Emile Faguet, Politiques et Moralistes, 2' série
singularité saillante comme la dissymétrie de son visage, ravagé par le fer du chirurgien.
Là peut-être aperçut-il pour la première fois une femme qu'il devait rencontrer plus tard chez M"" Récamier, et avoir pour toute proche voisine, rue de Sèvres. Avant d'ouvrir son salon, à elle, Louise Colet offrit, dans les salons des autres, à des hommages qui ne manquèrent pas, son esprit et son éclat de fleur des Alpines. M"* Nodier lui montrait cependant assez froid visage ', et nous ignorons si elle affronta souvent cet accueil.
En tête des amies de l'Arsenal, il faut placer Adèle Hugo, dont la beauté était fort célébrée. Remarquons, à ce sujet, le ton qui était de mise, avec les femmes, dans ce haut monde littéraire. A la faveur de « manières adolescentes et pastorales », on les appelait par leurs prénoms, sans plus. Comme on disait: «Victor», «Alfred», « Emile », on disait tout court, « Anna », « Aglaé »,« Marie »... Or, Jules de Rességuier, qui avait goût à la simplicité poétique de ces façons, désira en user avec la femme du poète au front olympien. « S'y prenant de son plus doux grasseyement », il demanda la permission
1. Nous parlons encore ici d'après les souvenirs de M. Charles Rossigneux.
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à Victor. Mais Victor, gravement, la refusa *. M"^ Tastu n'invitait guère par ses dehors à la familiarité. Delécluze, dans ses Souvenirs, lui prête un « air de grandeur ». C'est, à la vérité, plutôt de sa douceur qu'on s'est plu à parler : -« La douce Tastu... » On aimait encore la réserve de sa tenue, et l'on qualifiait volontiers sa personne comme son talent. « Talent pudique », disait Sainte-Beuve. Le même éloge se lisait sous la plume de Fontaney :
Tastu, se dérobant au parfum des louanges
Et voilant de son luth la pudeur de ses traits *...
On la peignait languissante aussi. Jeune, elle •avait vu « le jour s'assombrir », et elle avait <Jit sa tristesse :
Le silence du soir est proche, je le vois.
De mes pas fatigués je sens peser le nombre,
Et je ne sais quelle ombre, S'allongeant à mes pieds, grandit derrière moi.
Elle gardait néanmoins de la sérénité. Sainte- Beuve promettait une déception aux vieux lecteurs de M"" Tastu, qui, « le souvenir tout plein de sa première muse », eussent cherché le « rayon » sur son visage uni et calme. Sincérité, bonne foi, candeur, bonté, ces mots