La Fée aux Miellés
3. Les Années d'apprenlissacfe de Wilhelm Meister, liv. I, chap. IV.
voyant « toute poésie, toute philosophie et toute science contenues dans les Contes de Perrault '' et la Bibliothèque Bleue, » il ressemblait, en effet, à ces politiques de la Restauration « plus royalistes que le roi ». C'est dans une large esquisse de la littérature des fées que Montégut assigne de la sorte, en badinant, la place de Charles Nodier\
Notre France n'est pas, tant s'en faut, la terre d'élection du merveilleux. Ce pays est trop celui du bon sens net et du doute narquois pour nourrir un peuple de farfadets, d'esprits follets, de gnomes et de goules. Il fut pourtant hospitalier aux fées, qui l'adoptèrent pour patrie. Mais aussi durent-elles y subir l'influence de l'air et du sol. Partout humaines, en quelque mesure, et sociables ; nulle part elles ne développèrent comme chez nous leur goût pour le commerce des hommes et la compagnie. En Allemagne, par exemple, elles demeurèrent toujours filles de la nature agreste, sans changement aucun de condition ou de mœurs, immobiles à peu près comme leurs forêts, avec un air de forces élémentaires, bien plutôt que de personnes. Elles
1. Il est allé jusqu'à dire que « ce chef-d'œuvre ingénu de naturel et d'imagination... survivra sans aucun doute, avec Molière, La Fontaine, et quelques belles scènes de Corneille, à tous les monuments du règne de Louis XIV. » (Du Fantastique en littérature, dans les Miscellanées, pp. 96 et 97.)
2. Revue des Deux-Mondes, 1" avril 1862. Des Fées et de leur littérature en France.
devinrent, en France, femmes et dames ; elles acquirent une personnalité, non seulement humaine, mais mondaine. Druidesses du temps de Velléda, elles se changèrent, au moyen âge, en châtelaines féodales, amoureuses de chevaliers ou de pages. Elles furent stylées à la Louis XIV par Perrault, qui les ployant sur leurs baguettes, les fît ressembler < aux mères-grands du temps, courbées sur leurs longues cannes à bec ■de corbin ' ». Ne donna-t-il pas l'air et les manières du grand siècle à tout le personnel de ses fables : à ces jeunes princesses, qu'on dirait sorties d'hier de Saint-Cyr ; à ces fils de rois, qui ont « la haute mine et la courtoisie des dauphins de France, » sans parler des filles d'honneur, des gentilshommes de la chambre, des mousquetaires et des suisses que l'on rencontre danslepalais de laBelle auBois-Dormant* — Et, bien qu'ainsi modernisées, les fées de Perrault sont encore de vraies fées. Elles parlent et agissent en des récits pleins d'une telle sincérité et sipersuasifs d'ingénuité et de grâce.... Montégut conjecture que telles fées de M°"d'Aulnoy fréquentèrent chez AI"^ de la Fayette ou à l'hôtel de Rambouillet, et que d'autres approchèrent M"* de Maintenon, « la doyenne des fées du siècle ». Mais à peine leur reste-t-il encore une couleur de merveilleux. Trop prê-
1. Paul de Saint- Victor, Hommes et Dieux, les « Contes de fées ».