‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 156 sur 163 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

les clubs à l'âge où les petits garçons font leur première communion ; élève d'un helléniste qui se doublait d'un terroriste, puis, conspirateur, nouant avec les royalistes et les Jacobins, dans les prisons du Consulat, des camaraderies qui lui furent des écoles ; enfin fugitif et pourchassé, quêtant des gîtes de hasard... Tous deux pouvaient se flatter d'avoir été spectateurs du grand spectacle autrement que M"" de Staël, qui ne vit rien « que d'un balcon » '. Et à tous deux la Révolution fut une instructive leçon de choses. A la lumière de ce fait-flambeau, ils apprirent, sur la politique, beaucoup de choses, et souvent les mêmes choses. Leurs rencontres, en effet, sont frappantes. Si Donald a écrit : « La société est la vraie et même la seule nature de l'homme », on lit sous la plume de Nodier : « Son instinct propre à l'espèce a fondé la société universelle. » Voilà donc bien revenu du Contrat social celui qui s'en était grisé. Ailleurs il nous déconseille d'attendre des philosophes et des légistes une constitution viable. 11 dit, ou plutôt il fait dire par Vergniaud, dans un discours supposé ", qu'une constitution est un « fait nécessaire»; ce que Donald exprime

1. C'est Bonald qui l'a dit en ses Observations sur l'ouvrage ayant pour titre : « Considérations sur les principaux événements de la Révolution française ».

2. Ce discours, qui se lit dans le Dernier banquet des Girondins (Souvenirs de la Révolution et de l'Empire, t. I), a été inséré par erreur dans un recueil des œuvres oratoires de Vergniaud.

par cette sentence : « La nature constitue, l'iiomme ne sait qu'organiser. » Nodier a mis encore dans la bouche de Vergniaud une profession de traditionalisme, qui est du pur Donald : « Tant qu'un siècle léguera au siècle qui le suit une page d'histoire..., un monument, il ne sera pas permis de rien édifier. » Dans ce « vieux monde », les législations ont « leurs antécédents nécessaires ». Et ne croirait-on pas lire dans la Législation primitive ou dans la Théorie du Pouvoir ces lignes, qui ne sont plus du soi-disant Vergniaud, maisdu Charles Nodier dûment signé. Après avoir rappelé la surnaturelle disparition de Romulus et l'exil volontaire de Lycurgue, ce fantaisiste profond écrit: « Les nations sont si convaincues que les lois constitutives des Etats ne procèdent pas de l'homme, qu'elles ne croient fermement à une législation que lorsque le législateur n'y est plus. Chez nous, ce sont les législateurs qui restent et les législations qui s'en vont '. » Le Dernier banquet des Girondins nous propose encore à méditer cet aphorisme : « Pour la société, comme pour l'homme qui a vu beaucoup d'années, il n'y a de nouveau que la mort » '. La même pensée lui revient sous la plume, je ne sais à quel sujet, dans le Bulletin des Bibliophiles, et il la développe : « Les vieux peuples

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