Charles Nodier, par M™' Mennessier-Nodier, p
3. Il est vrai que, dans les Feuilles d'Automne et dans l'album, on en trouve auparavant plusieurs datées de 1831.
LE SALON DE l'aRSENAL 127
le poète, après avoir parlé du reverdissement de son âme, bois dur et noueux, soudain fleuri, ajoute :
C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire, C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps,
on peut deviner dans cette allusion à de récentes souffrances un souvenir des tristesses que lui avaient causées, à la veille d'Hernani, de haineuses attaques. Nous verrons plus loin combien profondément elles l'avaient atteint.
Ces vers, tracés de sa main dans le précieux cahier de M""* Mennessier-Nodier, ne sont pas les seuls rimes par lui en son honneur. Toujours il garda pour elle un sentiment de quasipaternité tendre : « Elle était enfant quand j'étais jeune '. » Il aimait à retrouver en elle son père disparu. Il le lui écrivait, un jour, à elle-même : « Il vous a laissé son âme... Vous avez son style, vous avez sa causerie ; vous avez son charme, plus le vôtre. ..^ » Il terminait en se « mettant à sespieds», avec un Ave A/aria. Il la nommait, une autre fois : « Notre-Dame de l'Arsenal ». C'était en badinant au sujet de la cathédrale de Metz, pour laquelle M""Mennessier-Nodier l'avait prié de solliciter au
1. Lettre à M. Emmanuel Mennessier-Nodier (2 juin 1862), publiéeparnous dausle Journal des Débals du22 novembre 1901
2. Lettre à M"' Marie Mennessier-Nodier (20 juillet 1867). parue dans le Journal des Débats du 28 décembre 1903.
ministère quelques subsides \ et qu'il plaçait, comme l'Arsenal, sous le vocable de Notre- Dame, bien que ce fût l'église Saint-Etienne : -« Je suis un peu comme Ar'« Dédé *, pour laquelle toutes les cathédrales sont des Notre- Dames. Voir le nom de Marie partout, c'est une idée comme une autre, et permettez-moi de vous dire que vous n'êtes pas faite pour ôter cette idée-là à ceux qui l'ont '. »
Nous avons sous les yeux de simples billets qui témoignent combien il resta fidèle à la famille de celui qu'il continuait d'appeler « mon frère», suivant d'une affection attentive ses enfants et petits-enfants. Quelques jours après le discoure malveillant que Mérimée lut à l'Académie en s'asseyant à la place de Nodier, Victor Hugo saisit une occasion de venger son ami. Il en fut remercié par Alphonse deCailleux, et lui répondit ces lignes : « J'ai pris ce que j'avais dans le cœur, et je l'ai dit. Vous avez été heureux de l'entendre comme j'ai été heureux de le dire. Cher ami, c'est qu'il y a entre nous une fraternité secrète. Nous nous aimons dans Nodier \ »
Lamartine raconte la joie qu'il eut, un matin, à voir, de sa fenêtre, « une caravane de voya-
1. C'est, du moins, ce que la lettre permet de conjecturer. M"' Mennessier-Xodier habitait alors Metz, ville natale de son mari.