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LE SALON DE l'aRSENAL 185

indifférent. Aussi déclare-t-il que, pour cette clef-là, il en céderait volontiers « d'assez singulières ». Son ami peut le prier de démarches auprès de l'éditeur Grapelet pour la mise au jour d'une telle découverte. Nodier fera plus : il se chargera de la partie bibliographique de cette publication.

De ce docte commerce, qui parfois s'égaie, une familiarité est née entre eux. Une lettre de Johanneau (18 avril 1830) s'adresse Carolo Nodidîero vel Nodiferro. Auparavant, il a nommé Nodier : mi carissime Notari. Il aime à jouer sur les étymologies. Il envoie à l'habitant de la rue Sully un sixain plaisant sur le nom de l'île Louviers, sa proche voisine.

Venait-il souvent à l'Arsenal? S'il lui avait plu d'y fréquenter, les sujets de conversation avec Nodier ne lui eussent pas manqué. On nous en croira, surtout si nous ajoutons que ce philologue se doublait d'un botaniste. Mais il ne sortait guère de chez lui. Il parle de sa réclusion dans son cabinet, oii ses études le « tiennent cloué comme Prométhée sur le Caucase ». Du moins, parut-il une fois chez Nodier pour y introduire M"" d'Estournelles, née Constant de Rebecque '■.

Elle aurait pu s'y présenter seule : Nodier avait connu son frère et l'avait entrevue elle-

1. Deux lettres de Johanneau, l'une du 13, l'autre du 16 avril 1830, parlent de cette visita projetée.

même à Dole \ où il obtint un permis de séjour en 1806, après son équipée de conspirateur. Entre Benjamin et lui, c'avait été mieux qu'une rencontre : « leurs esprits souples et brillants, leurs sensibilités promptes et à demi brisées devaient du premier coup s'enlacer et se convenir * ».

Il gagna, dans cette ville de Dole, quelques autres sympathies précieuses. Nous avons dit ce que fut pour lui le sous-préfet, son « surveillant ». Il devait garder une gratitude fidèle à M. de Roujoux et lui ouvrir toute grande la porte de sa maison, quand ce fonctionnaire en disgrâce devint, lui aussi, habitant de Paris. On aima tout de suite, à l'Arsenal, ses manières exquises d'homme du monde et son esprit, dont la droiture ferme, — parfois un peu âpre, — contrastait avec une sensibilité fine et tendre. Il eut, en Nodier, un précieux collaborateur littéraire et un guide, nous pourrions dire un protecteur. Car il reçut de lui aide en même temps que conseil, lorsque, retiré de l'adminisôration, après une carrière traversée par les brusques alternatives des événements politiques, il demanda des ressources à sa plume.

En 1827, ils publièrent ensemble les Poésies inédites de Clotilde de Surville, « poète français du XV* siècle ». Un premier recueil avait

1. Une partie de la famille de Constant habitait cette ville.

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