‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 92 sur 163 · Voir les Revenants de Victor Pavie, pp. 25 et · texte numérisé non relu

Voir les Revenants de Victor Pavie, pp. 25 et

Ben Johnson, Byron. Ou encore, après avoir imaginé les aventures de Monsieur de l'Etincelle, il tirait des chroniques l'histoire du Dernier roi d'Arles. De quoi il se délassait en faisant parler le Perroquet de W aller Scott. Il écrivait un jour à Nodier : « Si je suis repoussé de l'Académie des Inscriptions et que vous me receviez de la vôtre, je veux vous étourdir par l'étalage de mon érudition négative ». Il calomniait sa science, — « positive » sur plus d'un point. Telle de ses publications provoqua,, en 1824, un débat important à l'Académie de Médecine. Mais il n'était de rien mieux informé que de l'Ecosse, de ses traditions, de son folklore. Là peut-être fut l'occasion de sa rencontre avec Nodier.

En 1821, Nodier avait voyagé au pays du romancier baronnet. Il y avait rempli un carnet de route, imprimé sous ce titre : Promenade de Dieppe aux montagnes d'Ecosse. Ce livre le mitil en rapport avec Amédée Pichot, qui allait publier lui-même des récits d'excursions en Angleterre et en Ecosse, puis rédiger le texte des Vues pittoresques de l'Ecosse dessinées par Pernot ? 11 est permis de le conjecturer, d'après une lettre de juillet 1822, où Pichot sollicite la permission d'employer la banale formule: «Mon cher ami... » ; ce qui marque la nouveauté de leurs relations. Il est à Londres, où il use de recommandations, dont l'a obligeamment pourvule voyageur de l'année précédente. Il demande:

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<€ Avez-vous fini les aventures de ce pauvre lutin d'Ecosse ? »

L'année d'après, ce fut une collaboration inattendue qui les rapprocha. En 1823, parut sous leurs signatures associées, un Essai critique sur le gaz hydrogène et les divers modes d'éclairage artifîcieL Ils en vinrent à une étroite amitié. Une communauté de goûts les y destinait : tous deux bibliophiles et « biblioplégistes ». A Londres, Pichot marchande pour Nodier la Satire Ménippée, et ce lui est prétexte à prolonger d'agréables séances chez le libraire Wheatley. Au besoin, il entreprendra pour son ami des recherches laborieuses au fond de l'hagiologie écossaise; par exemple, sur saint Oran, dont il lui a dédié la légende dans le Perroquet de Walter Scott. Enfin, tous deux amoureux des hasards, ne rêvaient-ils pas d'un voyage au pôle Nord ? J'en trouve la preuve dans une lettre datée du « Jour de l'an » (1827)*, et qui commence par un badinage sur « l'hiver un peu tiède », à peine suffisant « pour glacer les marrons », alors qu'il devrait « glacer toute une mer>. La suite, où, de temps à autre, éclate la plaisanterie, témoigne que le projet avait toutefois quelque sérieux. L'itinéraire est étudié, les difficultés de la route mesurées. Suit un postscriptum sur la « calotte polaire ». Cela se ter-

1. L'année n'y est pas inscrite ; mais nous la conjecturons d'après une allusion à certaine loi Peyronnet, celle-là même, apparemment, que Chateaubriand qualifia de « loi vandale ».

mine, il est vrai, par un refrain d'opéra-comique :

Voyage, voyag'e qui voudra !...

— accompagné de cette déclaration : « Cependant je vous aime tant que nous partirons quand vous voudrez. »

On voit les progrès de leur amitié, et l'on comprend l'accent dont Amédée Pichot remercia M""' Mennessier lorsqu'il reçut d'elle la biographie de Charles Nodier. Il lui gardait, au reste, à elle-même, une gratitude vive pour l'affection qu'elle avait, dès l'abord, accordée à sa première femme :

Vous avez nommé ma pauvre Zéphyrine comme une des beautés de l'Arsenal. Sous ce nom, vous avez, réveillé tout un monde de douces et tristes pensées. Il y a longtemps de cela, mais j'en suis reconnaissant comme si c'était hier...

Avec ce chercheur laborieux et ingénieux, Eloi Johanneau voisina ici tout naturellement. Eloi Johanneau, quasi-homonyme de deux artistes que nous nommerons, mais avec lesquels il n'a rien de commun, mérite mieux qu'une mention. Familier de nos Gaulois, comme Nodier, il sollicita, un jour, de lui et obtint communication d'une « rarissime sciagraphie de Rabelais ». Telle fut, je crois, le premier objet d'une correspondance qui prit bientôt le ton de l'intimité.

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Johanneau préparait le commentaire historique et les notes philologiques d'un Rabelais variorum '.Nodier, qui le documentait si volontiers, lui donna, pour l'annonce de cette édition savante, une collaboration dont il sentit le prix. Johanneau avait plaisir à parler de ce prospectus dans lequel le meilleur n'était pas de lui, « et qu'on allait chercher au Palais-Royal comme un pamphlet du jour ^ ».

C'était un érudit gai. Au cours d'un voyage en Touraine, il avait composé une Chanson sur Rabelais et, du même Rabelais, il fit plus tard une petite « clef » en quatre coupletsMl rimait, le cas échéant, des épigrammes. Sur Renjamin Constant, dont le prénom signifie, en hébreu, « fils de la droite », il improvisa ce quatrain :

Fils de la droite, Benjamin A la gauche toujours se place, Et pour défendre ce terrain, Est constant à la même place.

Sa philologie s'attarde parfois au graveleux, et il fait joyeusement part à Nodier de ses découvertes en ce genre. Apulée, un temps, le retient. Nodier, qui a jadis étudié de près cet auteur, s'intéresse à ses recherches :

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