Souvenirs, épisodes et portraits, t. II, pp
SON œUVRE
rompu leur pain » '. En plus d'un point, ses affirmations sont vérifiées par des archivistes minutieux. H. Vallon lui apporte pleine confirmation sur la fin méritée d'Euloge Schneider. Son His^ toiredes sociétés secrètes dans l'armée est tenue par des chercheurs qualifiés pour une source non négligeable. M. Louis Madelin, l'enquêteur si exact, à qui nous devons un Foiiché définitif, a compté Charles Nodier^ pour un témoin à enten-
1. Souvenirs, t. I, p. 265. — Quand parurent, dans la Revue de Parts, les premières pages de ses Souvenirs,i\ écrivit à Jean de Bry, alors en exil à Mons, une lettre qui est, en quelque sorte, sa propre apologie d'historien : « Ce rôle d'entremetteur politique entre les parties, que vous caractérisiez d'une manière
si heureuse dans mon interrogatoire, en m'appelant le trait d'union des jacobins et des royalistes, m'a mis à portée de voir bien des caractères et bien des intrigues à nu ;le bonheur de mon organisation, qui, dans ce temps-là même, me faisait prendre toute intrigue et toute fausseté en horreur, m'a permis aussi de voir les hommes et les choses sous leur véritable côté, à ce point que je ne pense pas qu'il y ait un seul de mes contemporains qui puisse à bon droit se croire aussi impartial et aussi désintéressé que moi dans ses jugements .» Que l'humilité de son rôle ne fasse pas récuser son témoignage. La première place n'est pas toujours la meilleure pour bien voir : « Telle a été mon invisibilité dans les affaires que les récits que je laisserai manqueront à tout jamais de l'autorité qu'on attribue, je ne sais pourquoi, à des compilations sans conscience et sans critique. On a peine à concevoir que les personnages les plus remarquables d'une époque se rendent un compte si imparfait des événements dont ils ont été les acteurs et quelquefois les artisans. 11 n'y a toutefois rien de plus naturel, et c'est une chose qui marque bien l'incertitude et l'insuffisance de l'histoire. » (Lettre du 19 décembre 1829). — Voir l'opuscule cité de M. Léonce Pingaud.
2. Plusieurs fois il s'appuie sur son témoignage, spécialement au tome II, p. 253, note 1, pp. 267,537.
dre avant de prononcer sur le jacobin repenti. Et M. Albert Vandal ^ n'a-t-il pas vu, au physique et au moral, « ce grand diable d'homme » exactement comme nous le présentent les Souvenirs de la Révolution et de VEmpire ? Ajoutons que les travaux si documentés de M. Lenôtre montrent le temps du Directoire sous le jour où il nous apparaît dans le chapitre des Souvenirs sur « la Réaction thermidorienne ».
Si mainte explication des faits ou mainte vue sur leurs auteurs est fausse, — comme, par exemple, lorsque Robespierre, Saint-Just et Gouthon se voient attribuer un «système» de retour à l'humanité et à la justice, empêché seulement par le 9 thermidor, — l'aspect général de l'époque est bien rendu. Il y a plus. Tel aperçu particulier sur les causes de la Révolution se recommande par une justesse beaucoup louée chezd'autresqui y avaient moins de mérite que Nodier, parce qu'ils regardaient les événements avec le recul d'un siècle, ou peu s'en faut. N'estce pas du Taine cinquante ans avant Taine", cette page sur l'éducation à la fin de l'ancien régime: « Ce qu'il y a de remarquable, c'est que nous étions tout prêts pour cet ordre de choses exceptionnel, nous autres écoliers qu'une éducation anomale et anormale préparait assidûment
1. Au tome II de 1' Avènement de Bonaparte, dans le chapitre sur le Premier ministère de Bonaparte.
2. Du moins, cinquante ans, ou presque, avant le Taine des Origines de la France contemporaine.
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depuis l'enfance à toutes les aberrations d'une politique sans bases. Il n'y avait pas grand effort à passer de nos études de collège aux débats du Forum et à la guerre des esclaves. Notre admiration était gagnée d'avance aux institutions de Lycurgue et aux tyrannicides des panathénées ; on ne nous avait jamais parlé que de cela. Le& plus anciens d'entre nous rapportaient qu'à la veille des nouveaux événements, le prix décomposition de réthorique s'était débattu entre deux plaidoyers à la manière de Sénèque l'orateur, en faveur de Brutus l'ancien et de Brutus le jeune. Je ne sais qui l'emporta, aux yeux de& juges, de celui qui avait tué son père, ou de celui qui avait tué ses enfants, mais le lauréat fut encouragé par l'intendant, félicité parle gouverneur et couronné par l'archevêque. Le lendemain, on parla d'une révolution, et on s'en étonna, comme si on n'avait pas dû savoir qu'elle était faite dans l'éducation du peuple. Si la mode de ces suasoires pédantesques venait à se renouveler, et qu'il fût question de décider qui a le plus contribué de Voltaire ou de Rousseau à l'anéantissement de nos vieilles doctrines monarchiques, j'avoue que je serais passablement embarrassé sur le choix, mais je ne dissimulerais pas queTite-Live et Tacite y ont une bonne part...'» Du Taine, disons-nous^ ;peut-être aussi du Bonald.