Ibid., lettre LXVIl, p
4. Nous n'en savons pas au juste la date. Il se peut que ce soit celui du 14 mars. Il y est question de « l'intrépide Macdonald » qui s'est « précipité des montagnes de la Franche- Comté» à la rencontre de cl'usurpateur ».
un souverain qui monte à cheval, je vole pour Franconi. >
Ses imprudences alarmaient fort sa femme. Le duc de Caylus, qu'une érudite et délicate bibliophilie avait fait l'un des intimes de Nodier, s'inquiétait aussi. Pour l'éloigner de la capitale, où ses audaces risquaient de lui attirer quelque méchante affaire, il ne trouva rien de mieux que de lui offrir un séjour au château de Buis, inhabité depuis la mort de la duchesse. Là le fougueux antibonapartiste, invité à la promenade par des bois tout proches, redevint chercheur d*insectes et laissa passer les Cent-Jours '■
Son attachement à la Restauration pouvait se dire désintéressé. Le gouvernement du roi l'avait, en effet, privé d'une « pension littéraire » que le dernier ministère de Napoléon lui avait accordée et à laquelle manquait seulement le visa impérial *. Paris était encore chaud et
1. M"* Mennessier-Nodier a raconté avec d'amusants détails ce séjour à Buis. (Charles Nodier, p. 183-20i.)
2. Nodier, dans une lettre à Weiss, s'en plaint comme dune iniquité. Il se dit « frustré » et« lui seul frustré », des allocations dépourvues, comme la sienne, du visa de Napoléon ayant, sans doute, été maintenues. {Correspondance inédite, lettre LXVIII, p. 145.)— Il avait pourtant reçu, le 25 septembre 1814, la « décoration du Lis », pour « son attachement inviolable à l'auguste maison de Bourbon »,et, sur le diplôme, étaient formellement reconnus « les bons et loyaux services » par lui rendus « à la cause du Trône et de l'Autel », comme « l'un des principaux insurrecteurs du Jura ». Ce diplôme, délivré au nom du roi, par le lieutenant général des armées du
vibrant d'émotion politique, à son retour de Buis. D'ardents royalistes fréquentèrent son salon ; mais ses travaux littéraires eurent le meilleur de son temps. Son Commentaire de La Fontaine, accepté par l'éditeur Tymery, allait enfin voir le jour, et il tirait de ses notes d'Illyrie Jean Sbogar. Ce n'est pas qu'un dégoût du métier d'écrire ne le prît, par instants. Du moins, quelques boutades, échappées à sa plume épis-
roi,généralen chef de l'armée du Centre dans le pays delà Vendée, portela signature de chouans connus ; celles, entre autres, de Sapinaud et de Renou. — Ajoutons que Louis XVIII acquitta envers Nodier sa dette en lui conférant des lettres de noblesse et en le pensionnant sur sa cassette. Nodier avait colligé en une sorte de cahier ses parchemins. En quelques lignes, écrites si.\ mois avant sa mort, il avertissait sa famille que son titre d'anoblissement et d'autres brevets y manquaient : « Fama, famés, fumus... .T'ai réuni dans ce fasciculus, pour servir d'éclaircissement à ma vie, si mes enfants en ont besoin quelque jour, tous les papiers qui constatent ma position sociale et littéraire, depuis que j'en ai une. Je n'en ai pas même excepté le ridicule brevet de Tordre du Lys, parce que le mien n'est pas tout à fait sans valeur : il est écrit en entier de la main du brave général Dupérat, et signé de tout ce qui restait des illustres chefs de la Vendée, mes bons et loyaux amis. Je n'ai pu retrouver jusqu'à ce jour (20 juillet 1843) : 1" La lettre par laquelle M. de la Châtre, gentilhomme du roi, m'annonçait que Sa Majesté m'avait accordé des lettres de noblesse, sur la demande de soixante et onze gentilhommes de Franche-Comté ; mais cette nouvelle fut envoyée de la chambre du roi à tous les journaux de Paris, et on l'y trouverait au besoin dans le courant des derniers mois de 1815 ou des premiers mois de l'année suivante. Elle doit avoir été notifiée aussi à la Chancellerie, où je n'ai pas même pensé à relever ce titre, quoique profondément touché de la démarche à laquelle je le devais; 2° Mon brevet d'académicien de Valenciennes ; 3» Mon
tôlière, le donneraient à croire : « Mon nom imprimé me fait l'effet qu'il devrait faire à tout le monde : il m'ennuie. J'ai besoin de travailler ; mais je n'en ai pas le goût ^ »
Peut-être, alors qu'il écrivait ces lignes, des préoccupations paternelles assombrissaient-elles sa pensée. Vers ce temps, il perdit un fils, âgé de deux ans à peine. Le chagrin ébranla sa santé, il lui fallut aller se remettre à Saint- Germain, où il composa Thérèse Aiiberl. Il sortait de maladie, quand sa bonté, un peu naïve, lui attira une épreuve d'autre sorte.
Un comte de "*, qu'il avait connu en Illyrie et qui, au surplus, était franc-comtois, avait, à la faveur de leurs souvenirs communs, pénétré dans son amitié. Très obéré, mais, disait-il, pour un temps très court, et assuré, à brève échéance,
brevet d'académicien de Mons ; 4° Mon brevet d'académicien de Tournay.
Il doit m'en manquer d'autres encore, quoique je n'aye jamais sollicité nulle part ce genre d'illustration. Si ces pièces se retrouvent, il sera facile de les intercaler à leur date. J'ai joint à ce fatras quelques-uns des innombrables journaux où j'ai été nommé avantageusement, non pour quelques éloges très exagérés qui y sont donnés à mon mérite, et sur lesquels mes enfants ne doivent pas se faire illusion, mais pour les témoignages qui y sont rendus à mon caractère, dont il leur sera plus permis de s'enorgueillir. J'y ajoute enfin quelques lettres anonymes qui m'ont beaucoup plus flatté que toutes les louanges banales de la presse, et que je compte au nombre des encouragements les plus doux que j'aie reçus de ma vie. »
1. Lettre à Rabou, citée par M"« Mennessier-Nodier. {Charles Nodier, p. 206.)
de ressources bien supérieures à ses besoins, iï obtint de son trop confiant compatriote une signature grosse de conséquences. Là fut, pour le ménage, déjà fort à la gêne, une cause de terribles embarras. Nodier avait souhaité, quelque temps auparavant, d'être « assez riche pour avoir toute la vie des sabots qui ne dussent rien à personne ^ ». Il put, en la circonstance, redire son horreur pour les gens de banque. Obligé de recourir à eux pour sortir de peine,, il essuya des refus. Par bonheur, le puissant Laffilte le tira de son mauvais pas, en assumant sa dette et en lui accordant les plus larges commodités pour le remboursement^. Cette malencontreuse affaire n'en pesa pas moins d'un poids très lourd, et de longues années, sur son budget. Elle compta parmi ces « désastres » qui attristaient encore sa correspondance des années après ^
Son goût des hasards vint compliquer derechef sa situation. Il était de ces inconstants dont parle M. Maurice Barrés, qui, à peine dressée leur tente sur un rivage, dessinent sur le sable « les épu-