‹ Charles-Quint;Chapitre 25 sur 58 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

LE DÉPART ET LA TRAVERSÉE DE CHARLES-QVIMT. — LE JEUNE MAXIMILIEN ET LA PRIN- CESSE MARIE. — LETTRES DE CilARLES-QUINT A SON FRÈRE. — LETTRE A L*AUIRAL DORIA. — ADIEUX A GAND. — CHARLES-QUINT A BORD. — LE VOYAGE. — LE DÉBAR- QUEMENT. — DÉSAPPOINTEMENT. — LETTRES DE PHILIPPE ET DE JUANA. — ARRIVEE DE QUIXADA. — DÉPART DE LAREDO.

Quelque temps après la ratification de la trêve de Vaucelles, Charles-Quint quitta Bruxelles. Une maladie épidémique régnait dans cette capitale : il alla habiter plus modestement encore le village de Grimberghe, près de Vilvorde, pendant que le roi Philippe II transportait la cour à Anvers où il tint un chapitre de la Toison-d'Or. Le roi ne revint à Bruxelles qu'au mois de mars, pour la convocation des États-Généraux à qui il fallait demander des subsides ; se trouvant ainsi, au début de son règne, comme l'avait été Charles-Quint au début du sien en Espagne, obligé de subir les discussions d'une assemblée délibérante. Quoiqu'il eût fait, lui^aussi, en Angleterre, l'expérience

(lu gouvernement parlementaire, Philippe semblaitpeu disposé à humilier son orgueil jusqu'à flatter les influences individuelles des députés des villes. Les conseils de l'Empereur et ceux de la reine Marie lui firent comprendre que les impôts extraordinaires ne s'obtenaient qu'à cette condition dans les pays d'États (1). Quoique l'opposition finit .par céder, Philippe ne se sentait pas à çon aise dans les Pays-Bas : il lui tardait d'aller se fixer en Espagne, et il eut voulu que sa tante consentît à accepter de nouveau la régence. Il sollicitait aussi son père de différer son départ, tant il reconnaissait l'utilité de sa présence pour le diriger. La reine Marie ne se laissa pas fléchir ; mais Charles- Quint fut plus complaisant pour son fils, désirant aussi revoir sa fille l'archiduchesse Marie et son gendre Maximilien qui , après s'être fait attendre, arrivèrent à Bruxelles en juillet 1556. Leur séjour dans les Pays-Bas fut 'célébré par des joutes, des combats à pied et des banquets, et ils repartirent pour l'Allemagne bien fêtés par la cour et la population. A la date du 8 août, l'Empereur écrivait à son frère : « Notre dit fils, le roy de Bohême, » a esté icy avec la royne ma fille, moins de jours que je n'eusse » voulu ; mais comme on la si fort pressé pour son retour et que n vous le m'aviez si expressément recommandé, je me suis » contenté de ce que vous avez voulu, m'ayant été leur pré- » sence très agréable et vous remercie. Monseigneur mon » bon frère, de ce que vous avez fait pour leur commodité à la » venue... S'estant partis je pars aussi aujourd'hui vers Gand, )) pour de là me embarquer par le canal vers les bateaux qui se

(1) La reine de Hongrie écrivait à son frère pour justifier son désir de renoncer à la régence : — « Le gouvernement des Pays-Bas est le plus difficile ; car il faut entreprendre des relations continuelles avec tous les ordres de l'État pour gagner les bonnes grâces, tant de la noblesse que des communes, ce pays n'étant ni une monarchie absolue, ni une oligarchie, ni une république.» {Papiers de Granveiie,)

M. Ranke fait observer avec raison que dans la Constitution des Pays-Bas sous Charles-Quint, le prince recevait à peu priis, on re-gle générale, l'argent qu'il demandait ; mais qu'il ne l'obtenait pas toujours sans difliculté. Donc existait^ dans tous les Ëtats du grand Empereur, ce que nous appelons en style parlementaire moderne, le droit de refus du budget.

Les villes tibr&s et les principautés d'Allemagne, Milan, la Sicile, etc., n*accordaient jamais sans discussion de nouvelles taxes ou les dons gratuits.

i> tiennent prêts pour mon passage, fesant mon compte de, avec » le premier vent et l'ayde de Dieu, faire voile pour l'Espagne. » Ce me fera playsir avant mon partement avoir quelques » bonnes nouvelles de vous, du Conseil de Hongrie et mesmes » que les forces du Turcq ne puissent être fort grandes cette » année étant la sayson tant avancée, etc. m

Dans cette même lettre, Charles-Quint rappelait à son frère' qu'il n'aspirait plus qu'à lui remettre à la fois son pouvoir et son titre d'Empereur : « L'un des plus grands désirs que j'aie » en ce monde c'est de me desnuer du tout, non seulement de » l'administration de l'Empire, pour les raisons que si souvent ' » jay mis en avant, à mon advis justes et raisonnables, mais » aussi de laisser le titre et vous rendre librement la dignité. » Il ajoutait que relativement aux difficultés que pourraient lui opposer encore les électeurs , il priait Ferdinand de faire tous ses efforts pour les persuader , « car il envoyoit ses ambassadeurs » solennels ayant charge en vertu du pouvoir qu'ils portoient » à cest effet de faire es mains desdits électeurs la renoncia- » tion (1). »

Charles-Quint avait d'avance entretenu de son projet quelques-uns des personnages les plus considérables de son empire, tels que le prince Doria, qu'il regardait non-seulement comme son plus grand homme de mer, mais encore comme digne de tous ses respects à cause de son caractère. « Il avait coutume de l'appeler son père, » disait Bernard Navagero (2) . Au moment de traverser une dernière fois la mer, il voulut adresser un .adieu particulier à l'amiral qui, de son propre aveu, en maintenant Gênes dans son alliance intime, lui avait facilité le moyen de passer tant de fois d'Espagne en Italie et d'Italie en Espagne. C'était le procédé d'une reconnaissance délicate, car

(1) « Si, que Dieu ne veuille, les dits électeurs ne se laissent persuader à trou- \^ ver bon que je résignasse le titre, mes dicts ambassadeurs auront charge de procurer qu'ils se contentent que retenant le nom et tiltre, je vous rende librement l'administration, etc. » (L'Empereur à son frère. — Bruxelles, 8 août 1556. — Lanz,

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