‹ Charles Nodier, naturalisteChapitre 12 sur 61 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA DERNIÈRE PÉRIODE DE LA VIE SCIEiNTIFIQUE DE NODIER: DOLE, AMIENS, QUINTIGNY, l'iLLYRIE, PARIS

Nodier trouve enfin, dans les derniers mois de 1806, ou au commencement de 1807, un tei"me k cette vie vagabonde; il était rentré, sur l'invitation même du préfet Jean de Bry 1 , à Besançon; un peu plus tard, il se laisse envoyer en surveillance à Dole, où pendant plus d'un an (1808 septembre 1809), « il butine, à son gré, à travers les vastes domaines de la philologie, de la littérature et des sciences naturelles ))(2); après une échappée de 8 mois à Amiens (septembre 1809mai 1810), Nodier se fixe à Quintigny, près de Lons-le- Saunier, dans la famille de sa femme et s'y occupe avec ardeur d'histoire naturelle, jusqu'à son départ pour Laybach (fin décembre 181'2j; à son retour de l'Illyrie (octobre 1813), après quelques jours passés à Quintigny, Nodier s'installe définitivement à Paris (1814) et là s'éteint peu à peu sa passion pour l'entomologie et se termine sa vie de naturaliste (1818).

La période de 1807 à 18l!2, [jendant laquelle Nodier se livra à un travail acharné, très disséminé comme toujours, mais consacré en grande partie à l'histoire natuielle, aurait été des plus fructueuses et des plus démonstratives pour sa réputation de naturaliste, si sa nomination à Laybach ne l'avait empêché de terminer les recherches importantes qu'il avait

(1) Jkan de Bry. né à Vervins, en 1760, j le tî janv. 1844, ancien député à la Con%ention nationale, a été Préfet du Douhs, de juillet 1801 a avril 1814.

(2) PiNG^iD, dans Soc. d'Emul. du Uoubs, 1886, p. 206.

enti'eprises sur les Coléoptères du Jura et des Alpes et d'en publier les résultats ; ces ouvrages étaient assezavancés pour qu'il ait pu en annoncer la publication dans l'année même où devait avoir lieu son départ ! Il n'en reste malheureusement que des traces dans sa correspondance et dans quelques passages de ses autres ouvrages.

§ I. Nodier à Dole (1807-1809).

A Dole, Nodier est pour nous surtout le professeur d'iiistoire naturelle, comme nous le verrons dans un chapitre spécial de cet ouvrage : il y taisait des cours de belleslettres (■!), de grammaire, de sciences naturelles, enseignant particulièrement la Botanique et l'Entomologie. (Voy. chap, XII, paragr. 2.)

En dehors de son enseignement et à côté de ses recherches d'histoire (2), de philologie '3j, de bibliographie (4), etc , Nodier s'occupe très activement d'entomologie, surtout de sa collection d'insectes qu'il augmente chaque jour et qui devient en quelques années très importante ; pour l'accroître, il s'adresse à divers naturalistes et le plus souvent, par l'intermédiaire de son ami Weiss, aux entomologistes bisontins, Gevril et Lonjan

Plusieurs lettres prouvent avec quelle impatience Nodier réclamait et attendait les insectes dont il avait besoin pour ses cours et pour sa collection.

« J'espéi'ais, écrit il à Weiss en 1807 ou 1808, que tu m'enverrais quelques insectes, et j'avuis pour en désirer de bonnes

(Ij Nodier ouvre le 4 juillet I8U8, dans l'ancien couvent des Cordeliers, un cours public de belles-lettres (Pingaud, Soc. Emul. du Doubs, 1886, p. 206).

(2) Voy. Correspondance Nodier -Weiss, lettre 17.

(3) Id., lettre 22, inédite, de décembre 1807 f

{'tj Id., plusieurs lettres inédites, non cataloguées.

raisons que je t"ai dites. Quoique je m'en sois procuré en nombre suffisant pour mes démonstrations, ceux qui viendraient seraient bien venus. Ils figureront dans mes boîtes (jui sont très somptueuses mais qui sont un peu vides. Nota beae que je ne veux que des Coléoptères. ))(lj

Dans une autre lettre de 1808? (après son mariage!) : i< Dis à Lonjan que s'il lui reste des insectes et qu'il n y tienne [jIus. il me fera plaisir de me les céder et de te les donner p(Hir m'ètre adressé- avec mes livres et pas plus tard. . . Passe chez Gevril qui a quelque chose à m'envoyer et arrange les choses de manière à ce que tout me parvienne à la fois. » ("^J

Un passage d'une lettre du 31 mars 1809, se rapporte aussi à des ilemandes d'insectes aux mêmes correspondants : « J'attendais de lui de Gevrili des insectes qu'il ne peut plus m'envoyer. Ceux de Lonjan me font donc faute et cela est bien pressé, car la saison n'est pas assez avancée pour m'en fournir un nombre suffisant à mes démonstrations. » G^)

Nouvelle lettre, en 1809, un peu plus tard, au moment (\e son départ pour .\miens :

Je ii'ahaiidoiine pas mes insectes, et ma collection est trop belle pour que je ne tienne pas à la compléter. Je ne sais quelle proposition faire à Gevril. Il est trop riciie pour prendre ticand intérêt à de simples échanges. Uis-lui positivement que s'il le veut, je lui tiendrai compte d'autant de demi-francs qu'il me fournira d'insectes des trente-six à quarante espèces capitales qui me mainpient. Tu me feras part de sa réponse et je lui adresserai mon petit catalogue. (X, lettre XXV, p. 47.)

(1) Lettre 31, inédite, coinineiii-ant par ces mots: « Tu nous joues un mauvais tour. . . »

(2) Lettre 27, inédite, commençant par : « Je ne sais pas encore de ce que tu t'es fàclié. . . »

(3) Letti'e 33, inédite, commençant ainsi : <^ Mon cher ami, je ne me suis pas empressé. . . »

De ces deux corres]M)iuhuils un seul nous est connu, (Jevril ; je n'ai trouvé aucun renseignement suc f^unjan ; mais j'ai pu i-ecunstituer la biographie de Gevril, à Toccasion de mes i'echerches sur les Naluralisles franc-comloù.

Frédéric Gevril est né au Locle (Suisse , vers 177:! ; il est mort à Besançon, le J"' août 1850, à 83 ans ; il a été conservateur du Musée d'Histoire naturelle et du Jardin botanique de cette ville^ de 18'20 à 1844; c'était un natui'alisle collectionneur enthousiaste, récoltant indistinctement tout ce qu'il trouvait d'intéressant, un original sui- qui Marcou raconte d'amusantes anecdotes (' . On voit par la correspondance de Nodier que Gevril était déjà, en 1808, un entom(jlogiste exercé, mais malheureusement méconnu.

« J'ai reçu de Gevril, écrit Nodier en 1809, une lettre qui tire les larmes des yeux. 11 est affreux que vous laissiez partir de Besançon un homme tel que celui-là, à qui le gouvernement devrait des gratifications ; tâche de faire à Besançon l'iionneur de me dire ici quelque chose pour lui ! Voilà une ville qui apprécie bien le mérite ! Passe poui' les gens qu'elle a produits, mais les étrangers, du moins! » (Lettre 33, inédite, du 31 mars.)

F,t plus tard, à Amiens, le 16 janvier 1810, nouvel éloge de Gevril et des services qu'il a rendus à la science :

C'est d'ailleurs un liuinnie à voir (|iie Gevril Je serais bien aise que tu cultivasses la cunuaissaiice de ce l'ecoininamiable garçon qui aurait des médailles, des pensions et des brevets, si l'un donnait de tout cela au mérite modeste. Je pose en fait que Gevril a rendu des services plus réels aux sciences naturelles, a fait cent fois plus de découvertes et d'observations, a senti cent nulle choses plus intéressantes et plus sensées que

(Ij Soc. d'Emul. du Jura, 1888, p. IW, 121. .\ propos de son V(jyage à Besançon, au printemps 1845, Matcou dit, à tort, que « Gevril était inoi t depuis peu, » (p. 123) ; il avait seulement cessé ses fonctions de conservateur du Musée.

tous les beaux parleurs de l'Institut. M. de Bry a-t-il vu sa collection ? Saitil que cet homme existe et ne le lui dis-tu pas? Je te recommande cette idée. » (X, lettre XLI, p. 88.) (D

Le mérite de Gevril fut enfin reconnu : notre naturaliste ne quitte pas Besançon, devient conservateur du Musée d'Histoire naturelle et meurt dans la ville d'adoption qui l'avait d'abord ignoré.

D'autres lettres concernent l'échange de Vllistoire des Oiseaux de Valmont de Bomare (lettre '21, inédite), et le désir de Nodier, d'avoir, par voie d'échange, un exemplaire des Insectes de Geoffroy (lettre 25, inédite).

Cet ouvrage de Geoffroy est celui ijui avait déjà servi a Nodier pour ses études entomologiques à Besançon, en 1793- 1800 ; il est intitulé Histoire abrégée des Insectes qui se trouvent an.c environs de Paris, 1762, 2 vol. in-4" avec figures ; ouvrage qui a fait époque et qui est réellement très remarquable pour le temps où il a été écrit, d'après Dejean {Species, t. I, p xxij). Nodier s'était aussi servi de l'abrégé publié pai' Fourcroy, en 1787, 2 vol. in- 12 sous le titre de : Entoinologia parisionsis. (2)

(( Le Beaiivais sera donc de surcroit et je fais prier Saint- Vandelin de me donner son Geoffroy en échange. S'il y consent, tu te chargeras de le lui remettre. . . (3) »

(1) Voir encore plus loin une lettre d'Amiens, du 10 septembre, sur la remarquable collection de Gevril, « plus riclie que celle du Muséum en espèces indigènes »

(2) Geoffroy (Etienne-Louis), médecin et naturaliste, né à Paris, en 1725 f août ISIO; — Fourcroy (Ant. François de), Paris, 15 juin 1755 ■]- 1(5 décembre 1809. célèbre cbiiniste, s'est aussi occupé d'histoiie naturelle ; il a ajouté à l'abrégé de V tlUloire des insectes des environs de Paris par Geoffroy, les noms et les caractères d'un assez grand nombre d'espèces Dkjican, Species, t. H, p. vj.)

(3) Lettre 25, inédite, du 30 avril, commenyanl par : « Je reçois une lettre de Madame Matpré... »

Nodier est toujours en correspondance avec Luczot qui l'engage à l'aller voir à Hédé et s'occupe de lui procurer des cours à Rennes (lettres 25, 28).

C'est pendant le séjour de Nodier à Dole, que survint le décès de son père (9 Octobre 1808) ; il avait épousé, deux mois auparavant (31 août), Désirée Gharves, que nous retrouverons plus tard avec Nodier, dans la demeure de ses parents, à Quintigny ; collaboratrice de son mari, elle s'intéresse à ses études et l'accompagne dans ses excursions : a Du l*"" mai à cette époque (15 mai), je ferai avec ma femme une promenade pédestre à travers les montagnes du Jura, tant pour voir nos parents communs que pour nous livrer à notre goût mutuel pour l'entomologie, qu'afm de me reposer un peu. . . (iJ ))

Mais Nodier n'est pas satisfait de sa situation précaire de professeur libre à Dole ; aussi ne cesse-t-il d'intéresser à son sort les personnages influents qu'il connaît à Besançon ou à Paris, par exemple Jean de Bry, préfet du Doubs, devenu son ami, Arnault membre de l'Institut, et il'essayer d'obtenir un emploi, inspecteur, professeur, dans l'Instruction publique (-) ; il décline, du reste, les propositions qui lui sont faites, ne les trouvant pas en rapport avec ses aptitudes et ses goûts.

C'est encore à ce moment que désespérant de trouver en France la situation qu'il désirait, il accepte l'emploi qu'une grande maison de commerce 1 A propose à la Nouvelle-Orléans, avec l'intention avérée d'y faire surtout des recherches d'histoire naturelle ; mais les offres du chevalier Croft le décident à aller s'installer à Amiens.

(l) Lettre 33, du 31 mars 1809, inédite.

(-2) Lettres 20, 26; Pingaud, Xll, p. 207 ; la biographie Rabbe aflinne que Nodier occupa successivement deux chaires de rhétorique dans d'autres villes du département du Doubs {Bull, du Bibliophile, 1864, p. 866).

§ 2. Nodier à Amiens (1809-1810)

A Amiens, où il séjourne d'août 1809 à mai 1810, Nodier continue à s'occuper avec la même passion de recherches enlomologiques ; il n'avait pas hésité à transporter avec lui sa collection d'insectes déjà li'ès importante, mais oii il y avait encore des vides « qu'il ne regardait pas sans douleur ! » Aussi, conlinue-t-il, toujours par rinlermédiaire de Taïui Weiss, à presser Gevril de demandes d'insectes.

Voici des extraits de la correspondance de Nodier à Weiss à ce sujet :

Une première lettre du 9 octobre 1809 renferme un long paragraphe consacré à Gevril et aux insectes réclamés par Nodier, supprimé dans l'édition Estigiiard (X, lettre XXXI) ; il doit prendi'e place, p. 66, avant celui qui commence par les mots « J'attends (incessamment) mes livres... »

« Je ne sais si tu as déjà vu Gevril. Je tiens beaucoup à ce que tu le voyes, et à ce que tu lui communiques ma dernière lettre. Outre les insectes dont il est question, je désire des ricliards à poinls jaunes de toutes les espèces, des leptiires à pattes fauves^ deux ou trois licliénées bleues (le jeune Morey à qui je te charge de taire mes compliments en même temps qu'à toute sa famille, t'en procurerait aussi, peut-être) — et en général tous les insectes rares ou peu connus qui se rencontreraient en double dans sa riche collection, surtout parmi ces espèces du Midi dont il me parle et qui me manquent absolument. Comme ma collection s'établit maintenant, je lui saurai gré de me faire son envoi le plus immédiatement possible ; je ne serai pas plus long à lui renvoyer de l'argent en raison de ce que j'aurai reçu, et je lui aurai bien des obligations^ par dessus le marché. S'il a envie d'entrer en relations avec notre savant Constant Duméril, il n'a qu'à dire,

Duinéril est, pour un mois, à Amiens, sa patrie, et je suis très lié avec lui W ».

Le 25 octobre de la même année, Nodier écrit de nouveau :

Gevril trouvera dans sa propre collection la plupart des insectes que je lui demande, et bien au delà, car il m'annonce que ses relations dans le Midi hii mit procuré un grand nombre d'intéressantes espèces à éclianger. Son envoi peut très bien me parvenir avec mes livres. Retourne donc auprès de lui, et joins la boîte aux voliuiies.

Réitère-lui la promesse d'être traité de moi en ami ; mes insectes et une douzaine de volumes sont tous mes menus plaisirs. Avec plus de cinq mille livres de revenus, je puis y mettre quelque chose. Mais je tiens à avoir bientôt, ou jamais, ce que je lui demande, et ma reconnaissance sera en raison de sa diligence à m'obliger (Lettre 40; X, lettre VIH, 17) (-)... Rncore une fois, mon frère, j'ai bien honte des maux que je te donne, mais cette affaire de Noël et de Gevril achevée, je ne t'écrirai plus que pour te dire combien je t'aime. Au nom de Dieu, mes livres et des insectes, dans dix jours, mais surtout mes livres... . {Id., p. 18).

Une lettre du 15 décembre suivant contient un paragraphe très mal reproduit dans l'édition Estignard (X, lettre XXYIII, p. 56) et dont nous rétablissons ainsi le texte (3) :

« Dis, je te prie, à Gevril, de [s'arranger pour] me faire le plus tôt possible un envoi de deux louis... chez M. François Debray (Dubray) à Amiens. Je ne veux que des indigènes, mais des indigènes européens. Je manque de lethrus, de pimélées (pincelices), d'aki'i, de trogosites (frogosites), d' ipales (apotcs), de lyniexylons (d'aymexylons), [d'aesales,

(1) Voy. plus loin une note sur Duméril.

(2) CeUe lettre, écrite après le mariag-î de Nodier, est par conséquent bien postérieure à l'époque où la place M. Estignard.

(3) Les mots entre [ j ont été supprimés dans la puljlication de M. Estignard ; ceux entre ( ) sont des lectures fautives du copiste.

despriones menuisier et de psaire, de ccdopes], de molorques, de spo)idijles, de brachycëres, etc. »

Cette note pour Gevril doit être ajoutée à la lettre XXVIII, qui est la suite de la lettre XXVII dont elle forme un postscriptum.

Le -16 janvier 1810, nouvelle recommandation (lettre 42 ; X, lettre XLI, p. 85) :

Puisque j'en suis sur mes afTeclions, n'oublies pas mes insectes. Tu as, sans doute, communiqué à Gevril l'énumération de ce qui me manque et mes propositions pécuniaires. Insiste souvent, car ma collection m'intéresse fort et je ne regarde pas sans douleur la place blanche ot!i devrait llgurer un lethrus, un apale ou un spondyle. Infortuné ! tu ne sais pas ce que c'est qu'un spondyle! {Ici le passagesur Gevril reproduitplus liant)... Et puis, au nom de Dieu, n'oublies pas mes lethras et mes spondylesl [X, lettre XLI, p. 88, 90).

Gevril, toujours mécontent (voy. lettres 33 et 42) veut se défaire de sa collection ; le chevalier Groft a l'intention de l'acheter.

La lettre incluse est pour Gevril, comme l'adresse te l'indique. Vois-le de ma part pour faire valoir mes recommandations auprès de lui. Si nous allons à Dole, le clievalier achètera sa collection et la payera bien. Il y est très décidé, mais c'est une hypothèse bâtie sur une liypothèse. iX, lettre XXVI, p. 52).

A Amiens. Nodier revoit Duméril, le naturaliste à qui il adressait, en 1804, une réclamation à propos du rôle des antennes U); il ne semble pas que cette discussion ait altéré leurs relations, si ce n'est d'une façon passagère ; d'après la lettre reproduite plus haut (p. 62), leurs rapports étaient

(1; Voy. [iliis loin. Cliajp. Vil), [);ii;ii;r. 1.

très cordiaux : « Duméril est à Amiens, sa patrie, et je suis très lié avec lui. »

André- Marie-Constant Duméril est né, en effet, à Amiens, le 1" janvier 1774 ; il était professeur à la Faculté de médecine de Paris et suppléant de Lacépède dans la chaire d'erpétologie et d'ichtyologie du Jardin de? Plantes ; il est mort à Paris, le 16 août 1860(1).

Nodier était en relation avec un autre entomologiste moins connu, Delalande, naturaliste voyageur pour le Muséum, mort à Paris en 1827 ; Dejean le cite aussi dans son Specien (XXVIII, t. I, p. xx), parmi ses correspondants ; Nodier servit d'intermédiaire entre Gevril et Delalande, comme le monti'ent les lettres suivantes :

J'ai prévenu Delalaiide que Geviil lui adresserait un envoi d'insectes. Quand je saurai ce que cet envoi contient, j'en tiendrai compte à Gevril à qui j'adresserai de nouvelles demandes et qui n'aura pas à se plaindre de mon amitié. Je suis bien fâché qu'il n'entreprenne pas d'établir sa collection à Paris. Il en retirerait des sommes considérables. La collection impériale n'est pas si riche du quart, en espèces indigènes, et on paye très bien tout ce qu'on peut s'y procurer. Il sera possible aussi que j'y fasse pour lui quelques affaires à mon premier voyage, c'està-dire très incessamment. Je ne suis plus en surveillance du tout et le chevalier n'y a jamais été (2).

Autre lettre, non datée, mais évidemment postérieure à la précédente, inexactement reproduite dans l'édition Estignard 3) ; elle est intéressante par les renseignements qu'elle contient sur les relations de Gevril et de Delalande et surtout

(t; Un autre entomologiste avec qui Nodier a été en rapport, Dejean, était aussi d'Amiens; voy. chap. VII, paragr. I.

(2) Lettre du 10 septembre 1809; X, lettre XXIX, p. 61.

(3) X, lettre XXX, p. 64 ; les mots entre [crochets] ont été omis et ceux entre (parenthèses), mal lus par le copiste,

par la longue énuméralion des insectes que Nodier réclamait.

u Ne manque pas de voir incessamment Gevril. Dis-lui que Delalande a été peu satisfait de la condition des insectes qu'il en a reçus et que je suis fâché qu'il ne lui ait pas adressé ni des Liclicnées bleues que j'avais cru devoir promettre, ni des Coléoptères qu'il me faisait espérer. [Cependant, je lui tiendrai compte de cet envoi pour la somme qu'il m'en demandera rauonnahleme)\t parlant, mais] je lui saurai gré de faire un autre envoi qui contiendra les espèces suivantes, [dont je lui envoyé les deux nomenclatures à celle fin qu'il ne s'y trompe] : le scarabé uiobilicorne [et sa femelle], [le scarabé testacé, le scarabé rufipède], la cétome marbrée, le byrrhe [ou Vdcistèle] bronzée, le lampyre ou ver luisanl.[k demi fourreaux], le tnupin forte croix, le [richard ou] bupreste oiidé, [la cicindèle ou] le bupreste échancré, [le carabe ou bupreste doré brillant qui ressemble à la jardinière, la lepture roiiilléc ou prione scabricorne], la rosalie ou céramb)/x alpin, [la superde porte échelle, ouleplure à bandes et points jaunes, le criocère bimacule], la chevrette brune [ou Irogossilel, \c scarabé perlé ou troxsabuleux, [le dermeste à oreilles ou parne proUféricorne], les richards [ou buprestes] à plusieurs jioints jaunes, les richards ou buprestes tout nuirs, le buj)reste [quarré] bronze antique [ou calosome inqidsiteur], le bupreste épiscopal [ou cicindèle violette], le capricorne marbré [à longues antennes, ou laraie charpentière, le capricorne ou himic qu'il m'avait adressée et (jui avait une antenne endonnnagée, la leptuie verte à six points et corselet aplati, le capricorne à étuis dentelés ou cerambijx agréable], le capricorne à pointes^ [le stencore ou lepture <oulei(r de feu, le tritome de Geoffroy], la grande nécydale [ou molorque abrégée], le proboscide [ou grand anlribe] ou macrocephide, [ses variétés et ses analogues, tant ([u'il en pourra trouver. Je tiens à ce que les individus soient d'une conservation parfaite, et si je les reçois bientôt, Gevni peut

être assuré de ma reconnaissance/ Tout cela est essentiel à ma superbe cullection (jui ferait envie à Geviàl iui-inènie. »

Le passage surles variations du Proboscide, supprimé dans l'édition Estignard, est d'autant [jIus important que ces variations ont été l'objet d'observations originales de Nodier tout à fait au début de ses études sur les insectes (Voy. chap. X, § 1, Œuvres inédites).

Enfin, véritablement exploité par le chevalier Croft et lady Hamilton, Nodier se décide, grâce à l'énergique intervention de sa belle-sœur Fanny Messageot (voy, chapitre suivant), à quitter Amiens, en mai 1810 ; il s'installe à Quintigny, chez ses beaux-parents, dans cette famille où il avait enlin « trouvé le bonheur et la sagesse. »

Page 1