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Charles Nodier (Revue de Paris, février

LE SALON DE l'aRSENAL 117

Wey, Dauzatz, Dumas, Soulié... Augustin Soulié, le collègue de Nodier à l'Arsenal, insouciant, bon vivant et prodigue, était comme de la famille. Taylor, administrateur des Français, avait toujours des billets de théâtre plein ses poches. Il offrait aussi à M"" Nodier, au retour de ses fréquents voyages, des quadrupèdes exotiques, qu'elle offrait au Jardin des Plantes, ou des perdrix au plumage rare, qu'elle envoyait à la cuisine. Mais c'est Alphonse de Cailleuxqu'il faut appeler le grand pourvoyeur des menus de l'Arsenal. Directeur des musées sous Louis-Philippe, et très bien en cour, il avait sa chambre au château d'Eu oii il accompagnait souvent le roi, et, de la plantureuse Normandie, il expédiait, chaque huitaine, rue de Sully, quelque bourriche. Il appelait cela sa « rente du dimanche ». Ils avaient donc bien droit, Taylor et lui, à leurs couverts « de fondation ».

Nombreux étaient les dîneurs « de hasard», et il s'en présentait parfois de qualité imprévue. C'est ainsi qu'on dut, un soir, faire place au prince de Prusse*. Mais le salon de Nodier, à l'Arsenal, fut encore plus ouvert que sa salle à manger.

1. Nous tenons de M. G. Bourdon cette anecdote amusante : « M""» Charles Nodier avait invité, dans l'intimité. M™" Rossigneux, ma grand'mère, et sa fille Fanny. Nodier, ayant reçu la visite inopinée du prince de Prusse,crut devoir le reteniràdîner, parce que, ce soir-là, — c'était un dimanche,— il y avait des lectures de Lamartine, Hugo, Musset. ..Distrait par la conversation, il ne prévint sa femme que quelques instants avant de se met-

« Boutique romantique »,dira, un jour, Musset, en d'espiègles stances. Libérale* boutique», oîi la nouvelle école n'avait pas seule accès. Des adversaires, écrivains ou artistes, dont partout ailleurs les rencontres étaient des chocs, y trouvaient un terrain neutre, oii s'aborder de bonne grâce. Car, si le's romantiques y étaient chez eux, ils y accueillaient courtoisement un disciple de Fontanes ou d'Ingres.

Alexandre Dumas a raconté avec entrain comment, après le dessert, il aidait M"" Nodier aux préparatifs de la réception '. Les soirées alors commençaient tôt ; vers huit heures, on arrivait. A peine le maître du logis avait-il eu le temps de quitter la table, pour aller, soutenu d'un bras ami, chercher un fauteuil. Même assez loin de la vieillesse, une fatigue se trahissait dans sa longue et mince personne, et on lui devinait, comme à certaines plantes frêles, un besoin de s'appuyer ^ Il s'asseyait et, tout en causant,

tre à table. Il n'y avait qu'un poulet pour plat de résistance. M°>« Nodier explique la situation à ses dsux invitées et à sa fille, en les priant d'être discrètes.

«On se met à table, on cause : le poulet paraît. Nodier le découpelentemjnt, présente une aile à ma grand-mère, —qui refuse; à sa femme, — qui refuse; aux deux jeunes filles,— -qui refusent... Il s'adresse au prince : « Ma foi. Monseigneur, je ne vous offre pas de ce poulet... il doit être empoisonné : ni ces dames, ni ma femme, ni ma fille n'en veulent... »

« On rit, on consentit à se laisser servir, et il yen eut pour tout le monde. »

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