Lettre du 29 floréal an X
avais fait quelques dettes qui te causaient de l'embarras. Ne crains pas, mon ami, que je te fasse des reproches J'ai toujours appréhendé de te faire de la peine ; je n'en éprouve pas d'autre en ce moment que de n'avoir pas eu ta confiance K »
Charles en confessait plus long à son ami Weiss qu'à sa sœur Elise. Un moment, il se trouva dans une situation délicate. Pour faire face à d'urgentes difficultés, il avait vendu à Paris ses livres de Besançon ; il attendait de jour en jour pour les livrer à un acheteur qui les avait payés d'avance, et son relieur, qui les détenait, ne se décidait pas à les mettre en voiture. Il supplia Weiss d'en presser à toute force l'expédition et de le tirer de ce mauvais pas, où son honneur risquait d'être compromis ^
Quand parurent les Proscrits, sa détresse était grande, puisqu'il ne put en offrir un exemplaire au meilleur de ses amis : « Nous nous rappellerons peut-être un jour en riant que j'ai été si pauvre que tu étais obligé d'acheter mes ouvrages. » Son roman, bien qu'il eût « un débit très satisfaisant », ne le sortit pas de misère, mais lui valut un premier petit rayon de gloire. Un jour, en traversant une galerie du Palais-Royal, il s'aperçut qu'on le désignait : « Voilà l'auteur des Proscrits ^ » Des éloges lui vinrent. Il