‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 110 sur 163 · Ces vers sontécrits de sa main dans l'album de M"' Men · texte numérisé non relu

Ces vers sontécrits de sa main dans l'album de M"' Men

Huit ans après, Louise Crombach, devenue, grâce à de hauts patronages, inspectrice de Saint-Lazare, passait en Cour d'assises, pour un crime où l'avait entraînée l'excès de sa compatissance. Cette surveillante de prison n'avaitelle pas fait évader une faussaire ? Toutes les actives démarches de Marceline, l'infatigable aumônière, dont la charité se meurtrit plus d'une fois à des grilles de cachot, ne purent la tirer de ce mauvais pas.

Nous n'avons pas encore vu tout le contenu de « l'écrin féminin» de l'Arsenal, comme disait Marie Nodier.

Nommons la comtesse O'Donnel, M""" Amédée Pichot, Deveria, Robert Fleury, Anaïs Ségalas, la duchesse d'Abrantès, qui dut exercer là comme ailleurs sa causticité ', la comtesse Adolphe de Circourt, M""" Alexandre Bixio, — une jolie Bisontine. Par elle, son mari avait connu Charles Nodier. Médecin, mais occupé de médecine moins que de toute autre chose,

nessier- Nodier.. . L'enfant qu'elle invoque devait être Emmanuel Mennessier-Nodier.

1. On sait que Napoléon l'appelait « petite peste ». Elle était collaboratrice littéraire de Charles Nodier. Elle avait entrepris avec lui, Alexandre de Laborde et le marquis de Gustine, un ouvrage intitulé : La. Péninsule, tableau pittoresque de VEspagne et du Portugal, dont il n'a paru, à la vérité, que la première livraison du tome 1", en 1835.

ami de Péreire, homme de finance et aussi de politique, Bixio, mêlé à beaucoup d'affaires, était riche de souvenirs. Au surplus, causeur animé, il apportait de l'agrément dans un salon, plus peut-être par son art d'inciter les autres à parler que par ses propres saillies, dont sa femme rabattait le sans-gêne.

Le sans-gêne n'était pas tout à fait banni de l'Arsenal. La sœur de M""' Nodier, M"° de Tercy, se faisait accepter dans ce salon en bonnet comtois haut tuyauté, un tricot à la main. A table, elle réjouissait les convives par des distributions à l'aveugle de sel et de poivre aux assiettes de ses voisins.

Parmi les rieuses de la société, il en était une fine et savante, M"" Robert. Elle signait « Philaminte » de très piquantes lettres, qui intriguaient fort leur destinaire, Nodier en personne. Deux fois, en réponse à des articles où il avait maltraité les femmes, elle lui adressa des épîtres qui étaient de vives et gaies satires de son antiféminisme, avant la naissance de ce terme barbare :

Anacréon, tu deviens vieux ! disaient les filles de la Grèce au chantre de Téos. Aimable Charles, les filles de Lutèce auraient-elles déjàdit la même chose à l'amant de Séraphine, de Clémentine, d'Amélie ?... Pourquoi cette bouderie contre les Grecques et les Romaines de la France ?

LE SALON DE l'aRSENAL 219

Elle déclarait, au reste, peu de foi en sa misogynie :

... Je ne répondrais pas de l'effet d'un petit soulier de satin noir sur l'imagination de notre bibliophile, qui n'aime la basane et le basané que sur les rayons de sa bibliothèque.

« Philaminte»,sans les ridicules du bas-bleu» Ne lui faisons pas grief d'avoir su le latin et le grec, outre l'italien et l'-anglais. Son éducation s'était faite à la cour et par les soins de Marie- Antoinette. Elle avait un fils et deux filles très belles, Fanny et Caroline, dont l'aînée était muette. Ce fut le mariage de la seconde avec M. Louis Rossigneux \ de Dole, camarade très cher de Nodier, qui mit en relations les deux familles. La muette, Fanny, était peintre de talent. Un soir, à l'Arsenal, elle crayonna le portrait de M"" Nodier. Elle reçut le lendemain,^ ce billet :

Je vous remercie, belle, chère et admirable Fanny I Jamais plaisir n'a été plus complet et plus doux que celui que m'a donné votre délicieux dessin ! Toutes les charmantes idées de la vie sont là. C'est Désirée *,. et c'est vous !

Ne regrettez pas le sens que Dieu vous a ôté, Fanny ! c'est qu'il hésitait à vous faire âme ou corps, et que

1. Père de M. Charles Rossigneux, dont nous avons utilisé les précieux renseignements pour le présent récit.

Page 1