Aid., lettre XIII
pour sa ville natale'. A mesure que le temps s'écoulait, sa famille devenait plus pressante.
Son père, nous l'avons vu, attendait peu de ses livres, du moins peu de résultat pécuniaire, et il s'efforçait de l'arracher à une littérature qui ne nourrirait jamais son homme :
Je ne puis cesser de te répéter que c'est un pauvre état que celui d'auteur, dans un temps où tout le monde veut l'être... Cesse donc, mon ami, de te tourmenter l'esprit à composer de bons petits ouvrages qui n'auront qu'une vogue passagère et qui ne te produiront qu'un très léger profit, tandis que tu peux t'assurer, par un meilleur emploi de tes talents, une existence avantageuse et honorable dans la société.
Ce «meilleur emploi» de ses aptitudes, c'était le métier de juriste. Charles en avait d'abord déclaré son dégoût, puis s'était dit résigné à en essayer : « Je compte sûrement sur la promesse que tu m'as faite d'entrer dans mes vues *. » Si Weiss lui eût communiqué ce qu'il recevait de Paris, le pauvre président eût mesuré combien son jeune « méditateur » était loin de la vie positive et pratique où il se flattait de le faire s'asseoir. Certaine lettre, qui trahissait une «imagination exaltée », lui avait toutefois témoigné combien vive persistait chez ce poète son aversion pour Besançon, et, habilement, il promettait