‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 111 sur 163 · Prénom de M""' Nodier · texte numérisé non relu

Prénom de M""' Nodier

les misérables organes du vulgaire seraient une disgrâce pour les anges. La parole est si peu de chose, une expression si imparfaite de la pensée, que les malheureux qui, comme moi, sont obligés d'en faire métier ne s'en servent qu'avec dégoût, quand ils s'élèvent par l'imagination au mystère d'une pure intelligence. Et voyons ce que j'en fais avec vous I Que puis-jevous dire qui peigne mon admiration, mon enthousiasme, ma reconnaissance, ma tendresse ? Hélas, tout cela n'est rien ; tout cela n'est pas ce que je sens. Ce que je sens, cherchez-en le secret dans votre cœur. Il me traduira mieux.

Mille grâces, chère Fanny ! — Mille, cent mille, des millions autant qu'il y a de perfections en vous, de ressources dans votre esprit, d'heureuses inspirations dans votre génie ! Aimez-nous comme nous vous aimons.

Cette lettre est de 1832. Déjà commençait le déclin de l'Arsenal. L'année précédente, Marie Nodier s'était mariée. Est-il vrai pourtant qu'avec la jeune femme toute joie déserta le salon où le jeune romantisme avait si allègrement valsé ? M'"^ Ancelot exagère. Il y eut, même après le départ de Marie, de beaux soirs pour le vieil hôtel de Sully. Mais elle y laissa un grand vide. Tant de vie débordait de sa personne!... Son adolescence épanouie n'attendait pas que sa bienvenue lui « rît dans tous les yeux ». La bienvenue,

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c'était elle qui la donnait à tous, comme la glycine qui décore et parfume le seuil de la maison. Non précisément belle, mieux que jolie par ses yeux noirs parlants, sa physionomie « sortante », eût dit Saint-Simon, sa grâce éveillée et alerte:

La tête coquette et fleurie

De Marie Brille comme un bluet mêlé

Dans le blé S

Avec cela, l'esprit de son père et une culture hâtée par un milieu de littérature et d'art fait pour avancer toute éclosion. Elle était poète et musicienne. A peine éteinte la mélodie de la dernière strophe récitée, Marie, à l'âge même où elle était écolière, donnait le signal du bal :

Tachés déjà par l'écritoire.

Sur l'ivoire Ses doigts légers allaient sautant

Et chantant *.

Parfois elle ménageait à Reber, qui fit ses débuts à l'Arsenal, la surprise de l'entendre exécuter une de ses valses. Le temps vint oii elle chanta sa propre musique, adaptée à des poésies dites pour la première fois chez elle. Victor Hugo, Sainte-Beuve, Guttinguer eurent ainsi la joie de reconnaître leurs vers sur ses lèvres.

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