‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 9 sur 163 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

glige ces précautions, exhibe sa vraie cocarde. Le voilà qui, à la place même où écrivait Geoffroy, loue Gœthe, Shakespeare, hasarde l'apologie du mélodrame.

Mais, en dépit de son passé et de son penchant, quelque chose, au bel âge de son talent, tempère et assagit Nodier, au point qu'il trempe dans une encre classique la plume qui écrivit le Peintre de Salzhourg et les Tablettes d'un suicidé. Ce romantique a la convenance, la mesure, la justesse, l'élégance légère, sans l'artifice des orfèvreries et verroteries voyantes. A ceux qui recherchent la parure barbare du mot joyau, du mot breloque ou pendeloque, — travers proprement romantique, — il sait, à l'occasion, dire leur fait. Sans contester la < poésie intime et virtuelle » de certains vocables qui « éveillent au fond de la pensée un sentiment ou une image », il professe que cette vertu propre à tels mots ne doit compter que comme « très secondaire ». Seuls, à son estime, les écrivains sans génie s'étudient à mettre en valeur, pour elle-même, l'expression, qui vaut par la pensée qu'elle revêt ^

N'est-ce pas là de quoi désarmer les esprits sévères qui, dans le romantisme, condamnent la « promotion du mot » presque autant que la promotion du moi?

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