Notice en tête de Franciscus Columna
ne crût pas à la magie ? Il l'affirme quelque part. Moins philosophe, son âge mùr crut aux sortilèges et aux enchantements. Il s'est défendu, maintes fois, d'être un homme raisonnable, estimant trop ennuyeuse cette espèce. Un de ses aphorismes coutumiers, celui qui, avec des variantes spirituelles, revient le plus souvent sous sa plume, c'est que la folie mène au plus haut bon sens : « Qui empêche que cet état indéfinissable de l'esprit, que l'ignorance appelle folie, ne le conduise à son tour à la suprême sagesse par quelque route inconnue qui n'est pas encore marquée dans la carte grossière de nos sciences imparfaites ? ^ » C'est la Fée aux Miettes qui le professe, mais on devine bien en elle une interprète de l'auteur. Il nous donne Michel, le héros de l'histoire, pour plus sensé, au fond, que ceux qui le font enfermer. Et son Jean-François les Bas-Bleus n'est-il pas un fou plus sage que les sages ?
11 déteste l'esprit positif, meurtrier à la poésie. Si le « grand voyageur épique de l'antiquité » revenait sur la terre, on lui apprendrait que « sa Circé n'est tout au plus que la Narina de Levaillant, ou l'obérea de Bougainville », que ses sirènes, «sont des phoques ou des veaux marins ». Et, s'il demandait oij sont les lavoirs de Nausicaa, Nodier ne se chargerait pas de lui en dire
1. Gœthe, dans les Années de voyaçje de Wilhelm Meisler, prétend, lui aussi, que la folie n'est souvent que la raison sous une autre. »
des nouvelles. Le familier de Trésor des Fèves et de Fleur des Pois maudit la « raison expérimentale », desséchante et prosaïsante. Il la maudit, et, en même temps, la persifle. Il lui joue ce bon tour de tirer d'elle, quoi qu'elle en ait, l'apologie de ce qu'elle veut nier. Il ose conclure Inès de las Sierras par cette affirmation hardie qu'à chacune de ses découvertes, la science « justifie, authentique un des prétendus mensonges d'Hérodote et de Pline ». Il retrouve dans le monde fossile exhumé par Cuvier les dragons, les vouivres, les endriagues, les tarasques... Il nous montre dans le Jardin du Roi la « fabuleuse girafe », et il y « attend incessamment la licorne ».
Ainsi se déclare, avec une audacieuse bonhomie, sa foi au fantastique. A qui met en doute sa conviction de narrateur, il pose cette interrogation : « Avez-vous plus de foi, par hasard, au saint-simonisme qu'aux contes de fées ? » Au surplus, ajoute-t-il, « je demande quel intérêt j'aurais à imaginer que le loup a mangé le petit Chaperon, s'il ne l'avait pas mangé... ^» Qu'on le croie comme il a cru Homère ou Esope. Pas un instant, sur la foi du sublime aveugle, il n'a douté de « la difforme réalité de Polyphème, type éternel de tous les ogres », et il conçoit à merveille « le loup doctrinaire » du fabuliste. M. Dacier et le bon La Fontaine y croyaient.