Correspondance inédite
bonheur n'est pas fait pour lui, et, qu'il en doiL « repousser l'espérance ' ». Emile Montégut a signalé, chez le Nodier de 1796, le ton werthérien qui, trente ans plus tard, allait devenir commun ^ Nodier fut, en effet, le premier à jeter, chez nous, cette note qui devait trouver tant d'écho. Werthérien, il l'était de naissance, en quelque sorte. Mais il était encore autre chose, quand il protestait dans une confidence à Charles Weiss : « Crois-moi, je n'étais pas fait pour ces passions turbulentes qui ravagent la société. C'est elle qui m'a gâté... ' » Ici Rousseau apparaît. Nous allons voir le Genevois agir sur les premiers écrits du Franc-Comtois, à l'égal de Gœthe, à l'égal aussi de Chateaubriand, qui, certes, l'influença, bien qu'il eût en lui un René avant René.
La dédicace de ses « souvenirs » annonce le portrait du jeune homme qu'il fut : « sensible, enthousiaste, passionné... *» Aussi bien et mieux encore que dans ces pseudo-mémoires, nous reconnaîtrons dans les Proscrits, le Peintre de Salzboarg, les Méditations du Cloître, les Tristes... « l'homme d'émotion » que révèlent ses lettres de la même époque.
1. Correspondance inédile de Charles Nodier (1796-1844), publiée par A, Estignard ; lettre I.
2. Lettres inédites. (Bulletin des Bibliophiles, 1866, p. 945.)