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LE SALON DE l'aRSENAL 213
more. — ... C'est une âme pure et distinguée, qui lutte avec une tristesse paisible contre sa laborieuse destinée. »
Triste, elle l'était aussi, la malheureuse Marceline, mais sans la paix qu'elle enviait au « modèle des femmes ». Pauvre être de passion... Quelle torture fut la sienne !
J'ai tout perdu ! mon enfant par la mort,
Et dans quel temps ! mon ami par l'absence...
Dans ces réunions de la rue de Sully, où elle admirait la tranquille M""® Tastu, elle dut, maintes fois, revoir celui qui avait si fort troublé sa vie :
Ta voix me fit pâlir et mes yeux se baissèrent...
Henri de Latouche '■ avait en effet, « de la sirène dans la voix », et Marceline en sentit trop bien le charme décevant.
Elle ne portait pas seule un cœur désolé à ces rendez-vous littéraires qui se terminaient par des danses. Quelqu'un, dont elle reçut indirectement l'aveu, y venait en refoulant des larmes. Un poète a représenté l'espiègle lutin
1. Il est presque établi qu'il fut 1' « ami » inconstant qui fit verser tant de larmes à la femme poète. Un billet d'Ulric Guttinguer à Sainte-Beuve semble, à cet égard, à peu près décisif. Il a été publié par le vicomte de Spœlberch de Lovenjoul dans son Sainte-Beuve inconnu, p. 232.
d'Argail voltigeant autour des blonds cheveux de « l'illustre Delphine » et dérobant une fleur « du bouquet de son sein ». Illustre, Delphine Gay le fut de bonne heure. Disait-elle ses ver& à l'Arsenal, telle que la vit le comte d'Haussonville chez M""" de Chastenay : parée à l'antique, « les yeux levés au ciel, c'est-à-dire vers les corniches » \ donnant avec art à contempler ses bras blancs ?...
Elle chante, et devant son écharpe légère, Corinne courberait l'orgueil de son laurier...
Les attraits de cette « dixième muse » n'avaient pas laissé insensible le poète qu'on appelait « le frère des anges », qu'on nommait aussi « le poète guerrier ». x\lfred de Vigny servait encore dans la garde royale quand il vit Delphine Gay. Ils s'éprirent l'un de l'autre, elle surtout, vivement touchée. Sans l'intransigeance aristocratique de M'"^ de Vigny, ils se fussent épousés. Sophie Gay, qui avait souhaité ce mariage, écrivait à son amie Desbordes- Valmore sa déception et le chagrin de sa fille. Elle comprenait l'inclination de Delphine, le « poète guerrier » étant « le plus aimable de tous » :
Tant de talent, de grâces, joints à une bonne dose de coquetterie, ont enchanté cette âme si pure, et la poésie est venue déifier tout cela. La pauvre enfant