‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 153 sur 163 · CHARLES ^'ODIER · texte numérisé non relu

CHARLES ^'ODIER

que les goélands s'élèvent à perte de vae, redescendent en roulant sur eux-mêmes, comme le

fuseau d'une bergère échappé à sa main » Il

rendait à merveille tout ce qui est ondulation et bercement, et, s'il est vrai que le style soit l'homme, il faut reconnaître là le flottement même de son esprit sollicité et remué par des attraits divers.

A la vérité, il réussissait à toute description. 11 plaidait pro domo quand il faisait l'apologie du genre descriptif : « Je tremble de penser que, si on enlève ces dernières ressources, empruntées d'une nature physique invariable, aux nations avancées chez lesquelles les plus précieuses ressources de l'inspiration morale n'existent plus, il faudra bientôt renoncer aux arts et à la poésie. 11 est généralement vrai que la poésie descriptive est la dernière qui vienne à briller chez les peuples, mais c'est que chez les peuples vieillis il n'y a plus rien à décrire que la nature, qui ne vieillit jamais. » Il réclama toujours pour lui « le droit de s'égarer sous le frigiis opacum des poètes paysagistes». M. Girod de Chantrans lui en avait appris de bonne heure le chemin. A ce gentilhomme, qui lui fut, dans la botanique et l'entomologie, un si aimable initiateur, il ne dut pas seulement le plaisir de se promener avec des curiosités de naturaliste. Il lui dut une précision dans le pittoresque et une vérité vive de détail qui allait se retrouver chez George Sand, sauvée, elle

aussi, bien souvent, des généralités vagues et de la banalité par ses souvenirs d'herborisation. Citons seulement ces lignes du Peintre de Salzboiirg : « Là s'échappaient, du milieu des marches rompues, les cylindres veloutés du verbascum, les cloches bleues des campanules, des bouquets d'arabette et des touffes d'éclairé dorée; la jusquiame y croissait aussi, avec ses couleurs acres et ses fleurs meurtries... »

Il a, quelque part % lui-même caractérisé sa prose. Il y regrettait un peu trop de termes techniques ^ Il avait raison. Nous aurions pu, dans la phrase que nous venons de transcrire, en souligner un qui est de trop ^ Mais c'est là tâche légère. Il dit juste aussi lorsqu'il voit dans son style le produit de ce qu'il appelle sa « singulière éducation ». Disons son heureuse éducation, puisqu'il en sortit sensible aux spectacles de la nature, comme Rousseau après sesétapes de nomade. Il a tort quand il s'accuse de se laisser aller à la « complexité » et à la « diffusion » par unexcessif« besoin d'étendre ». Du moins, s'il lui arrive de suivre trop l'abondance de sa verve, de s'oublier au plaisir de la phrase développée et coulante, son art lui est

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