Lettre du 17 nivôse an VL Ibid., p. 963 et
3. Il en avait seize, d'après Francis Wey, quand il vint pour la première fois à Paris. 11 y aurait donc fait un voyage avant celui que sa fille raconte comme le premier. Nous n'avons rien lu qui l'indique. Sa correspondance avec ses amis ne semble nulle part le supposer ; bien au contraire, quand il parle de la capitale, son accent paraît exprimer le désir de l'inconnu. Nous nous ente nous donc, sur ce point, au récit de M"" Mennessier-Nodier.
l'écrit à son père, qui en prend acte, mais avec un sourire. La correspondance d'Antoine Nodier avec son fils est curieuse. Nous ne possédons que ses réponses. Elles font regretter les lettres, malheureusement perdues, de Charles, mais intéressent par l'image qu'elles suggèrent de leur auteur, sans parler de ce qu'elles apportent de renseignements sur ces premiers temps de liberté fougueuse vécus par le jeune philadelphe. Une amusante figure se dessine en marge de ces grandes pages où s'aligne une écriture nette et régulière, de correction surveillée, qui sent son homme posé, haut cravaté, attentif à sa phrase et se regardant écrire. En lui, le magistrat et l'ex-oratorien régent de lettres se combinent. Joignez la contagion de l'emphase ambiante. Excellent homme, au demeurant, plein de sentiment vrai sous une pompe de langage qui est le ridicule de son temps, capable même, le cas échéant, de détendre sa solennité. Il craint sa femme, un peu acariâtre, nous le supposons, et qui tient ferme les cordons de la bourse. Pour payer les notes de M. Pagnest sans essuyer d'algarade, il combine des précautions comiques, et, c'est, entre son fils et lui, une entente conclue. « Son fils et son ami », il se plaît à le nommer de ces deux noms associés. Il l'aime et sait le lui dire. Son affection se fait indulgente, à l'occasion, et l'occasion ne manque pas.
D'abord, Charles néglige quelque peu « ce qui semblait être le principal objet de son voyage».
11 est venu chercher une situation, sa charge de bibliothécaire-adjoint, à 250 louis, ne pouvant lui suffire. Un mois et plus s'est écoulé depuis qu'il a mis pied à terre rue de Grenelle-Saint- Honoré. Il était à Paris, en effet, le 3 nivôse, lors de l'explosion de la machine infernale, — une lettre de son père * l'indique, — et voilà pluviôse entamé. Or, s'est-il informé des positions vacantes ? A-t-il tenté les premières démarches d'approche ? Il ne paraît pas.
A vrai dire, il semble peu propre à la chasse aux emplois^ le rêveur qui s'oublie des heures, accoudé à la balustrade d'un pont. En ce mois de nivôse où l'émotion toute vive de l'attentat multiplie les « suspects » et où l'on craint pour lui à Besançon, il passe la moitié d'une nuit au bord de la Seine, appuyé à un parapet. « Et je pensais à toi * », écrit-il à Charles Weiss. Il pensait, sans doute, aussi au roman qu'il porte en lui, qu'il « a tout entier dans le cœur » et que, la plume à la main, il ne fait « presque que copier ^ ». A quoi, rêves à part, dépense-t-il son temps ? Il court « les spectacles magnifiques », admire « les beautés de la grande ville», et il sait les décrire en des épîtres « fort curieuses », lues à Besançon, en famille. Son père loue le style de ce « journal », mais rappelle à