‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 105 sur 163 · Maurice de Guérin, Journal et Lettres, p · texte numérisé non relu

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3. Le romantisme de cette phrase a été souligné par M.Henry Brémond dans un délicieux article sur Gerbet (l'Occident, octobre 1906, p. 270). — Pour le portrait physique et moral de Gerbet, voir (pp. 6-8) le livre pénétrant de M. Brémond: Gerbet, Textes et Études.

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sur le beau avec Joseph Droz. Bisontin, ex-professeur d' « éloquence » à l'Ecole centrale du Doubs, Joseph Droz avait retrouvé à Paris son élève Charles Nodier. Evadé de la rhétorique pour entrer dans les « droits réunis », il avait, à temps perdu, assez écrit pour devenir deux fois académicien. Ses travaux manifestent des aptitudes fort diverses. Il était en mesure de soutenir la conversation avec les économistes aussi bien qu'avec les littérateurs, les philosophes ou les esthéticiens.

Ballanche non plus n'était dépaysé ni parmi les uns ni parmi les autres. Il faisait quelquefois infidélité à l'Abbaye-au-Bois pour passer la soirée avec Nodier, qui avait en lui un ami de cœur. Leurs relations remontaient loin, au commencement du siècle. Dès 1803, la préface des Tristes avait exalté le mystique Lyonnais qui, avant même Chateaubriand, sonna, en France, le réveil religieux. Dix ans après, Nodier louait ÏAntigone de Ballanche, et quand, à son retour d'Illyrie, vers la fin de l'Empire, il vint, avec sa femme, chercher fortune à Paris, il eut dans l'ami de M"" Récamier un conseil et un appui. Ballanche fut l'un des familiers du jeune ménage. Témoin cet incident que raconte M"" Mennessier-Nodier. Son père, à l'occasion de la brochure intitulée ; Z^es Exilés, fut attaqué grossièrement par un anonyme. Il découvrit l'insulteur, lui demanda raison, et, en attendant la

réponse, mit ordre à ses affaires. Rétractation lui étant refusée, il était à la veille du jour fixé pour la rencontre, quand il reçut, à table, une lettre « pressée », qui lui accordait de complètes excuses. Or il ne put, en la lisant, retenir une exclamation :

— Est-il assez sot, cet animal-là! Il est cause que j'ai écrit hier à Ballanche une épître qui devient tout à fait ridicule.

— De quoi donc s'agit-il? interrogea M™' Nodier, qui ignorait tout ; — et que pouvais-tu donc bien raconter à Ballanche ?

— Tu n'es pas au courant... mais tu vas comprendre tout de suite. Au cas où ce monsieur qui renonce à me tuer, à ce qu'il paraît, n'aurait rien changé à ses premières intentions, je priais Ballanche de se charger de toi et de Marie...

Lorsque, en 1818, avait paru VEssai sur les institutions sociales, Ballanche avait trouvé son ami empressé à signaler cette nouvelle œuvre*. Bien plus tard, candidat à l'Académie française, le sociologue religieux escomptait la voix de Nodier et le disait du ton de certitude que donne le sentiment d'une affection sûre. Il l'écrivait à M"" Mennessier, — qu'il appelait « madame

1. Quel prix il attachait au suffrage de ce critique ami, nous en avons la preuve dans ce court billet :

« Si l'on pouvait savoir combien je désire de voir paraître votre second article sur les Institutions, on aurait un peu pitié de moi, et on abrégerait le temps d'épreuve. »

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et bien chère amie, et par droit de conquête et par droit de naissance » :

Depuis un an, ma santé est prodig-ieusement altérée. J'ai passé une partie de ce temps au lit, et une autre partie dans ma chambre. Voilà ce qui m'a empêché d'aller vous voir.

Je suis désolé que mon ami Nodier, votre père si aimé, si justement aimé par moi, soit souffrant au point oià vous me le dites.

Malgré mon état de souffrance actuelle, je commence mon cours de visites; il le faut bien puisque j'ai la ferme volonté de ne rien négliger, cette fois-ci, pour triompher, si je puis.

J'avoue que la confiance que j'ai en l'ancienne amitié, en l'amitié éprouvée de Nodier, m'aurait porté à retarder, pour lui seulement, une visite qui lui est due à tant de titres; mais je n'irai pas voir l'académicien, j'irai visiter l'ami souffrant.

C'était en 1841. Peu d'années après, le salon de l'Arsenal allait se fermer. De sa voix lente et douce, Ballanche y avait plus d'une fois épanché son mysticisme distrait, et, a-t-on dit, aimable « par une distraction de plus ^ ». En ce temps de renaissance catholique et poétique, ce penseur suave savait, parmi une élite d'hommes et de femmes, à qui se communiquer. On imagine que sa simplicité provinciale, lui était, dans ce cercle, une distinction de plus, et même une

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