Lettre du 30 septembre
2. Dans l'un des « entretiens » qui composent ce Cours familier, Lamartine traita cependant Charles Nodier de manière à décevoir Marie, dont le sentiment filial était très exigeant. Elle en a écrit avec vivacité à Ulric Gultinguer : «... Il est irritant de voir jusqu'où un orgueil sans bornes et une préoccupa-
Pont-Audemer quelques prospectus, si l'occasion s'en trouve.» Des souscriptions viennent. Lamartine dit sa gratitude : « Le cœur de Nodier n'est point mort, il palpite en vous, et le mien vit et survit pour vous remercier et, j'ose le dire, pour vous aimer... »
Nous trouvons parmi ses lettres le plan de son discours sur la peine de mort. Peut-être fut-ce en témoignage de reconnaissance qu'il offrit à la veuve de son ami ce précieux autographe.
Un jour, chez Nodier, au fond du« salon obscur», Lamartine avait aperçu « nonchalamment étendu..., le coude sur un coussin, la tête supportée par sa main, sur un divan », un jeune homme à la chevelure flottante, aux yeux « rê-
tion insensée de soi-même peuvent entraîner une belle nature comme celle de Lamartine, — et une bonne âme, notez bien. Je ne sais si, en parcourant ses «Entretiens», vous vous êtes un peu attaché à deux ou trois passages qui concernent mon père. C'est remarquable comme aplomb dans l'ignorance parfaite de l'homme et de l'écrivain, et à mon point de vue qui, je l'espère, est celui de quelques autres et surtout le vôtre, c'est d'une suprême inconvenance d'appréciation. Il parlerait en meilleurs termes d'Edouard d'Anglemont ou de Taxile Delord. Certes,, je ne pousse pas l'admiration filiale jusqu'à l'aveuglement, et je crois laisser mon père parfaitement à sa place, en ne demandant pas pour lui autre chose que ce que l'opinion littéraire de ce temps-ci lui conserve d'estime et de sympathie, mais en justice, mon père était autre chose que le brave conteur de coin du feu, sans rime ni raison dans sa vie, et sans suite dans ses idées, qu'a quelquefois en passant heurté d'une plume distraite et trempée de haut son ami M. do Lamartine. » — Cette lettre a été publiée par M. Léon Séché dans Alfred de Musset ( t. I,. pp. 142,143).
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veurs plutôt qu'éclatants », modestement silencieux dans le « tumulte confus d'une société jaseuse de femmes et de poètes >. — Tel n'apparut pas toujours Musset à ceux qui firent son portrait \
Tel pourtant il se montrait d'ordinaire dans sa première jeunesse. Un de ses condisciples, qui le vit très souvent jusqu'à ses vingt-deux ans *, disait n'avoir guère connu que ce Mussetlà, réservé, timide, écoutant plutôt que parlant, comme il convient à un Eliacin.C'en était un, ce
1. Alexandre Dumas le vit tout autre, le soir de sa première lecture à 1" Arsenal : « Vers la fin du 1830 ou le commencement de 1831, nous fûmes conviés à une soirée chez Nodier. Un jeune homme de vingt deux à vingt-trois ans devait y lire quelques fragments d'un livre de poésies qu'il venait de faire imprimer. Ce jeune homme portait un nom alors à peu près inconnu dans leslettres, et, pour la première fois, ce nom allait être livré à la publicité... Vers dix heures, un jeune homme de taille ordinaire, mince, blond, avec des moustaches naissantes, de longs cheveux bouclés rejetés en touffe d'un côté de la tète, un habit vert très serré à la taille, un pantalon de couleur claire, entra, affectant une grande désinvolture de manières, qui n'était peut-être destinée qu'à cacher une timidité réelle. C'était Alfred de Musset... » Alexandre Dumas raconte ainsi, dans les Morts vont vite (t. II, pp. 85 et 86), la soirée où Musset lut Don Paez. M. Moritz Werner corrige avec raison, dans ce récit, une erreur de date. Au lieu de « vers la fin de 1830 ou le commencement de 1831 »,nous mettons, avec lui, sans hésiter :« vers la fin de 1829 ou le commencement de 1830 ». En effet, le premier volume de Musset avait paru au commencement de janvier 1830, et, dans ce même mois, les gazettes l'avaient signalé. (-Kieme Beitrsege sur Wûrdigung Alfred de Mussets (Poésies nouvelles) von D' Moritz Werner.)
2, Kt dont M™« Arvède Barine rapporte les impressions dans son livre : Alfred de Musset.
jouvenceau dessiné par Achille Devéria, en costume de page : l'Eliacin du Cénacle.
Enfant par hasard adopté Et gâté,
comme il devait chanter lui-même \ Victor Hugo, chez qui son camarade Paul Foucher l'avait introduit, Sainte-Beuve, Nodier avaient accueilli dans leur cercle ce collégien frais émoulu,, poète non encore imprimé, qui, avant de conquérir par un succès le droit de s'émanciper^ grattait d'une plume d'expéditionnaire quelques papiers, pour obéir à sa famille. Habitués, comme dit M""" Arvède Barine, « à avoir ce gamin dans les jambes », ils l'avaient admis à leurs débats littéraires, Peu à peu, il s'enhardit à y jeter son mot, et ce ne fut pas toujours uneprofession d'assentiment aveugle aux doctrines du groupe. Disciple, mais indocile, et qui n'allait pas tarder à s'affranchir tout à fait avec irrévérence. On le traita de transfuge. S'il le fut du romantisme, il ne le fut jamais de l'Arsenal. Nodier approchait de sa fin, lorsque, en mai, juin, août 1843, s'échangea, entre lui, sa fille et le poète des Nuits, la correspondance en vers engagée par ces pimpantes strophes :
J'ai lu ta vive Odyssée *
Cadencée ; J'ai lu tes sonnets aussi,
Dieu merci !...