‹ Charles Nodier et le groupe romantiqueChapitre 99 sur 163 · Devériales a de même associés · texte numérisé non relu

Devériales a de même associés

seulement devant la toile qu'il frémissait de safougue novatrice. Enfin redisons que le salon de Nodier était pour les combattants de la littérature, de l'art et même de la politique, un terrain neutre. Tous y observaient de bonne grâce une trêve de Dieu.

D'Amaury-Duval, il reste, sur 'l'Arsenal, des pages intéressantes par de copieuses descriptions, relevées d'esprit, et où la connaissance des choses atteste une intime fréquentation des gens. Aussi les billets de lui que nous avons entre les mains, tous adressés à M"" Mennessier — dont il fit le portrait — ou à sa fille, M''° Thècle, ou à son fils Emmanuel, sontils d'un ami très familier qui s'invite à dîner^ plaisante celui-ci ou celle-là sur son caractère, accuse, au surplus, en toute franchise, sa propre humeur, sait qu'il n'importunera pas en définissant l'état de ses nerfs, non plus qu'en déplorant ses grippes ou ses rhumatismes. Encore mieux ses chagrins seront-ils compris, ses deuils partagés, et il en écrit à cœur ouvert. De ces lettres, pourtant, nous ne voyons rien à transcrire. Mais il avait connu, chez Nodier, Alphonse Jal, et il lui envoya de Florence quatre pages très serrées, d'où peuvent s'extraire des lignes qui sont des « sensations d'Italie » curieuses. Rome, d'où il revient, l'a quelque peu accablé ;. il y < étouffait ». Florence le met à l'aise :

LE SALON DE l'aRSENAL 195

Je respire ici. A Rome,rart y est si grave, si triste !,.. On ne peut pas sourire devant toutes ces ruines; ici, avec toute sa grandeur, l'art a du charme. Rappelezvous le Campanile de Giotto, le Dôme, l'église de San Miniato. Mais allez donc rire devant le Panthéon ou Saint-Pierre... Si un artiste doit vivre en Italie, je crois qu'il doit habiter Florence jusqu'à quarante ans et aller finir sa vie à Rome. Je n'ai pas quarante ans et je reste à Florence. Et puis, vous le savez, tout ce que j'aime de l'art est ici. Au premier coin de rue, je trouve une madone de Giotto, de Beato, de Memmi, de Gaddi, et, dans toutes les galeries, des Raphaël, des Titien, que sais-je? Et puis, quand j'ai passé ma journée au milieu de ces hommes-là, je me dépouille de mon caractère d'artiste, c'est-à-dire que je fais ma toilette et que, par un beau soleil couchant, je'me dirige vers les Cascine, où je retrouve la vie élégante, du monde, des équipages, des toilettes, ce qu'il faut enfin, par moments, à nos têtes parisiennes... Je n'ai pas pu comprendre comment il^ avait pu se décider à ne pas voir Forence... Je crois que c'est une ville bien importante, indispensable même pour un élève de M.Ingres. C'est là qu'on voit que tout l'art ne consiste pas dans une main ou dans un pied, mais avant tout dans le style...

Lui-même, élève d'Ingres et fervent de « style», il a mis dans ces derniers mots sa profession de foi.

1. Guichard, compatriote de Nodier. Il était né en 1810, à Besançon. Il fut en 1835, attaché à la Bibliothèque royale. Le Bulletin du bibliophile le compta parmi ses collaborateurs. F reste de lui une édition des Poésies du duc Charles d'Orléans et quelques autres publications érudites.

Elle aurait pu être celle d'Alaux — dit « Alaux le Romain », à cause de son prix de Rome, et surtout de sa rigide religion esthétique. — Il accompagna, lors du sacre de Charles X, Nodier à Reims. Victor Hugo était du voyage. On discuta, pendant le trajet, sur l'art du paysage. Le poète défendit la liberté de l'accident pittoresque contre ce classique, « épris du style noble et rassis », qui « accusait les moulins à vent de déranger les lignes avec leurs mouvements de bras» '.Tout « romain » qu'il fût, Alaux eut ses entrées, grandes et petites, à l'Arsenal et il orna de ses sépias plusieurs pages de l'album romantique.

Un artiste qui devait aux classiques son éducation, et qui d'abord leur avait paru docile, c'était David d'Angers. Lui aussi, « prix de Rome », il avait, en 1815, été l'hôte de la Villa Médicis, et l'influence de l'antiquité parut quelque temps le dominer. Il cachait cependant, tout au fond de lui-même, un instinct rebelle à la discipline de l'art traditionnel. Séduit par le mouvement de la vie moderne, curieux de ce qui s'en reflète dans les physionomies, attentif aux particularités individuelles, il devait s'affranchir de l'idéal fixé. Le jour vint, en effet, oii, moins soucieux de beauté que d'expression, il se donna pour tâche d'interpréter les accidents des visa-

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