‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 136 sur 163 · Lettre du 7 floréal · texte numérisé non relu

Lettre du 7 floréal

fois en deuil, engainéd'ébène et enveloppé d'un crêpe. Il l'offre à son amie en lui disant ; « Vois comme ces pages sont usées... — Je lirai ton Werther », lui promet l'amant de Stella. Werther deviendra son compagnon, et werthériens seront ses sentiments '.

Fatalité de la passion, subite et torturante, colorée de mélancolie, dramatisée par des pressentiments funestes et aussi par un individualisme en révolte, qui brave la société et ses lois n'est-ce pas la définition même de l'amour romantique ? Nodier rejeta de ses « œuvres complètes » les Proscrits, comme trop juvéniles et indignes de son talent. Sainte-Beuve l'en approuve*, et nous ne saurions que louer cette sévérité de son goût. Ce livre n'en demeure pas moins comme un témoignage significatif de son état de pensée et de sentiment à l'heure de ses commencements littéraires.

Bien avant d'écrire l'histoire des habitants de -« l'île sauvage », il s'était, nous le savons, nourri du roman de Gœthe. Il avait seize ans lors de ce séjour à Giromagny, chez sa nourrice, où il avait emporté Shakespeare, Montai-

1. Werther n'est pas la seule œuvre de Gœthe naturalisée, chez nous, par Nodier. Il a placé haut Méphistophélès et l'amant de Marguerite dans ses Types en littérature, et n'a-t-il pas laissé un Funst en trois actes? Justice, à cet égard, lui est rendue par M. Fernand Baldensperger, dans une étude sur le Faust de Gœthe et le romantisme français. (Mercure de France, janvier 1902.)

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