREFACE IX
Car tel est le chef d'accusation sur lequel on insiste avec complaisance : de même qu'il a exalté, déifié le mo/, l'individu nerveux et sensible, — légitimant, envers et contre tout, ses humeurs, ses caprices et ses passions^ — le romantisme a exalté, déifié le mot, qui désormais s'impose en maître à la pensée même. Ainsi, « le style, cet élan de l'ordre intérieur, est dominé par la sollicitation du vocabulaire'. » Nodier, qui n'avait pu voir le culte du mot en soi, des syllabes « espèces matérielles », développer ses extrêmes conséquences, les avait, du moins, pressenties, et, à la manière dont il signale ce défi à la raison qu'est la souveraineté d'un élément tout physique, il semble qu'il ait deviné les excès de nos tachistes littéraires -. C'est qu'un instinct triomphe en lui, mieux que cela, un sentiment de l'ordre, de la hiérarchie nécessaire, qu'il professera nettement en politique.
Et puis, un préservatif suprême le sauverait, au besoin: le goût. Ce « bon ange », qui veille au chevet dételle néo-romantique éprise de complications et de singularités % ce bon ange garde aussi Nodier. Il lui inspire, pour les « honnêtes
1. Charles Maurras, l'Avenir de l'Intelligence, pp. 235, 236.
2. Le mot est encore de M. Charles Maurras. (^L'Avenir de l'Intelligence.)