‹ Charles-Quint;Chapitre 27 sur 58 · CHAKLES-QUINT ET LES GRANDS D'ESPAGNE EN · texte numérisé non relu

CHAKLES-QUINT ET LES GRANDS D'ESPAGNE EN

CUARLES-Ql'IM ET LES GRANDS D'eSPAGNB EN 1556. — PERE FRANÇOIS PÉCHEDR.

A peine l'Espagne a-t-elle appris que Charles-Quint est débarqué à Laredo et se dirige vers Valladolid , nous avons vu accourir sur son passage ou s'empresser à ses audiences de Burgos, les Grands, les nobles d'un degré inférieur, les dignitaires du clergé, les députations municipales, etc., etc. Il reçoit des présents, des adresses, de respectueux hommages. Remarquons, en passant, que les députés des villes seuls viennent à lui, comme représentant un corps, l'Ayuntamiento, sinon la cité entière. Les nobles ne se montrent qu'individuellement. Depuis la suppression de la révolte des Comuneros, Charles- Quint avait, dans deux ou trpis circonstances graves, réuni les Cortès ; il avait trouvé la noblesse très respectueuse par les formes, se déclarant toujours prête au service personnel qu'exigeait d'elle son privilège même, mais résistant à toute demande d'un impôtdirect,etosant répondre àSaMajestél'Empereurque la dispense de l'impôt, V prix du sang des aïeux , » était pour elle la double sauvegarde « de son honneur etde sB.liberté(l), » Ce langage

(1) M Si uvicssemos de pagar algun pecho, podriamos Ilamar nos ricos por toncr villas y lugares, mas no cavalleros y hijos d&lgo, pues perdriamos la Hbertad y la honra que nostros passados nos dexaron, etc. » Discours du connétable de Castille à l'assemblée de 1538. Le compte-rendu des débats de cette assemblée est le vrai corollaire de V Histoire des Comuneros,

avait été encore tenu à Charles-Quint en 1538, lorsqu'il réunit à Tolède les trois ordres de TP^tat : la Grandesse, le Clergé, les Procuradores des villes. En vain il exposa les nombreuses raisons qui le forçaient d'avoir recours ii une taxe générale, Vacche (la sisa) , unanime fut la résistance, accompagnée de remontrances sur les fréquentes absences de l'Empereur . Charles-Quint dut se contenter du subside des villes, le clergé ayant fait cause commune avec la noblesse. Ce fut alors qu'il modifia la représentation nationale en la réduisant, pour l'avenir, à la députation des villes. Mais en éludant ainsi désormais toute nouvelle lutte avec l'aristocratie, il se gardait bien d'imiter les exclusions jalouses de son aïeul Ferdinand, et encore moins les rudesses presque démocratiques de Ximenès, le moine-cardinal, lorsque les seigneurs s'étaient mis en travers de leur politique.* S'il ne fit jamais rien pour relever l'institution, l'être collectif, il n'en déploya que plus d'aflTabilité avec les personnes. Il n'avait pas peur des grands noms historiques. Nous en avons rencontré plusieurs à son service en citant les hauts fonctionnaires de sa cour, ses ambassadeurs, ses conseillers, ses généraux. Dans sa maison les pages et les gentilshommes , sous les drapeaux les jeunes officiers, appartenaient la plupart aux illustres familles de l'Espagne.

Quelques Grands boudaient dans leurs châteaux du refus que Charles avait opposé à leur prétention de le servir en seigneurs féodaux; mais c'était le petit nombre, et, ceux-là mêmes, tout en appelant indépendance leur pompeuse oisiveté, ils avaient encore le cœur assez castillan pour s'incliner devant cette gloire de Charles-Quint , dont l'Espagne avait sa part nationale. Si le monarque était revenu avec tout l'appareil de la royauté, leur vieil esprit d'opposition se fût réveillé sans doute ; mais les plus orgueilleux pouvaient, sans compromettre leur orgueil , offrir un simple témoignage de respect au souverain qui se dépouillait volontairement de toutes ses prérogatives.

Parmi les bourgeois des villes, quelques-uns aussi, ou doit

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le croire, auraient pu justement s'étonner que l'abdication de Charles-Quint ne se fût pas accomplie solennellement en Espagne, comme en Belgique, devant une assemblée des Cortès; mais aucune réclamation ne s'éleva (1). On n'ignorait pas que Philippe II montait sur le trône avec la même partialité pour ses sujets espagnols que Charles-Quint avait montrée lors de son propre avènement pour ses sujets flamands. On savait gré au père de choisir au moins l'Espagne pour sa retraite, et d'avoir élevé soïi fils en roi d'Espagne. Voilà comment l'Empereur se trouvait si populaire dans toutes les classes.

Les visites que Charles-Quint reçut à Xarandilla, furent encore assez nombreuses ; presque tous les hauts fonctionnaires et les grands d'Espagne se succédant pour lui apporter leurs hommages; outre ceux que nous avons nommés, vinrent le duc d'Escalone, le comte d'Olivarès, don Fadrique de Zufiiga, don Alonzo de Baesa, l'ambassadeur don K^ancho de Cordova, don Luis de Avîla, etc.

Ce dernier avait fait la guerre en Allemagne, en France, en Barbarie, avait représenté l'Empereur dans diverses ambassades importantes, était grand-commandeur de l'ordre d'Alcantara, et, depuis peu, retiré près de-Placencia, il habitait le château de Mirabel, qui lui appartenait du chef de sa femme, l'héritière des Zuîligas. Don Luis de Avila figure parmi les historiens, à cause de ce récit des campagnes d'Allemagne que la critique, parfois un peu hyperbolique de son pays, a comparé aux commentaires de César (2) . On prétendait en Allemagne que don Luis avait écrit plus d'un paragraphe sous la dictée de l'Empereur. On peut deviner quel plaisir eut ce monarque à

(1) « On devait assembler les Cortès, toutes les fois que les i*ols avaient dcsseio d*abdiquer ou de renoncer & la couronne, pour qu'elles pussent examiner les conditions et les motifs de la renonciation, Tacceptcr ou rempôchcr, etc. n

Marîna. Théorie des Cortès y t. ii, p. 81.

(2) Le savant historien de la littérature espagnole. M, Ticknor, ne parle des Commentaires de don Luis d*Avila que dans une note de son troisième vol., pago 142, édit. de New-York; mais il déclare son style inégal et incorrect.

s'entretenir avec celui qui était à la fois pour lui Ephestion et tJuinte-Curce. Il lui avait interdit de répondre à ces princes allemands qui se trouvaient maltraités dans ses Commentaires^ et dont un, entre autres, le margrave de Brandebourg, avait défié rhistorien de soutenir, Tépée à la main, les exagérations de sa plume. Don Luis apprit à Charles que rélecteur de Cologne s était montré plus juste appréciateur de son œuvre, puisqu'il lui avait fait présent de six têtes des fameuses onze mille vierges, reliques déposées par lui dans la riche chapelle des Zunigas, de réglisede Saint-Vincent, à Placencia (1).

Un jour, fut introduit chez l'Empereur un religieux en robe noire, qui s'était fait annoncer comme « père François Pécheur, » et qui, en entrant, s'agenouilla humblement pour lui baiser la main. Charles reconnut dans ce père François Pécheur, le fils du duc de Gandia, un moment duc de Gandia lui-même, mais qui avait abdiqué ce titre depuis son entrée dans la nouvelle société fondée par Ignace de Loyola. Ce religieux était pour l'Empereur quelque chose de plus qu'un de ces Grands d'Espagne qui avaient le privilège de rester la iè\ç^ couverte en sa présence, quelque chose de plus que le descendant du roi Ferdinand V, l'ex-vice-roi de la Catalogne : — c'était pour lui un ami... l'époux d'Éléonore de Castro, l'amie de l'Impératrice... le confident intime qui avait assisté avec lui aux derniers moments d'Isabelle, le grand-écuyer qui avait conduit son cercueil aux caveaux de Grenade , le même enfin qui , depuis, avait fermé aussi les yeux & la reine Jeanne. L'Empereur fut cependant forcé de lui commander de se relever et de lui dire qu'il ne l'écouterait qu'après qu'il se serait couvert et assis auprès de lui. Le père François Pécheur obéit; mais il savait que l'Empereur avait des préventions contre les Jésuites, dans lesquels , juste au moment où Paul se déclarait son ennemipersonnel , il voyait une milice toute dévouée à la suprématie papale. En se prosternant devant le souverain temporel, sans doute l'humble

(1) Nous empruntons ce fait à M. Stirling, qui cite V Histoire He la vHtede Placencia^ par A. F. Fernandez, Madrid, 1667.

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