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CHAPITRE IV

LA JEUNESSE SCIENTIFIQUE DE NODIER (fin) VOYAGES A PARIS, DANS LES VOSGES ET LE JURA

De 1798 à 1804, Gh. Nodier partage son temps, — « mélange de passions débordées et d'études sérieuses » (Wey) — entre Besançon et Paris; ii fait aussi quelques séjours dans les Vosges et parcourt enfin, en fugitif, pendant les années 1805 et 1806, les montagnes du Jura ; cependant, malgré cette vie agitée et traversée jiar tant d'aventures, il n'en continue pas moins ses observations d'histoire naturelle, seule particularité de sa vie dont nous ayons à nous occuper.

§ 1. Observations d'histoire naturelle dans les Vosges

Nodier allait fréquemment, — peut-être chaque année, dans sa jeunesse, — passer quelques semaines de vacances, dans les Vosges, chez sa nourrice Thérèse Krist.

Il fait allusion à ces séjours dans les Souvenirs de la Révolution (Les Emigrés) et dans les Souvenirs de jeunesse (Thérèse) ; les transformations que la riche imagination de Nodier a fait trop souvent subir aux événements qu'il raconte dans ses Nouvelles et ses Essais pourraient faire suspecter la véracité de ceux dont il parle dans ces Souvenirs; mais ils sont confirmés par plusieurs passages de sa correspondance avec Weiss. 11 est, du reste, assez facile, dans Thérèse et dans les Emigrés, de séparer, de la partie romanesque du récit, les faits vrais et les observations scientifiques rapportés par Nodier.

C'était oi-Jinaii-ement en août ou en septembre que Nodier se rendait à GiiouKigny, ou au Puix, au pied du Ballon d'Alsace ; dans sa cori'espondance, il donne plusieurs t'ois rendez-vous à W'eiss pour le mois de fructidor ou la tin du mois d'août.

Un de ces voyages aurait eu lieu en 1798, si l'on accepte comme exacte la date donnée par cette indication de Nodier dans ses Soitveninsi^) : « je n'avais pas 18 ans » ; il s'agit de r (( expédition des' Vosges », organisée pai- le Directoire pour y recliercher des mines d'argent (2).

D'autres descriptions de Thérèse (p. 23, 86) se l'apporteraient à un autre séjour, — si ce n'est pas le même que le précédent? — du courant de l'année 1799; l'intéressant passage suivant montre l'enthousiasme de Nodier à la vue des paysages vosgiens et au cours de ses observations entomologiques .

Vous tous, disais-je, qui avez voyagé en tous pays, et qui n'avez pas vu la gorge roinanticpie du Piiy, quand vous serez arrivés de Giroinagiii au pied du ijalloa, vous conviendrez qu'il vous restait à voir plus (pie vous n'aviez vu. Mais il aurait mieux valu y aller en 17U9. Ce qui m'inspirait pour le Puy, à moi, une prédilection si marquée, c'était l'impression toute récente d'une promenade que j'y avais faite quelques mois auparavant (3), dans la ferveur de mes recherches entomologiques, à lu poursuite de deux magnifiques insectes vosgiens, la laima edilis el la lamia Schœ/feri, el duiil je n'avais rapporté qu'une aiuuurette, mais une amourette qui avait bien son prix, car c'était la première (-*).

Les lettres 1 et II de la correspondance Nodier- Weiss, se rapportent probablement aux séjours de ces deux années

(1) Les Kinigiés, p. I9.'3; Thérèse, p. 84 (éd. Ueiuluel).

(2j Voy. plus loin : Nodier, minéralogiste (Chup. XII, paragr. t.;

(3) Il s'agit peut-être du séjour de 1798 ?

(4) Les Emigrés, p. 198 ; Théièse, p. 85-8(3.

1708, 1799 et non à l'année 1796(1' ; Nodier y [jaile de son installation chez sa nourrice, près de Gironiagny et on y voit (|u'il s'occupait alors autant de bolani(iue que d'entomologie.

J'ai fixé dans le mur trois petites tablettes où sont mes livres ; tu sais que j'en ai apporté fort peu. J'ai mis sur la première trois ou (juatre volumes de Shakespeare, Montaigne... et le Gênera plantarum de Linné. . . J'ai fait tous ces jours-ci des excursions botaniques assez fructueuses ; j'ai découvert beaucoup de plantes alpines et j'en ai recueilli de superbes individus, entre autres des citises qui ne sont, je crois, pas décrits [X, lettres I, II].

Dans une autre lettre écrite de Paris, probablement en •180"2 (avant la publication de Stella !), Nodier, dans un moment de découragement, écrit à Weiss : « J'irai retremper ma vie auprès de loi. Je crois que la campagne, la solitude, l'amitié me rafraîchiraient un peu. Nous cueillerions des plantes; je t'apprendrais à les dessécher: nous chercherions des insectes et tu me rappellerais leurs noms. Crois-tu que cela soit possible'?. . . . Gela était si facile à dix-huit ans. . . » [X, lettre HI, p. 6].

Une autre lettre adressée à Weiss, aussi en 1802, mais postérieure à la publication de Stellu, fait allusion à son séjour, dans les environs de Giromagny. Vannée précédente, et lui donne rendez-vous pour le mois d"août prochain.

Du courage, mou bon ami, et au mois de fructidor prochain, nous herboriserons dans ma chère tjiontague des Vosges et je te montrerai les belles mines (2) de Gironiagni, et le beau vallon du Puits et la chaumière où habitait cette inconcevable Thérèse Krist qui a servi de modèle à ma pauvre Stella. Cependant il

(1) Malgré M. Estigiiani et d'autre, après lui, comme M. Michel Salotnou, XIX, 261.

(2) « La belle mine a pour ^.^ belles mines », dans éd. Estignard, X,p. 11.

est possible que nous ne chargions pas notre bagage de Tournefort et de Linné. Une petite nomenclature bien simple nous suftira pour reconnaître celles de nos plantes que je verrais pour la première foison dont le nom me serait échappé (i); nous voyagerons moins en érudils qu'en poètes, qu'en amis ; nous nous chargerons moins de toutes ces pédantesques délinitions des savants que de plaisirs et de sensations nouvelles. [X, lettre VI, p. 11].

La même année toujours, il éci'it de Paris, à Weiss, des lettres pleines de souvenirs des Vo.sges, de ses sapins, de ses bruyères, de ses rochers [X, lettre XI, p. 21] ; dans la lettie XllI (p. '•21), il ajoute avec son enthousiasme juvénile:

Et la lettre est un volume que nous lirons sous les grands sapins de Giromagni, au milieu des souvenirs... ; car nous irons à Girouiagni ; nous marcherons sur ses bruyères, nous visiterons ses chalets, nous recueillerons ses plantes; et nous chercherons sur les feuilles de ses i)ouleaux ce beau capricorne rouge à écusson noir que j'avais nommé peltifer : et cet autre moins élégaut, mais dont les antennes s'étendent à trois pouces derrière lui. Avoue que ce jour sera beau! que de titres nous réunirons pour être bieu accueillis par la nature ! poètes, naturalistes... amis !

Nous verrons, dans un autre chapitre, que le peliifer de Nodier est le ParpaHcenus Kœhleri et que l'insecte aux longues antennes est le bel ^dilis rnontana dont Nodier a, du reste, déjà parlé plus haut.

Enfin, bien plus tard, en 1812, [X, lettre 73] Nodier fait encore de semblables projets pour le 31 août de cette année !

Ainsi, pendant ses séjours dans les V'^osges, dans le cours de ses excursions à travers les forêts de sapins, les pâturages et les bruyères des Ballons, Nodier, mettant à profit les

(1) Le copiste de M. Estigiiard a lu « cité après » au lieu de « échappé ».

connaissances qu'il avait acquises en histoire naturelle, avec Girod-Chantrans, Luczot et De Besses, avait pu s'occuper, avec des aptitudes et des succès divers, comme on le verra plus loin, de trois branches de ces sciences : l'entomologie, la botanique et la minéralogie.

§ 2. Recherches entomologiques à Paris

Pendant ses divers séjours à Paris, de 1800 à '1804, Nodier s'est occupé surtout de bililiographie et d'entomologie. Il était allé à Paris dans le but d'y trouver une situation, d'entrer en relations avec des hommes de lettres, des professeurs, qui pourraient l'y aider ; aussi passa-t-il son temps à beaucoup d'autres choses qu'à l'histoire naturelle ; cependant, dès son premier voyage, en hiver 1800 (déc. 1800 — mai 1801 ), il poursuit ses recherches bibliographiques sur les insectes en utilisant les ouvrages qu'il trouve à la Bibliothèque nationale où il fait de nombreuses séances [X. lettre 3, 4] ; il rédige sa Bibliographie entomologique, terminée dès la fin de décembre 1800 [X, lettre 4, 5] et qui sera publiée en février 1801 ; il prépare aussi d'autres ouvrages sur les insectes, une nouvelle classification de ces animaux, leurs rapports avec les plantes, ouvrages interrompus par des préoccupations de nature bien différentes, mais qu'il reprendra plus tard, à Quintigny, sans cependant pouvoir encore les achever !

La publication de la Bibliographie entomologique mit Nodier en relations avec l'illustre naturaliste Lamarck, qui en examina le manuscrit et le « qualifia d'ouvrage bien fait et vraiment classique. » L'approbation de ce savant avait été exigée par l'éditeur à qui Nodier s'était adressé pour l'impression de son œuvre.

(( Monsieur Maradan, avec qui je suis étroitement lié, se chargera, à coup sûr, de l'impression de mon ouvrage. Il n'y met plus qu'une clause, c'est la soumission antécédente du

manuscrit à Messieurs de Laméthérieet de Lamark. D'après leur aveu, dont je ne crois pas devoir douter et qui me sera notifié le 14, Monsieur Maradan achètera l'ouvrage. Si la somme est assez forte pour m'entretenir ici pendant quelques semaines, j'écrirai promptementà M. Coste (l), suivant tes intentions, parce que je puis, pendant quelques semaines bien employées, rétablir mes affaires... » (2).

Quelques jours plus tard (26 nivôse = 16 janvier 1801), une nouvelle lettre donne des renseignements sur cette négociation.

Maradan est venu chez moi pour m'apporter votre lettre (3), pendant que j'étais à la Bibliotlièque nationale. Je n'ai pas pu le voir, et j'ignore encore ce qui est décidé de mon ouvrage, dont je n'ai pas pu avoir des nouvelles depuis qu'il est déposé entre les mains de M. Lamark : il est probable que j'aurai de la peine à le vendre, et. des platitudes dégoûtantes vont aux nues... (4).

Enfin, Lamarck ayant approuvé l'ouvrage, Moutardier se charge de l'imprimer.

Quant à mes manuscrits je voidais garder sous le secret ce qui les concerne et je ne vous (5) confie rien qu'à ce titre, parce que je prépare à mon père le plaisir de la surprise. Monsieur de Lamark a ap|)iuuvé ma Bibliographie entomologique, l'a qualifiée d'ouvrage bien fait et vraiment classique (S) et m'a engagé à en presser la publication. C'est Moutardier qui s'en

(t) Ch. Nodier était adjoint au ijiljliothécaire Coste, à l'Ecole centrale de Besançon, et ses absences donnaient lieu à des plaintes répélées.

2, r.ettre de Nodier à Cli Weiss, du 11 nivôse an IX = 1-' janv. l.SOl ; inédite !

(3) Lettre adressée par Weiss et des amis communs.

(4) Estiprnard, X, lettre XIV, p 29; cette lettre est bien anlciicuie à la lettre XVII et doit èlre classée la 4' de la correspomlance Weiss!

(âi La lellri' e.-5t adressée à Weiss et à des amis communs. (6; Ces mots sont soulignés dans l'original, non dans l'édiliou Kstignard. X, p. 8.

occupe et dans huit jours vous me verrez imprimé. Motus. Je ferai passer à Deis des exemplaires qu'il vendra comme il pourra... X, lettre IV, p. 8-91-

Cet ouvrage fut bien une sui'prise, — et ti'ès agréable — pour le père de Cb. Nodier ; on peut lire dans l'ouvrage de \[me Mennessier [VHI, 37] la satisfaction qu'il éprouva à la réception des exemplaires de ce travail et tous les avantages

qu'il en espérait |)our l'auteur.

besançoM, 20 ventôse an IX. — /n tenni labor. Cette épigraphe, mon cher Charles, eût merveilleusement convenu h l'ouvrage que tu noiisasfait parvenir. lia dû te coûter beaucoup de Iravuil et de recherches. Les personnes en état de les apprécier, te sauront plus de gré de ta petite bil)liographie des insectes que de plusieurs volumes in-douze de pur amusement. Tous te- paquets ont été remis à leurs adresses du jour de leur réception. Je ne sais point encore quel jugement le citoyen Chanirans aura porté de ton petit volume, mais je ne doiiftî pas qu'il ne te soit favorable et qu'il ne fasse beaucoup valoir ton travail dans la première assemblée de la Société d'agriculture. Pour moi, je suis extrêmement satisfait de ce que tu as utilement employé le temps que tu as dérobé à la curiosité et au plaisir. Ce petit monument servira peut-être à te rappeler au souvenir des professeurs et des hommes de lettres avec lesquels tu as entretenu quelque liaison et dont le suffrage te sera infiniment avantageux quand il se présentera une place qui pourra te convenir...

Te ne sais quel a été le sentiment de Girod-Ghantrans sur l'ouvrage de son ancien élève ; mais ainsi qu'on l'a vu [ilus haut (p. 32), cet ouvrage n'est pas même mentionné dans les procè.s-verbanx de la Société d'Agriculture du Doubs !

Quelques renseignements sur les deux naturalistes qui devaient examiner le travail de Nodier.

Lamarck (Jean-Bapliste-Pierre .\ntoine de Moxet de), né en Picardie, à Rarentin, en 1744, mort à Paris, en 1829,

l'illustre fondateur du transformisme, était surtout botaniste (cf. sa belle Flore française de 1778 et 1795, revue et augmentée par Decandolle, 1805 1815) ; mais, chargé en 1793 de la chaire des Animaux sans vertèbres au Jardin des Plantes, il s'occupa dorénavant avec succès de ces organismes ; cependant il travailla moins les insectes que les autres groupes de ces animaux inféileurs et en abandonna l'étude à son aide naturaliste Latreille ; cette circonstance explique le jugement un peu trop élogieux qu'il fit de l'ouvi-age de Nodier,

Pour La Metherie, il s'agit du physicien et naturaliste Jean-Claude de La Metherie (né à La Clayette, dans le Maçonnais, en 1743, mort en 1817) qui venait d'être nommé adjoint à la chaire d'Histoire naturelle du Collège de France; il est l'auteur de nombreux ouvrages de géologie, de minéralogie, etc., où l'on trouve des idées singulières sur l'origine des végétaux et des animaux, idées que Nodier utilisera plus tard dans son Essai de Palingénésie humaine (voy. chap. XII, parag, 3) ; on ne peut confondre J.-CI. de La Metherie avec le médecin philosophe Julien Offray de La Mettrie, né à Saint-Malo, en 1709 et mort à Berlin en 1751, qui sera plus tard le sujet d'un autre Essai de Ch. Nodier Sxtr les superstitions dont nous parlerons plus loin.

Ch. Nodier avait encore fait des recherches sur un sujet bien en rapport avec ses facultés d'observation, d'analyse et de généralisation, les Harmonies de V Entomologie et de la Bota7iique ; il les annonce dans sa Bibliographie entomologique, p. 36 et 37. Il parait aussi avoir préparé une Histoire des Insectes avec un Nouveau système de classification, qui aurait même été annoncé dans des catalogues, à la date de 1800. M. Abeille de Pei'rin, à qui je dois cette indication, n'a pu retrouver la soui'ce où il l'a puisée; il s'agit probablement du même ouvrage que Nodier reprendra, [tlus tard, à Quintigny, sous le titre de Muséum entomologicuiv .

Dans ses autres séjours à Paris, fin 1801 à mars 1802. et hiver 1803-04, malgré ses occupations littéraires (publication

de Stella), ses relations avec les Méditateurs et les Phiiadelphes, ses démêlés avec la police (emprisonnement à Sainte- Pélagie, déc. 1803 à janv.'1804), Nodier n'a pas dû inlen'ompre complètement ses études d'histoire naturelle; c'est à celte époque qu'il faut probablement rapporter les l'eclierches indiquées plus haut et les curieuses observations sur les animaux ressuscitants, qu'il faisait dans les gouttières du toii de sa chambre d'étudiant, au ô^e étage, observations transcrites, en 1864, par Al. Dumas, avec sa verve habituelle, sous le titre de Tarentatello ; elles sont analysées et leproduites plus loin.

Enfin, collaborateur du journal la Décade pliilosophicpte, Nodier a donné, en 1804. à cette Revue, plusieurs articles sur des sujets scientifiques.fi)

Nodier a dû entrer en relations, à Paris, avec d'autres naturalistes que ceux dont on a relevé les noms dans sa correspondance : Lamarck. La Metherie, Cuviei', Duméril, etc. ; il cite, dans divers de ses ouvrages, des anecdotes qui se rapportent à des personnages amis de son père, comme Naigeon, ou s'occupant d'histoire natuielle ; il parle, dans Séraphine, de la S()cielé pliilomathique de Paris qui était, grâce à « une correspondance hebdomadaire » de Girod- Chantrans, « seule dépositaire alors de toutes ses brillantes acquisitions des sciences physiques dont l'Institut a recueilli l'héritage >■> (p. 39). Nodier a probablement servi plusieurs fois d'intermédiaire entre Chanti'ans, la Société philomathique et les naturalistes qui la composaient (2),

(1) Voy. Bibliopliile Jauob . Ch. Nodier rédacteur de la Décade philosophique (Bull, du Bibliophile. 1864, p. 1169 ; 18fi5, p. 145. iôS, etc )

(2 Les premières communications de Girod Chantrans à la Snciété philomalique remontent à 1793; il les a continuées pendaiil plusieurs années; voy. rapport du citoyen Sylvestre, an VI, p 99; Recherches chimiques . . •1802, p. vi, vij .

^ 3. Nodier fugitif dans les montagnes du Jura.

La période la plus obscure de la jeunesse de Nodier comprend les années 1805, 1806. qu'il passe en grande partie, se croyant poursuivi par la police de Napoléon, à errer en fugitif dans les montagnes du Jura.

Ses biographes racontejit comment à son retour de Paris, au commencement de 1804, sortant de Sainte-Pélagie avec le renom d'im révolté et d'un conspirateur, ses propos hardis, ses relations Cf^upromct tantes éveillent l'attention de l'autorité et le font mettre en surveillance"); dans la crainte d'une arrestation possible, Nodier croit prudent de s'écha[)per de Besançon et de dépister la police en vagabondant dans les montagnes du Jura et les hautes vallées de la Suisse. ',2)

Mais. « dans ses pérégrinations cà travers les bois et les champs, tandis qu'il fuyait les gendarmes réels ou imaginaires qui étaient ou qu'il pens;iit être à sa poursuite, Nodier faisait la chasse aux insectes », et récoltait des plantes ou des minéraux : on le trouve ainsi à Courlans, aux environs de Lonsle-Saunier, à Sellières, Arbriis, Grozon, Saint-Cyi', Au!Uont, Colonne, Pupillin, Toulouse, Villers-le-Bois, la Ferté, etc. (3) ; à Courlans, « la vallée la plus grncieuse du Jura et peut-être, dit-il, du monde entier, où il tait si bon se coucher pai'mi les

(1) CeUe siirveiilance a duré jusqu'en 18l)9 ; le 10 septembre de cette année, Nodier écrit d'Amiens à Weiss (X, lettre 87) : « je ne suis plus en siirs'cillance el le clievalier ne l"a jamais élé » Dans la préface de V Examen critique des Dictionnaires p. (> , il ilit aii^>.i : <( un mandai d'arrêt a pesé sur moi pendant 4 ans. i

i2) Voy. Suites d'un tuandat d'arrêt dans Souvenirs et Portraits, éd. F^enduel, I8'il, t IX, p. I Kî, 1 18 (Courlans . 1 19 .Vncolie, Lamie de Kœhler), [1 124- (Soilioros), etc ; allusions dans plusieurs Nouvelles, par ex Made- 7»oiselle de Marsan; aussi dans la Bioi^r. Haube. autobiograpliie(?) reproduite dans Bull, tlu liibliophile. 1804, [). 8(ir> el dans la Préface de VExamen critique des Dictionnaires, etc.

[Sj Voy la carte placée dans le Chap. 1 de cet ouvrage, p. 9.

renoncules à la coupe d'or, les leucanthèmes aux rayons d'argent et les salicairesaux grappes violettes », il fait, dans ses pi'airies en fleurs, la découverte d'un bel insecte : « jamais, s'écrie-t-il, la magnifique ]ainie de Kœhler ne s'était offerte à mes yeux et je l'appelai par un cri d'enthousiasme. »

La nuit venue, le naturaliste fugitif cherchait un asile dans quel((ue cabane de paysan ou de hucheion, dans un presbytère écarté ou chez un médecin de campagne Cj; « habile à tliscourir sur la médecine, comme sui toutes les sciences qui s'y rattachent, il étonnait ses hôtes par l'étendue et la variété de ses connaissances »; et en les quittant, en reconnaissance de leur hospitalité, il leur laissait des insectes curieux, des plantes salutaires, ou quelques minéraux rares; il les engageait à rechercher les curiosités naturelles, à en faire des collections, leur donnait des conseils et des leçons; comme le dit Mérimée, et ainsi {.pie nous le vei'rons plus loin, Nodier était déjà un professeur, — professeur nomade, — d'histoire naturelle. (2)

Nodier n'a pas donné, sur ces années « au nombi'e des |ilus douces de ma vie » ('■^) et sur ses observations d'histoire naturelle, d'autres renseignements que ceux contenus « dans les pages charman'es de pittoresque » qu'il a consacrées à cette vie errante (^); mais il a certainement utilisé ses observations dans les cours qu'il a professés à Dole et dans les ouvi-ages, malheureusement perdus, qu'il devait plus lard préparer à Quintigny.

(1) D'après l'autobiograpliie citée plus haut. Nodier tromait un asile dans les presbvtères et les couvents; il v travaillait dans leurs liibliothèqnes ; en Suisse, il aurait été obiiiîé poiu- vivre d'exercer divers métiers (p. 866).

(2) Voy. Mérimée, IV; Wey , II. VA. Thuriet, XllI. 101 : D' Fabre. XXXVII, 5 ; Michel Salouiou, XIX, Cri ; Bouvier, XLIl. 5.

(3) iixaioen critique. . . p. 7.

(il Voy. plus haut, note (-), p. précédente.

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