Lettre du 18 floréal an X
même temps qu'à la « citoyenne». Il redit à son fils la « modicité de sa fortune ». Quelques jours après, ce sera presque un bilan de misère qu'il lui adressera pour lui persuader l'épargne ; « Songe donc,mon seul ami, que tout mon revenu n'est que de cent francs par mois, et que je ne suis pas même encore payé de mon dernier trimestre de l'an IX, tant il est vrai que c'est un pauvre état que d'être juge de première instance, et que, dans ce siècle, comme au temps de Salomon, le serviteur inutile fut le mieux récompensé' ». Il a droit à un avancement qui serait une manière de réparation, puisque, de président, il est devenu, au Consulat, simple assesseur ; mais, incapable de s'abaisser à certains moyens, il n'est pas de ceux qui gagnent la faveur des puissants. Il énumère des collègues qui viennent de le dépasser. Et ne lui a-t-il pas fallu, pour éviter de se faire un ennemi, contresigner la demande d'un compétiteur ? Tl en parle sans amertume, « déjà tout consolé d'être oublié et ignoré », mais il supporte malaisément la pensée que son fils souffre sans lui en faire toujours l'aveu, et il l'invite doucement à ne lui rien cacher : « J'apprends par des personnes qui s'intéressent véritablement à toi que tu n'es pas heureux. Tu n'as pas dissimulé à ta sœur que le défaut d'un costume décent t'obligeait à rester en chambre, et je sais, d'ailleurs, que tu