‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 88 sur 163 · Lettre à M"" Mennessier-Nodier (17 octobre · texte numérisé non relu

Lettre à M"" Mennessier-Nodier (17 octobre

LE SALON DE l'aRSENAL 173

« belle action ». Nous avons la réponse. Le roman n'est vieux que de quelques mois, et déjà cependant le public le délaisse. Le romancier, qui y a mis son cœur, dit sa gratitude à la lectrice qui l'a si bien compris :

Saint-Germain, 3 février 1837.

J'ai été touché plus que je ne pourrai jamais Texprimer, madame, de caque vous m'avez écrit sur Arthur. Je trouve dans votre lettre de quoi me consoler de l'oubli et de l'indifférence où ce livre est déjà enseveli. Ma vanité va jusqu'à dire qu'un livre qui vous a trouvée si favorable méritait un meilleur sort... Si j'ai tant différé à vous remercier, c'est que j'espérais d'un moment à l'autre aller à l'Arsenal recueillir de votre bouche quelques-uns de ces mots bienveillants qui m'ont tant ému et fait de bien...

... Je ne sais si je pense Arthur à présent. Pourquoi vous dire cela? et suffit-il de savoir que c'était un livre sincère au moment où je l'écrivais? Que je m'applaudis de l'avoir donné à votre maison ! Qu'il aura là un doux sommeil, un honorable tombeau 1 Qu'ils sont rares, épars, ceux qui en jugeront et en parleront comme vous, madame ! Je pense que des pages si sérieuses sont écartées durant ces derniers jours de bruit et de fête, mais je me recommande à vous pour le Carême...

Très divers étaient les suj ets de leurs entretiens : événements de famille, santé, politique... Bien entendu, la littérature y tenait grande place. Un jour, Ulric faisait l'éloge de Musset, « ce divin fumeur, ce charmant buveur d'ab-

sinthe qui nous rend des fleurs et du nectar pour toutes les horreurs qu'il avale * ». Il ajoutait : « Je l'adore. » Une autre fois, c'était Marie ellemême, Marie écrivain, qu'il exaltait, « adorable, naturelle, pur sang Nodier ^ », Ou bien il défendait contre elle le sonnet et, en même temps que son apologie en prose, la lui envoyait en quatorze vers \ Les dernières lignes qu'il lui adressa, d'une main quelque peu défaillante, expriment son dégoût pour une « boue littéraire » d'où émergent de rares poètes. Salammbô est la nouveauté du jour. Le livre n'a pas plu à son amie ; il sent comme elle ; il le lui dit familièrement :

Oui, ma chère Marie, je suis aussi bête que vous et je m'en vante. Je rougis jusqu'aux yeux de tout ce qui s'écrit. Salammbô est une mystification, une farce qui me confond, moi qui ai adoré Madame Bovary et qui aime l'auteur. Tout le monde éclate de rire au nez de ces amours carthaginoises et mercenaires comme au nez du notaire et de bien d'autres. Mais lisez V Argent maudit de Ch. Monselet, et vous vous réconcilierez avec le temps *.

Ce temps présent, il l'oublia souvent, j'imagine, et se « cramponna au passé », en compa-

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