Cf. Article sur la Philoloçjie dans l'antiquité
la variété de ses travaux ». Nulle part mieux qu'en cet emploi de son esprit souple, il ne fut excursif, comme le définissait Edouard Grenier. Ne lui demandons pas le labeur patient du pio- «heur méthodique appliqué à creuser sa mine. Ce n'est pas lui qui s'acharnera, sans se laisser distraire, à suivre un mince filon. La veine la plus riche ne saurait le retenir. Personne jamais ne ressemble moins à ce savant de \di Renaissance qui demeura des années sur la conjonction ^wanquam *.
De tout ce qu'il a écnt en préfaces, articles, opuscules et livres, sur la technique du langage, que reste-t-il? Un des spécialistes les plus éminents de ce temps-ci, M. l'abbé Rousselot^, a bien voulu nous en dire son opinion. Si je la traduis bien, Nodier fut, en son temps, un curieux de philologie très avisé et aussi très amusé. Le nom de promeneur, que nous lui donnions tout à l'heure, lui convient à merveille. Promeneur la badine à la main, et qui se joue. Un de ses
1. Il a des aperçus, des vues. Il pi-édit, par exemple, «l'établissement d'une langue convenue comme l'algèbre, qui ne sera certainement ni souple, ni oratoire, ni poétique, mais dont la construction peut être extrêmement exacte, l'enseignement extrêmement facile et l'usage extrêmement commode dans le petit nombre d'applications auxquelles il faudra la restreindre, c'est-à-dire dans les communications les plus vulgaires de la vie. » (Mélanges d'une petite bibliothèque, LI, pp. 405, 406.) Pouvait-on mieux prophétiser l'avènement de Vesperanto?
2. Chef du laboratoire de phonétique expérimentale au Collège de France, et professeur à l'Institut catholique de Paris.
jeux préférés fut celui de l'onomatopée. M. Rousselot pense qu'il s'en exagéra l'importance, le son imitatif n'ayant qu'un rôle secondaire dans la formation des langues. Quant au reste, ce qui lui manqua surtout, ce fut de connaître les lois de la dérivation des mots. Mais il faut en accuser son époque autant que lui-même- La méthode comparative, si elle s'inaugurait en Allemagne, était ignorée en France, et l'explication historique ne s'était pas encore « substituée aux explications artificielles de l'ancienne philologie ' ». Du moins Charles Nodier avaitil cet « esprit philologique » dont on a dit que, €omme l'autre, il souffle où il veut, et même à travers la poésie. Il souffla chez lui jusque dans le conte de fées. Par exemple, à une page de la Fée aux Miellés, le lecteur est averti que le vocable herborisle est un « horrible barbarisme » . Et l'extravagant Sm'arra ne s'allonge-t-il pas d'une savante note sur le latin r/2om6«setlegrec
Enfin Nodier a des vertus fréquentes, paraîtil, chez les philologues : naïveté, bonhomie... tout en se gardant des manières pédantes qui sont leur plus habituel travers. « Bluteur » de syllabes, il avait, lui, pour les passer au tamis, une grâce jamais alourdie par aucune prétention.
1. Renan le constate dans une étude sur les Grammairiens grecs. — Poui' n'avoir pas connu cette méthode, Nodier se vit attaqué au nom de l'école historique par le baron d'Eckstein, formé aux leçons des philologues d'outre-Rhin.
Jules Janin le loue d'avoir fait de la grammaire « une science presque poétique ». Sainte-Beuve dit que de la philologie « il avait surtout la muse '. »
Il montra dans la critique littéraire pareille aisance charmante et aussi pareille fantaisie -.
La critique, à l'entendre, «intolérable métier». Il y était arrivé mieux préparé que beaucoup d'autres. Il avait enseigné jeune la littérature, et dans ce cours inédit, qu'il professa, en 1808, à Dôle, il avait fait de plusieurs écrivains une étude où nous reconnaissons, à un siècle de distance, un esprit très averti et un sens très personnel.
Sur Jean-Jacques Rousseau, par exemple, qui était presque son contemporain et dont il avait si fort subi l'influence, nous lisons de lui des pages qui le supposent bien libre et dégagé. Et voici entre la Nouvelle Héloïse et Candide un parallèle qui vaut qu'on le tire de l'oubli :
« Voltaire est, dans ses romans, un homme d'infiniment d'esprit, qu'il faut, malheureusement, craindre et mépriser ; Rousseau est, dans les siens, un homme d'infiniment de talent, qu'il faut peut-être estimer, mais qu'on ne peut s'empêcher de plaindre.
« Au reste, la lecture des romans de Voltaire ne satisfera que des esprit corrompus ; la lec-