Correspondance inédite, leltro II
cère le ton de sa désolation, le mal du jeune écrivain — déjà le mal du siècle — était assez imaginaire pour que son imagination môme l'en pût guérir. Il fit mieux que s'en distraire ; il s'en moqua. Le Dernier chapitre de mon roman est l'échappée d'une gaîté vive, hardie, — trop hardie, — qui se joue sur un fond vulgaire ^ Cette fois, ce n'est plus le mélancolique qui tient la plume. Ce n'est plus le jeune homme dont les Souvenirs tracent le portrait, moins comme « celui de r « individu » qu'il fut à. vingt ans que comme « celui d'une espèce », « sensible » et enthousiaste, tourmentée d'amour et de poésie^. Les werlhérisants sont persiflés par un railleur bien guéri de la maladie à la mode.
Elle ne tarda pas à le reprendre. L'année d'après, où il venait, disait-il, de quitter sa robe juvénile et de la « suspendre au temple des Muses », il dédiait un recueil de brefs morceaux, Essais d'an jeune Barde, à Nicolas Bonneville, un méconnu, un de ces « immolés » que Sainte-Beuve le félicite ' d'élire avec
1. Sainte-Beuve y blâme des « côtés scabreux » et un fond d'accent de Faublas. Louis de Loménie, dans sa Galerie de* contemporains illustres par un homme de rien est plus rigoureux encore pour cet ouvrage, qui mérite, nous en convenons, une critique sévère.