Première iievue de Paris, T. VI, p. 102 et suivantes
LE SALON DE l'aRSENAL 161
Après cela, si nous disons que Latouche se plaignit du procédé, on le taxera peut-être de mauvais caractère '. Que l'outrance du compliment ne nous en fasse pas la sincérité suspecte. Nodier croyait au « génie » de Latouche et il s'en était proprement « engoué ». Sa fille le plaisantait à ce sujet gaiement : « C'est fort heureux que Dieu ait fait le monde; car, autrement, ce serait M. de Latouche qui l'aurait fait 2. »
Du génie, pourtant, le romancier de Fragoletla n^en avait point. Un homme spirituel et rien que cela, c'est à quoi le réduisait Gustave Planche, qui fît à sa Camaraderie littéraire une verte réponse \ Un homme d'esprit qui voudrait se persuader qu'il est plus, mais « a trop d'esprit encore pour croire à son génie » et souffre ■du témoignage qu'il se rend à lui-même. Est-ce un autre qui lui assigne de la sorte sa mesure, il s'irrite et se tient presque pour diffamé. Qualifié, un jour, « homme d'esprit », dans un salon, peu s'en fallut qu'il ne répondît, séance tenante, par un cartel *. Si, peut-être injustement, on
1. 11 se plaignit dans une lettre à un ami: « Je fus désagréablement étonné quand je trouvai dans la préface de Trilby qu'on m'avait pris un sujet sans me le dire. » — Cité par Sainte - Beuve. Causeries da lundi, t. LIE, p. 493.