DEPUIS
Année 1536. Charles-Quint à Rome. — Il dénonce la déloyauté de François I*',
le provoque à un combat singulier et se met à la tête d'une invasion de la France. — Siège de Marseille et siège d'Arles. — Retraite de l'armée impériale.
— 1537. Décret du Parlement de Paris contre Charles-Quint.
— 1538. Trêve de dix ans conclue à Nice. — Entrevue do Charles-Quint et
de François 1*' à Aigues-Mortes.
— 1539. Mort de l'impératrice Isabelle.
— 1539 et 1560. Insurrection des Gantois.
[Il faut étudier cet épisode du règne de CharlefrQuint dans la Relation des troubles de Gand par un Anonyme, que M. Gachard a publiée à Bruxelles en 1846,* et qu'il a fait suivre de trois cent trente documents inédits. L'introduction est un beau morceau de critique historique et bibliographique. L'insurrection commença par un refus d'impôt; mais elle se compliqua d'une lutte entre la bourgeoisie et le bas peuple, et, dans plusieurs passages de son livre, l'Anonyme édité par M. Gachard, attribue aussi eu partie h l'influence du Luthéranisme les troubles de 1539. « C'est là une donnée nouvelle et qui mérite l'attention des histo- » riens. Il est certain que les doctrines de Luther comptaient déjà à cette époque » de nombreux adhérents en Brabant et en Flandres. Une lettre du chancelier de » Brabant à la reine Marie en fournit la preuve irrécusable. » Introduct, A cette lettre, il faut Joindre celle que nous avons citée de Ferdinand à sa sœur, à propos d'un livre de Luther. (Voir notre chapitre sur les rapports de Charles^uint et de son frère.) S'il est vrai, comme le dit l'Anonyme, que le bas peuple de Gand « n'avait d'autre but que de faire tous biens communs; si, malgré les dénégations de quelques historiens belges, les Gantois avaient fait des démarches auprès de François 1*', afin de s'assurer son appui, on s'explique parfaitement la sévérité du châtiment et la confiscation de toutes les francliises de la ville natale de l'Empereur. Gand fut réellement livré à une démocratie révolutionnaire, qui ne craignit pas de mettre à la torture et puis de décapiter le grand-doyen des métiers, Lievin Pin, vieillard de soixante-quinze ans, accusé d'avoir sacrifié à Marie de Hongrie les privilèges de la commune, et qui dit en mourant à ses meurtriers : « Vous aurez repentance, mais trop tard, m Trop tard, en effet, les Gantois envoyèrent des députés pour implorer la clémence de l'Empereur, qui répondit qu'il ne reparaîtrait parmi eux que « conmie un souverain tenant le sceptre d'une main et le glaive de l'autre. » Entré dans Gand en maître, Charles-Quint trouva des conseillers qui l'engageaient à le détruire de fond en comble ; entre autres le duc d'Albe, que Charles-Quint conduisit au haut de la tour du beffroi, pour lui faire mesurer du
regard retendue de cette grande cité. « Combien croyez-vous, lui dit-il, qu'il faudrait de peaux d'Espagne pour faire un gant de cette grandeur 7 »
Charles-Quint fifprocéder à un jugement en rt?glc, et la condamnation de Gand ne fut prononcée qu*apri;s des plaidoiries pour et contre. Les magistrats et les chefs des métiers durent faire amende honorable la corde au cou. I^s portes de la ville et les fortifications furent démolies. Charles confisqua les canons, les armes et la grosse cloche appelée Roland, qui avait sonné le tocsin de la révolte. Outre le subside refusé naguère (400,000 écus d'or), ies Gantois eurent à payer (206,000 . florins, et une rente annuelle de 6,000, pour Tentrctien d'une citadelle qui serait construite sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Saint-Bavon. Enfin, neuf factieux des plus violents furent décapités sur le marché au poisson. Un érudit belge, (M. doReifTenbcrg), prétend que les sévérités de Charles-Quint, en cette circonstance, parurent si justes au peuple lui-inCme, qu'il no perdit pas pour cela sa popularité. Napoléon pensait aussi conmie Charles-Quint, qu'on ne réprime pas une révolte par la clémence (1). Nous voyons enfin que les villes de la Flandre ne sympathisèrent pas toutes avec les Gantois, et Bruxelles, entre autres, célébra même leur soumission par une de ces fêtes gastronomiques auxquelles nous avons fait allusion ailleurs. Le Serment de Saint-Sébastien se réunit dans son local habituel, au nombre de deux cents convives environ. Pendant un dîner qui dura dix-huit heures, ces deux cents convives consonunèrent 2,500 pots de bière, 8 pièces de vin et 2,260 livres de viande, sans compter le reste du menu. {Sotes sur l'Histoire de Bruxelles.) Cependant, de peur de paraître partager trqp.,exclusivement l'opinion de l 'érudit que nous citions tout à l'heure, disons que le volume de M. Gachard contient une lettre écrite le 9 mai ISi^l, un an à peine après la sentence de ISi^O, et é|prite à la reine Marie par le comte de Rœulx, pour lui apprendre qu'il y> avait encore à Gand et au plat pays, un grand nombre de coquins^ — « lesquels disaient plusieurs pro- » pos tendant à séditions, avec plusieurs blasphèmes, tant de l'Empereur que de n'ceux qui le servaient, et s'enhardissent de plus en plus, etc. »
Quant au passage de Charles-Quint à travers la France, M. Gachard dit : « Des n historiens se sont extasiés sur la magnanimité que montra François 1*' en laisn sant l'Empereur traverser son royaume, sans exiger en retour qu'il le satisfit n sur aucun des points qui étaient en contestation entre eux. Les lettres que le Roi, » le Dauphin, le connétable Anne de Montmorency et le cardinal de Lorraine écriw virent à Charles-Quint ; celle que le roi adressa au seigneur de Granvelle, la re- 1» lation des conférences tenues entre Granvelle et le connétable, feront voir que M François I" n'aurait pu se conduire autrement sans se déshonorer à jamais. » C'était lui d'ailleurs qui, par ses ambassadeurs, l'élu d'Avranches et l'évOque de » Tarbes, envoyés en Espagne (1538 et 1539), avait sollicité l'Empereur de se » rendre aux Pays-Bas par la France. » ]
(1) Voir les lettres do Napoléon à son frère Joseph : — « Ce n'est pa^ en cajolant les peuples qu'on les gagne.... Je n'entends pas dire que vous ayez fait fusiller aucun lazzaronc... Si vou'i ne vous faites pas craindre, dès le commencement, il vous arrivera desmallteurs. L'établissement d'une imposition ne fera pas l'effet que vous imaginez. Tout le monde s'y attend et la trouvera naturelle... Vous ne gagnerez rien en caressant trop. I^s peuples d'Italie, et en général les peuples, s'ils n'aperçoivent point de maîtres, sont disposés à la rébellion et à la mutinerie, etc. »
210 , l'abdication dr charles-quint.
Année 1541. Diète de Ratisbonnc. -- Voyage de CharIeM}uint en Italie. —
Expédition d'Alger à laquelle assiste Fernand Cortez. — Meurtre de Rincon et de Fragoso.
— 1542. Nouvelle guerre avec François l***. — Convocation du Concile de
Trente.
— 1543. Rapprochement de Charles-Quint et de Henri VIII. — Charles-
Quint s*enipare du duché de Clèves. — Siège de Landrecies. — Nouvelle invasion de la Hongrie par Solyman. — Descente de Barberousse en Italie.
— 1544. Diète de Spire. — Campagne des Français en Piémont. ~ Ba-
taille de CerisoUes. — Charles^uint investit Saint-Dizier. — Capitulation de cette place. — Invasion de la France. — Paix
de Crespy.
— 1545. Diète de Wonns. — Concile de Trente.
— 1546. Mort de Luther. — Négociations de Charles-Quint avec les Pro-
testants.
— i 547. Trêve avec Solyman. — Diète de Ratisbonne. -^ Les Protestants
prennent les armes contre Charles^uint. — Ils sont mis au ban de Tempiré. — Charles-Quint reprend l'offensive d'accord avec Maurice de Saxe. — Soumission des confédérés. — Intérim. — Mort de François P'. — Nouvelle campagne de Charles-Quint en Allemagne. — Grande bataille de Muhlberg.
— Défaite de l'électeur de Saxe qui est fait prisonnier. — Hé- ^ roïsme de Sybille, épouse de l'Électeur. <— Maurice créé électeur de Saxe. — Diète d'Augsbourg. — Discussion entre le Pape et l'Empereur. — Charles-Quint veut imposer Vintérim aux Catholiques et aux Protestants.
— 1 548. Philippe II est appelé par CharleM^uint dans les Pays-Bas. ~ 1549. Mort de Paul IIL — Élection de Jules III.
— 1550. Maurice de Saxe préparc sa trahison.
— 1551. Traité de Maurice et de Henri II.
— 1552. Maurice se met en campagne contre Charlefr<}uint, s'empare du
château d'Ehrenberg , et surprend l'Empereur à Inspruck.
— Traité de Passau.— Guerre avec la France. —Siège de Metz. Révolte de Sienne en Italie. — Mort de Maurice de Saxe.
— 1553. Siège de Tliérouanne.
— 1554. Mariage de Philippe II et de Marie Tudor. — Affaire de Renty.
— 1555. Le duc d'Albe généralissime on Italie — Mort de Jules III. — ^
' Élection de Marcel II. — Élection de Paul IV. — Négociations de Vaucelles.
— 25 octobre. — Abdication de Charles-Quint.