Théophile Gautier, Portraits contemporains
coula poiat. Ni coup de poignard, ni coup d'espingole. Sa voiture fut arrêtée, le contenu de sa valise renversé pêle-mêle sur le chemin, son argent pris. A vrai dire, il n'en avait guère. Il écrivit sans tristesse à Nodier le désastre de son bagage ; « Rassurez-vous,mon ami, tout est pour le mieux... car si mes peignes n'ont plus de dents, mes rasoirs en ont beaucoup '... »
Car vous aviez encor la simple robe blanche,
Le collier noir qu'au bal vous mettiez le dimanche ;
Le piano réveillé se plaignait à vos doigts.
Et nous étions ravis ; — c'était comme autrefois.
Ces vers ' feraient une épigraphe au portrait de Marie Nodier, dessiné par Deveria. Il nous a été permis d'admirer ce joli crayon chez M"" Thècle Mennessier-Nodier. Sous les coques flottantes et bouffantes en honneur au temps de Louis-Philippe, la fille de Nodier sourit ; un mince velours noir s'ajuste à son cou, tandis que ballonnent les manches à gigot de sa « simple robe blanche ». L'artiste a laissé de la même gracieuse figure une autre interprétation : encore un portrait à la mine de plomb, mais très fantai-
1. Cité, dans Charles Nodier, par M"" Mcnnessier-Nodier, p. 288. Notons que Dauzats illustra en partie le Journal de l'expédition des Portes de fer, rédigé par Nodier.