AVANT-PROPOS. IX
laquelle était campé Montmorency, gardant le pont du Rhône et protégeant la ville, il ajoutait : « Arles est semblablement fortifié et bien » pourvu de gens, / approche très difficile et encore comme impossible » d*y asseoir camp convenablement pour Textréme stérilité du lieu et 1» environs d*iceluy, etc. (1)
Par les ordres de François I'% pour affamer Pennemi , toute la Provence avait été saccagée et brûlée depuis Marseille jusqu'à Avignon. Il est historiquement vrai que Charles-Quint recula devant ce désert improvisé plutôt que devant les troupes qu'on lui opposa : mais pour ceux qui connaissent la localité, V approche difficile d'Arles ne peut se comprendre qu*en tenant compte de la reconnaissance faite par le marquis de Yasto et des deux boulets lancés à l'adresse de l'Empereur lui-même.
Nos aïeux poussèrent encore plus loin Tanimosité contre Charles- Quint personnellement : « Quelque temps après, » dit notre chrono- Jogue, « le seigneur de Châteauneuf de Mollegés, plein de zèle pour la » ville d*Arles, sa patrie, et de iidélité pour son roi, pénétré d*indigna- » tion contre les cruautés inouïes que les ennemis avaient commises en » Provence, résolut de s*en venger. Il partit avec quinze légionnaires, » accompagné d'Albode, de Boniface, de Baibset d'Escragnole, ses ami::, » et ils s'enfermèrent dans la tour du Muy, située sur le chemin où » l'Empereur devait passer, dans le dessein de lui ôter la vie ; mais ils se » trompèrent et tuèrent le prince Pierre de Nassau. Dans Tinstant, ces » braves gentilshommes furent assaillis par Tescorle du prince, avec la » rage que doit inspirer une action si noire. Les uns moururent les armes )» à la main et les autres furent pris et pendus. »
J*ai cité textuellement pour laisser l'annaliste louer et blâmer en même temps ces braves gentilshommes dont la noire action ressemblait plus à un guet-apens qu'aux embûches autorisées par les lois de la guerre.
J'espère qu'on ne saurait en dire autant du coup de canon qu'éluda si prudemment et si lestement le iparquis de Vasto (2).
Ce que je viens de .raconter suffirait sans doute pour expliquer comment le nom du grand Empereur Charles-Quint fut un des premiers noms de l'histoire moderne qui se gravèrent dans ma jeune mémoire. Quoique, aujourd'hui encore, les traditions historiques soient un peu négligées dans ma ville natale, où rarchcologic proprement dite « lu
(1) Lanx, Correspondent des Kaisers, tome ii, page 350.
(2) Si les descendants des « braves gentilshommes » croyaient avo|r besoin d*une excuse pour leurs aïeux, je la leur fournis dans le paragraphe IV de cet ouvrage, où Je fais voir que François 1*' excitait ses sujets à faire une guerre déloyale à son adversaire, en le représentant comme un assassin, un empoisonneur, etc.